(Québec) Québec doit mettre fin « au bordel actuel » qu’il a lui-même créé avec ses « tergiversations » sur l’installation des purificateurs d’air dans les écoles, croit Québec solidaire. Selon la formation politique, les directives du ministère de l’Éducation (MEQ) sur la question sont « ambiguës » et « incompréhensibles ».

Publié le 29 janv. 2021
Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

Le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, déplore la position « floue » du MEQ qui explique, se basant sur l’évaluation d’un comité d’experts scientifiques et techniques, que les dispositifs de filtration mobile (purificateurs d’air) ne sont ni recommandés ni interdits dans les classes.

La Presse révélait vendredi que des parents d’élèves de 5e et 6e année de l’école Élan à Montréal, inquiets de la qualité de l’air dans les classes, se sont cotisés pour acheter deux purificateurs d’air portatifs à filtre HEPA. L’enseignante les a branchés dans sa classe au retour des Fêtes. Or, sa directrice lui ordonne maintenant de les retirer, invoquant une directive du Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM).

« Si ça, ce n’est pas une démonstration que la position est incompréhensible, bien je ne sais pas que ça prend », a lancé Gabriel Nadeau-Dubois. « Ce à quoi on assiste dans le cadre de la pandémie, c’est à une nouvelle forme d’inégalité : des inégalités sanitaires. Dans le privé, on installe des purificateurs d’air […] dans le réseau anglophone aussi et pendant ce temps-là, dans le réseau francophone, non seulement on n’en installe pas, mais on les débranche », a-t-il ajouté.

Le centre de services scolaire Lester-B. Pearson a récemment fait l’achat de purificateurs d’air HEPA pour l’ensemble de ses 17 écoles et centres à ventilation naturelle. Le Collège de Montréal, notamment, a annoncé la semaine dernière avoir installé des systèmes intégrés de ventilation et de filtration d’air dans ses salles non ventilées mécaniquement.

« Il y a carrément une classe d’enfants qui est moins bien protégée en allant à l’école parce qu’ils ne sont pas dans le bon réseau », soutient M. Nadeau-Dubois.

La porte-parole en matière d’éducation pour le Parti québécois, Véronique Hivon, a aussi soulevé cette inégalité qualifiant la situation « d’abracadabrante ».

« Imaginez-vous qu’on permet le maintien [des purificateurs d’air] dans le réseau scolaire anglophone comme dans les écoles privées alors qu’on demande dans une classe du réseau francophone de carrément débrancher deux purificateurs d’air. C’est rendu complètement kafkaïen la gestion de la qualité de l’air et des purificateurs d’air dans le réseau scolaire », a-t-elle déploré en mêlée de presse, vendredi.

Québec solidaire cite en exemple la direction de Santé Canada qu’il estime « claire » et apportant les « nuances et réserves » nécessaires sur l’utilisation de purificateurs d’air.

Santé Canada indique que « lorsqu’ils sont correctement utilisés, les dispositifs portables de filtration de l’air équipés de filtres à haute efficacité pour les particules de l’air (HEPA) ont démontré qu’ils pouvaient contribuer à réduire la concentration de particules fines et par extension probablement les virus dans l’air. »

On ajoute que « l’utilisation de ces dispositifs pourrait être considérée comme une mesure de gestion complémentaire dans les situations où il n’est pas possible d’améliorer la ventilation naturelle ou mécanique ».

« Pourquoi le Québec est une île par rapport au reste du monde », a mentionné Mme Hivon. « C’est comme si la science ne s’applique pas de la même façon au Québec qu’ailleurs », a-t-elle ajouté.

Selon Gabriel Nadeau-Dubois « le principe de précaution » devrait guider le gouvernement Legault sur cette question. « Si les purificateurs peuvent aider, si c’est une possibilité, pourquoi se priver de ce moyen supplémentaire ? » Il invite le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, à « mettre son orgueil de côté, de reconnaître que ce dossier-là, il l’a échappé et de corriger le tir. »

Questionné par La Presse sur la situation à l’école Élan, le CSSDM a dit se fier aux conclusions du groupe d’experts retenues par le ministère de l’Éducation. Il n’a pas précisé s’il avait donné la directive de débrancher les appareils déjà utilisés.

Le groupe d’experts scientifiques et techniques, dont le rapport a été rendu public le 8 janvier par le gouvernement Legault, ne recommande pas l’utilisation de purificateurs d’air en milieu scolaire, en raison de :

•Leur efficacité non démontrée à ce jour pour contrer la transmission de maladies par aérosols ;

•De leur efficacité réduite dans une grande pièce (comme une classe où les sources de particules potentiellement infectieuses sont dispersées ou éloignées de l’appareil ;

•Du risque d’une utilisation inappropriée (génération possible de flux d’air porteur d’aérosols) ;

•Du bruit qu’ils produisent qui pourrait nuire à la concentration

•L’installation de tels équipements peut également générer un faux sentiment de sécurité.

En cas de situation « exceptionnelle »

Or, la directive du ministère de l’Éducation indique qu’une école peut « évaluer la possibilité d’installer un appareil mobile d’extraction d’air ou un échangeur d’air pour augmenter l’apport d’air » dans un local où il n’y a pas de ventilation mécanique ou naturelle. Par ailleurs, on recommande de ne pas utiliser ces locaux.

L’utilisation d’un purificateur d’air pourrait être envisagée « si, pour une raison de force majeure, un tel local devait être occupé par des personnes », est-il écrit dans la directive. On indique également que l’usage du local doit être temporaire.

« Si, exceptionnellement, une école souhaitait installer de tels dispositifs, elle devrait obligatoirement et préalablement avoir l’autorisation d’experts qualifiés en la matière provenant du comité tripartite (MEQ-CNESST-MSSS) et membres d’un ordre professionnel », est-il indiqué.