(Québec) Le premier ministre François Legault tempère les attentes qu’il avait lui-même créées : « la majeure partie des mesures de confinement vont rester » après le 8 février, y compris le couvre-feu. « Certains assouplissements » seront néanmoins annoncés la semaine prochaine, alors que la réouverture de commerces non essentiels est envisagée au gouvernement.

Mis à jour le 28 janv. 2021
Tommy Chouinard
Tommy Chouinard La Presse
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

La baisse des hospitalisations est insuffisante pour freiner le délestage des interventions chirurgicales. La nouvelle réduction des livraisons du vaccin de Pfizer-BioNTech et la crainte du variant britannique du coronavirus invitent également à la prudence dans le desserrage de l’étau du confinement, selon François Legault.

Mardi, il avait ouvert toute grande la porte à une levée de certaines mesures en dehors du Grand Montréal. Sa sortie a créé « beaucoup d’attentes », de son propre aveu. Il a voulu les dégonfler un peu jeudi en conférence de presse.

On va, pour le 8 février, faire certains assouplissements, mais je veux être très clair : il va falloir être réaliste et la majeure partie des mesures de confinement vont rester.

François Legault, premier ministre du Québec

Il fera son annonce la semaine prochaine, mais à Québec, on signale que toutes les régions pourraient bénéficier, à des degrés divers, de « certains assouplissements ».

Le gouvernement veut revenir à son code de couleurs, dont les mesures seraient redéfinies pour chaque palier. Des commerces non essentiels pourraient rouvrir leurs portes après le 8 février, selon les scénarios à l’étude.

Mais à l’intention des restaurateurs qui rêvent de rouvrir leur salle à manger, François Legault a eu ce message : « Je ne voudrais pas qu’il y ait trop d’attentes. » En clair, il ne faut pas s’y attendre. Idem pour les salles de spectacle.

Couvre-feu : « pas juste à Montréal »

Québec a rapporté 1368 nouveaux cas de COVID-19 jeudi, ce qui s’inscrit dans une tendance à la baisse. La moyenne sur sept jours s’élève à 1405.

« Le pire est à Montréal » dans le cycle actuel de la pandémie, a dit François Legault. Mais de nombreuses régions restent à ses yeux dans une situation fragile.

« Il y a encore beaucoup de cas dans Laurentides, Lanaudière, Montérégie, Estrie, Mauricie–Centre-du-Québec, Québec, Chaudière-Appalaches. Il y a encore beaucoup de cas et beaucoup d’hospitalisations, puis il y a même du délestage à beaucoup d’endroits », a-t-il affirmé. Par conséquent, « ça ne sera pas juste à Montréal, le couvre-feu », après le 8 février.

« À l’autre extrême », la situation est plus favorable en Abitibi-Témiscamingue, dans le Nord-du-Québec, sur la Côte-Nord. « J’ajouterais peut-être Gaspésie, Bas-Saint-Laurent puis Saguenay–Lac-Saint-Jean », a ajouté le premier ministre avec une bonne dose de prudence.

Pour François Legault, le couvre-feu « fonctionne bien » et réduit les rassemblements dans les maisons et les appartements, source importante de transmission du coronavirus dans les derniers mois. Il faut d’ailleurs s’attendre à ce que les restrictions concernant les rassemblements à domicile restent très sévères.

Québec prévoit également annoncer des mesures pour la relâche scolaire du mois de mars – une semaine qui a été responsable en partie de l’ampleur de la première vague, l’an dernier.

« On ne peut pas imaginer une personne de 65 ans, pendant le congé scolaire, dans un chalet avec des personnes avec qui elle n’habite pas. On ne peut pas non plus imaginer une personne de 65 ans qui garde les enfants [pendant la] relâche scolaire », a indiqué M. Legault.

D’ailleurs, le nouveau retard annoncé dans la livraison des doses du vaccin de Pfizer au Canada retardera la vaccination chez les 65 ans et plus. La date à laquelle toutes ces personnes seront vaccinées « s’éloigne, et ça vient ajouter aux raisons pour continuer nos mesures de confinement », a affirmé le premier ministre.

Quelque 3767 doses de vaccin ont été administrées dans la journée de mercredi, ce qui porte le total à 232 986. N’ayant pas reçu de nouveaux vaccins depuis une semaine, le Québec dispose actuellement d’un peu plus de 5000 doses en réserve. Des livraisons sont néanmoins attendues la semaine prochaine.

« Ce serait une catastrophe ! »

Un septième cas du variant britannique du coronavirus a été découvert au Québec. Cette nouvelle souche inquiète : au Royaume-Uni, 37 000 personnes sont maintenant hospitalisées en raison de la COVID-19. « C’est comme si on avait 4600 hospitalisations au Québec au lieu de 1264. Si le variant s’installait au Québec comme au Royaume-Uni, ça serait la catastrophe dans nos hôpitaux ! », a lancé François Legault, rappelant sa demande à Ottawa d’interdire les voyages non essentiels ou d’imposer aux voyageurs une quarantaine à l’hôtel à leur retour au pays.

Selon lui, il serait périlleux pour Québec, d’un point de vue juridique, d’imposer lui-même cette quarantaine.

Il n’y a pas de moyen pour le gouvernement du Québec de déposer une loi sans risque important de contestation pour gérer à la place du gouvernement fédéral toute la quarantaine des voyageurs qui reviennent au Québec.

François Legault, premier ministre du Québec

Alors que l’on craint une troisième vague causée par ce variant, Québec dispose de bien peu d’information sur sa progression ici. Environ 3 % des échantillons positifs recueillis depuis le début de la pandémie, soit 7000 sur 250 000, ont fait l’objet d’un séquençage génomique pour identifier des mutations du virus. Les pays les plus zélés en analysent proportionnellement 10, voire 20 fois plus, comme l’a démontré La Presse jeudi.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a annoncé que 11,5 millions de dollars seraient investis pour augmenter la cadence de ce séquençage génomique. Selon le directeur national de santé publique, le DHoracio Arruda, on analysera désormais 10 % des échantillons positifs. Il a indiqué que la proportion analysée était de 1 % aux États-Unis, et de 5 % à 7 % au Royaume-Uni.

Encore du délestage

Malgré une baisse de 26 en 24 heures, 1264 hospitalisations, c’est encore « beaucoup trop », a dit François Legault. « Ça ne nous permet pas de faire du rattrapage » et de réduire le délestage des activités chirurgicales.

Au début du mois de décembre, Québec a demandé aux hôpitaux de réduire jusqu’à 50 %, voire 70 %, leurs activités dans les blocs opératoires. L’objectif est d’envoyer des infirmières, des médecins et d’autres travailleurs de la santé s’occuper des patients atteints de la COVID-19. Cette directive est maintenue.

Ce délestage massif des interventions chirurgicales fait gonfler la liste d’attente, qui était déjà importante. Plus de 140 000 personnes sont aujourd’hui en attente d’une opération – elles étaient 114 000 avant la pandémie. Près du tiers des patients attendent depuis plus de six mois.

Les autorités ont rapporté jeudi 39 décès supplémentaires liés à la COVID-19. Le total atteint toutefois 9667 en raison du retrait de deux décès « pour lesquels l’enquête a démontré qu’ils n’étaient pas attribuables à la COVID-19 ». Dans les faits, le bilan s’alourdit donc de 37 morts.

Québec a annoncé qu’une journée de commémoration nationale, afin de rendre hommage aux victimes de la COVID-19, aura lieu le 11 mars prochain. « On veut faire une cérémonie spéciale. Il y en aura une partie ici, à Québec, mais il y en aura aussi une partie dans les régions. On veut que toute la nation québécoise offre ses condoléances à toutes les familles et à tous les proches de ceux qui sont partis beaucoup trop vite », a indiqué François Legault.

Les faits

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Amendes « annulées » pour les sans-abri

Deux jours après qu’un jugement de la Cour supérieure eut tranché en faveur de l’exemption de couvre-feu pour les sans-abri – une idée qu’avait d’abord rejetée le gouvernement –, François Legault a promis que les constats d’infraction ayant été remis depuis le 9 janvier dernier à des personnes en situation d’itinérance seraient « annulés ». « Il y a eu un ajustement au début, où il y a quelques contraventions qui ont été données juste pour non-respect du couvre-feu. Ces contraventions-là vont être annulées », a illustré le premier ministre, en réitérant qu’il n’a « jamais été question » de donner des contraventions à des sans-abri « seulement parce qu’ils ne respectent pas le couvre-feu ». Selon les données de la Clinique juridique itinérante, au moins neuf sans-abri ont reçu un constat d’infraction. En anglais, M. Legault a par la suite affirmé que ces personnes « n’auraient jamais dû recevoir de contravention ».

Piqués au vif au sujet des tests rapides

Des propos du DDon Sheppard, microbiologiste-infectiologue au Centre universitaire de santé McGill, ont fait réagir le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé. Le Dr Sheppard avait laissé entendre qu’il était probable que les délais dans l’usage massif des tests de dépistage rapide aient coûté la vie à des Québécois. « Les tests rapides peuvent montrer des faux négatifs jusqu’à un tiers des cas, c’est-à-dire qu’un cas sur trois de gens qui ne sont pas symptomatiques ne peut pas être détecté. […] Si on fait des tests qui ne sont pas fiables, ça peut être encore plus dangereux », a notamment rétorqué M. Dubé. François Legault, lui, s’en est pris plus directement au chercheur. « Quand un professeur vient nous dire qu’on est responsables de la mort de personnes, là, je trouve que c’est une accusation très grave qui est irresponsable », a-t-il lancé, soulignant que le Québec effectue plus de tests de dépistage que l’Ontario, la Colombie-Britannique ou l’Alberta actuellement, par million d’habitants.

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