(Ottawa) Justin Trudeau veut se montrer rassurant : le Canada devrait être immunisé à de potentielles restrictions d’exportations de doses des vaccins fabriqués en Europe.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Le premier ministre a signalé qu’il allait « continuer de s’assurer » que « nos chaînes d’approvisionnement continuent de façon ininterrompue » et que le Canada allait « s’assurer que les contrats soient respectés ». L’optimisme qu’il a affiché repose sur une conversation téléphonique qu’il a eue mardi matin le PDG de Moderna, l’un des deux fournisseurs sur lesquels compte le Canada.

« Ce matin [mardi], j’ai eu un appel avec le PDG de Moderna qui m’a confirmé une fois de plus que les contrats qu’on a signés très tôt avec eux seront respectés », et « comme prévu, avant la fin mars, nous allons aussi recevoir nos quatre millions de doses du vaccin de Pfizer », a-t-il déclaré en conférence de presse à Rideau Cottage.

Les autorités européennes ont signalé aux fabricants de médicaments que des restrictions à l’exportation des doses de vaccins fabriqués en Europe pourraient être imposées. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré sur Twitter, mardi, que le plus grand bloc commercial au monde mettrait en place « un mécanisme de transparence pour les exportations de vaccins ».

S'il existe « certaines préoccupations politiques par rapport à certains vaccins », pour l'heure, « le Canada n’est pas compris dans ces préoccupations », a-t-il indiqué en concédant que si un tel blocage survenait, « ce serait extrêmement préoccupant ». Le premier ministre a par ailleurs souligné que l'incertitude concernait surtout le vaccin AstraZeneca – lequel n'a pas encore été approuvé par Santé Canada.

Cette semaine, le Canada ne recevra aucune dose des deux vaccins approuvés jusqu'à présent. Les livraisons du vaccin de Pfizer-BioNTech sont à zéro, tandis que celles de Moderna reprendront leur cours normal – les doses sont expédiées aux trois semaines – à compter de la semaine prochaine. Au même moment, les doses de Pfizer arriveront en quantité moins grande qu’anticipée, soit 79 000 doses plutôt que 367 000.

En dépit des nuages protectionnistes qui menacent d'apparaître dans le ciel européen, Justin Trudeau promet que « tous les Canadiens qui veulent un vaccin pourront en avoir un » d’ici septembre. Un mantra que l'on a entendu sortir de la bouche de nombreux libéraux pendant la période des questions en Chambre, mardi, ce qui n'a pas semblé calmer le scepticisme des partis d'opposition.

La ministre du Commerce international, Mary Ng, a de son côté voulu insister sur le fait qu'il n'y avait « pas de restriction sur les exportations », et elle a dit qu'Ottawa était étroitement en contact avec ses partenaires de l'Union européenne.

Toutes les doses de vaccin actuelles du Canada provenant de Pfizer-BioNTech et Moderna sont fabriquées en Europe, ce qui pourrait mettre en péril la totalité des livraisons de vaccins au Canada. Tant l’Europe que le Canada subissent des délais dans les livraisons de Pfizer, l’entreprise ayant ralenti la cadence de production pour agrandir son usine en Belgique.

La pharmaceutique AstraZeneca a signalé que des obstacles de production limiteraient les livraisons initiales de son vaccin, que l’Europe pourrait approuver cette semaine. L’Agence européenne des médicaments doit en discuter le vendredi 29 janvier ; des experts de Santé Canada prendront part à cette rencontre. Le feu vert des autorités sanitaires canadiennes pourrait venir d'ici la fin du mois.

Un débat d'urgence sur la vaccination obtenu par le Parti conservateur aura lieu mardi soir à la Chambre des communes.

Voyages : des mesures « très bientôt »

Le premier ministre par ailleurs a servi un nouvel avertissement au sujet des voyages non essentiels.

« Je le répète, ce n’est pas le temps de voyager, surtout pas pendant la semaine de relâche qui s’en vient. Toutes les options sont sur la table et on va annoncer de nouvelles mesures très bientôt », a-t-il insisté au micro installé devant sa résidence d’Ottawa.

« On sait que présentement, il y a seulement un très petit pourcentage de cas qui proviennent de Canadiens qui reviennent au pays. Cela dit, je veux être très clair : chaque cas est un cas de trop », a ajouté Justin Trudeau, dont le gouvernement songe à forcer les voyageurs de s’isoler à l’hôtel au retour, à leurs frais.

Au même endroit, exactement une semaine auparavant, il avait lancé le même avertissement.

L'absence de nouveau développement tangible a suscité les railleries bloquistes, le député Xavier Barsalou-Duval reprochant au premier ministre d'avoir eu « le culot » de convoquer la presse pour annoncer « rien pantoute » pendant la période de questions en Chambre.

- Avec La Presse Canadienne