Si le variant britannique s’installe au Québec avant que la majorité de la population soit vaccinée, il sera impossible de maîtriser la pandémie au moyen des mesures de prévention actuelles, estiment les chercheurs consultés par La Presse.

Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

Depuis la dernière semaine, le Rt, soit le taux de reproduction des cas, est estimé à 0,79 au Québec, selon les données de l’INSPQ. C’est la première fois depuis la mi-novembre que le Rt de la province est inférieur à 1. « Ça suggère qu’en ce moment, on est en train de réduire la transmission et qu’on est en train de contenir le virus », indique Benoit Barbeau, professeur au département des sciences biologiques de l’UQAM et expert en virologie.

Rappelons que le Rt correspond au nombre moyen de personnes que chaque individu infecté par la COVID-19 va contaminer. Par exemple, avec un Rt de 0,5, si 10 personnes attrapent le virus, elles en infecteront en moyenne 5 autres. « En bas de 1, la pandémie est sous contrôle », résume Benoît Mâsse, épidémiologiste à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Au fil du temps, il y aura donc de moins en moins de personnes infectées, la courbe sera en baisse et la maladie finira par disparaître. « Lorsque le Rt est en haut de 1, la transmission du virus augmente et le nombre de cas ne cesse de croître », explique Jacques Bélair, professeur au département de mathématiques et de statistique de l’Université de Montréal.

L’arrivée des variants

Bien que le Rt du Québec soit actuellement inférieur à 1, les experts rappellent que les nouveaux variants plus contagieux pourraient assombrir le portrait. « En conservant toutes les mesures sanitaires mises en place dans la province et en ayant un variant 50 % plus contagieux, on pourrait passer d’un Rt de 0,79 à un Rt de 1,2. On se retrouvait à nouveau avec une augmentation du nombre de cas », indique l’épidémiologiste Mathieu Maheu-Giroux, professeur au département d’épidémiologie, biostatistique et santé au travail de l’Université McGill et membre de l’équipe qui produit les estimations du Rt pour le Québec.

Autrement dit, même avec toutes les mesures et les restrictions en vigueur au Québec, ce ne serait pas suffisant pour contenir le variant. « Il faudrait en faire encore plus », précise M. Maheu-Giroux. « On peut donc comprendre pourquoi beaucoup de pays ont de la difficulté à contrôler les nouveaux variants », renchérit M. Mâsse.

M. Maheu-Giroux explique que pour maîtriser le nouveau variant britannique, il faudrait avoir un Rt de 0,65. Il indique que ce nombre n’a été atteint qu’une seule fois depuis le début de la pandémie, à la fin du mois de mai. Selon M. Mâsse, il serait très difficile de retourner à des niveaux aussi bas.

À la première vague, tout était fermé, les écoles, la construction, et on est descendus seulement une fois à [un Rt de] 0,63.

Benoît Mâsse, épidémiologiste à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Quelle est la solution ? « Retarder le plus possible la propagation du variant au Québec, répond M. Mâsse. On veut donner une chance à la campagne de vaccination de porter ses fruits. » Si la majorité des gens sont vaccinés avant que le virus se propage au Québec, alors on pourrait réussir à protéger les gens les plus à risques, soutient-il.

Plus de séquençage

Pour détecter un variant, les scientifiques doivent séquencer son génome. Au Québec, de 3 à 4 % des cas positifs seulement sont séquencés, indique M. Mâsse. « Quand il y a peu de cas dans la population, il faut faire un effort de séquençage très intense pour identifier les cas », explique M. Maheu-Giroux. « On doit augmenter la capacité de séquençage pour s’apercevoir relativement tôt si des variants circulent dans la population », ajoute M. Mâsse.

À l’heure actuelle, sept cas du variant britannique ont été détectés au Québec. Dès qu’on découvre un cas, les risques sont grands « que le variant soit déjà en circulation. Surtout qu’il y a des cas aux États-Unis et en Ontario. Je ne verrais pas pourquoi ça ne circulerait pas ici », explique M. Mâsse.

Gestion de la la pandémie: le Brésil dernier, la Nouvelle-Zélande en tête, selon une étude

Le Brésil est le pays qui a le moins bien géré la pandémie de COVID-19, alors que la Nouvelle-Zélande est celle qui a obtenu le meilleur score, selon une étude publiée jeudi par l’Institut Lowy de Sydney. Le Canada arrive au 61e rang sur 98. Le groupe australien a évalué près d’une centaine de pays sur la base de six critères, notamment le nombre de cas, le nombre de décès et le nombre de dispositifs de dépistage. Le Brésil arrive en queue du classement, suivi de près par le Mexique, la Colombie, l’Iran et les États-Unis. Le Viêtnam, la Thaïlande, l’Islande et l’Australie font tous partie des 10 meilleurs. La Chine n’a pas été incluse dans le classement en raison d’un manque de données publiques sur les tests.