David Saint-Jacques a troqué sa combinaison spatiale pour un équipement de protection individuelle contre la COVID-19, cette semaine. L’astronaute a revêtu de nouveau son habit de médecin en terminant la première partie de sa formation dans les unités de soins accueillant les victimes du coronavirus du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

Mis à jour le 29 janv. 2021
Véronique Lauzon
Véronique Lauzon La Presse

« J’ai entendu les appels à l’aide des hôpitaux, qui débordent de patients, en plus de compter sur un personnel qui commence à être à genoux, fatigué », a expliqué le Dr David Saint-Jacques, vendredi en fin d’après-midi, alors qu’il achevait sa première semaine à l’hôpital.

L’impulsion qui l’a incité à retourner à la médecine était similaire, a-t-il confié, à l’appel qui l’a poussé, il y a 10 ans, à poser sa candidature pour devenir astronaute. « C’est vrai que j’ai un peu le même sentiment. J’ai ressenti un appel à contribuer. La COVID-19, c’est la grosse affaire qui se passe en ce moment. J’avais besoin d’agir. »

L’Agence spatiale canadienne « prête » ainsi son astronaute pour qu’il puisse travailler dans les unités de soins réservées à la COVID-19 du CUSM pour un temps indéterminé. Puisqu’il n’a pas exercé la médecine depuis une décennie, il doit d’abord suivre une formation à temps plein. Il a d’ailleurs affirmé, d’une voix enjouée, qu’il était certainement « le plus vieux des étudiants » !

« Je dois vous avouer qu’après la première journée, je trouvais que la pente était raide », a confié l’astronaute, qui a participé à une mission de 204 jours dans l’espace en 2018-2019. « Je me demandais si c’était une bonne idée. Mais là, après une semaine, je vois du progrès et je sens que je suis de plus en plus autonome. »

David Saint-Jacques ne cachait pas son émotion, même sa fierté, de voir tous ces travailleurs de la santé, toutes disciplines confondues, qui sont venus soigner les patients atteints de la COVID-19.

Il a précisé que ce sont toutes des personnes qui se sont portées volontaires qui y travaillent. « Ce qui me frappe, c’est la variété des formations des gens qui sont sur ces unités. Nous sommes habitués, dans notre système de santé archispécialisé, à ne pas nous côtoyer. Mais là, les gens viennent de partout, de toutes les disciplines. Ils font une journée, une semaine ou juste une nuit. C’est comme une liste de garde collective pour faire marcher le système. Je trouve ça vraiment très beau ! »

Je suis fier d’appartenir à ce monde-là. Je suis vraiment fier de la réponse du système médical.

David Saint-Jacques, astronaute et médecin

Il compare cette expérience riche sur le plan humain à ce qu’il a vécu comme médecin dans le Grand Nord, alors que les équipes étaient « très soudées » et qu’il côtoyait des gens « doués et dévoués ». « Oui, je revis un peu la même chaleur, le même sentiment de l’importance du travail d’équipe. Tout le monde est prêt à s’entraider pour le bien des patients. »

Pas le temps de baisser la garde

Le père de trois enfants a été saisi, au début de la semaine, lorsqu’il a admis un homme souffrant énormément des effets du coronavirus, qui avait sensiblement le même âge que lui et pratiquement aucun antécédent médical.

« On entend souvent parler des gens extrêmement malades aux soins intensifs, qui risquent de succomber à la COVID-19 et, aussi, de la majorité des gens pour qui ça n’a pas vraiment d’impacts sur leur santé. Mais entre les deux, il y a beaucoup de gens très malades, qui ne sont pas aux soins intensifs. Ce sont eux qui monopolisent tout le système de santé. »

Ce n’est pas le temps que la population baisse la garde, a-t-il imploré. Même s’il reconnaît bien que tout le monde, dont lui, a envie de mettre un trait sur cette pandémie, il faut continuer de suivre les consignes sanitaires.

Après cette crise, pourrait-il poursuivre sa carrière en médecine ? Trop tôt pour dire si, un jour, il pourrait redevenir médecin à temps plein. Mais chose certaine, il ne veut pas mettre un trait sur sa carrière d’astronaute dans un avenir rapproché. « Il y a quand même pas mal de choses extraordinaires qui se passent dans le domaine de l’exploration spatiale, et je suis content de continuer à y contribuer. »

David Saint-Jacques parle de ce retour à la médecine avec humilité, ne cachant pas que bien des choses ont changé dans la pratique depuis 10 ans. Mais il sent qu’il a pris la bonne décision en choisissant « de participer à la solution, avec [s]es modestes moyens ».

« Personnellement, ça me fait du bien. On dirait que je dors mieux depuis que je fais ça. Ça fait du bien d’aider, comme on dit. »

David Saint-Jacques : prochain gouverneur général ?

David Saint-Jacques s’est esclaffé lorsqu’on lui a demandé si le poste vacant de gouverneur général pouvait l’intéresser. Vite, il est tout de même redevenu sérieux pour exprimer son empathie envers Julie Payette, qu’il a connue à Houston, aux États-Unis, lorsqu’il est devenu l’un des astronautes canadiens de la NASA. « Je n’ai eu que de bonnes expériences avec elle. C’était quelqu’un de généreux, dynamique, accueillant. Et une astronaute formidable. Julie Payette a toujours été pour moi une mentor, une amie. C’est quelqu’un qui a toujours été très généreux. »