Déception pour les juifs hassidiques de Montréal : les rassemblements religieux devront dès maintenant se limiter à 10 personnes par lieu de culte, et non à 10 personnes par salle. Québec a éclairci son règlement lundi après les écarts de conduite observés vendredi et samedi dans la communauté hassidique de Montréal, qui ont mené à une quinzaine de constats d’infraction.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

« Dimanche soir, un courriel de la Santé publique de Montréal nous donnait l’impression d’avoir bel et bien l’autorisation de réunir 10 fidèles par salle de prière, comme nous pensions avoir le droit », explique le rabbin Reuben Poupko, représentant du Conseil des rabbins de Montréal à la Table interreligieuse de concertation pour la réouverture des lieux de culte. « Nous valorisons la vie au-dessus de tout, mais il faut se souvenir de l’histoire du peuple juif. Tous les juifs croient que personne d’entre nous ne serait ici aujourd’hui si nos grands-parents et les grands-parents de nos grands-parents n’avaient pas continué à prier contre vents et marées. Alors c’est très important pour nous de continuer à prier comme nos aïeuls. C’est inscrit dans notre disque dur. Seul cet entêtement a permis aux juifs de rester juifs. C’est très difficile de réécrire ce disque dur. »

La Direction de santé publique de Montréal n’a pas répondu à une demande de commentaires à propos de ce courriel de dimanche soir.

« Nazis »

Le sabbat, vendredi soir, a commencé avec une intervention policière dans une synagogue de la communauté hassidique skver, rue Durocher, à Outremont, où une centaine d’hommes et de garçons étaient réunis. Les fidèles ont forcé le passage, bousculant des agents, qui se sont fait traiter de « nazis ».

« Ce qui s’est passé est déplorable, dit le rabbin Poupko, les policiers n’auraient pas dû se faire traiter comme ça. Et selon ce que j’ai compris, il n’y avait qu’une entrée dans la synagogue. Alors les gens ne pouvaient même pas dire qu’ils étaient 10 par salle avec entrée séparée, comme nous pensions qu’il était permis. »

Le lendemain matin, une vingtaine de voitures de police sont intervenues à une synagogue à l’angle Hutchison et Saint-Viateur, où les fidèles ont affirmé respecter la « norme » de 10 fidèles par salle avec entrée séparée, soit 30 au total.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

La synagogue de la communauté hassidique skver, rue Durocher

Pour montrer patte blanche, Abraham Ekstein, porte-parole de la communauté hassidique satmar qui fréquente la synagogue de la rue Hutchison, avait convoqué les médias lundi en fin d’après-midi pour montrer les trois entrées séparées en question. Quand le gouvernement a finalement confirmé que la limite de 10 fidèles valait pour l’immeuble au complet, M. Ekstein a déclaré sa déception et coupé court à la conférence de presse.

« En mars, nous avons accepté la fermeture des synagogues parce que c’était différent, c’était une question de vie ou de mort, a dit M. Ekstein en entrevue avec La Presse. Maintenant, nous devons apprendre à vivre avec la COVID-19. La construction n’a pas été interrompue. Et pour nous, vivre, c’est prier. »

Mayer Sveig, un représentant de la communauté hassidique vobov qui accompagnait M. Ekstein, a donné l’exemple des voyages en avion. « J’en ai fait depuis le début de la pandémie, il y a 50 personnes dans un petit espace, est-ce que c’est vraiment pire qu’une synagogue ? Est-ce que c’est vraiment plus important de prendre l’avion que de prier ? »

Musulmans et catholiques

Les représentants musulman et catholique de la Table de concertation interreligieuse, l’imam Hassan Guillet et Pierre Murray, de l’Assemblée des évêques du Québec, affirment quant à eux qu’il a toujours été clair pour eux que la limite de 10 personnes s’appliquait à l’immeuble au complet, plutôt qu’à chaque salle ayant une entrée séparée, comme c’était le cas cet automne et à Noël. « Dans une lettre du DHoracio Arruda, le 15 janvier, qui nous annonçait le décret permettant les rassemblements religieux, un passage où il était question d’une limite de 25 personnes pour des funérailles précisait que c’était pour l’immeuble, pas par salle, dit Mgr  Murray. Pour moi, ça suffisait pour me faire comprendre. Samedi soir, j’ai eu un appel de la personne qui nous accompagne dans nos discussions avec le gouvernement pour me préciser que la limite de 10 personnes s’appliquait à tout le bâtiment. J’ai immédiatement partagé l’information avec tous les membres de la Table. »

Un seul policier pour prendre les noms

Selon le rabbin Reuben Poupko, un seul policier prenait les noms des personnes présentes à la synagogue de la rue Durocher vendredi soir. « Les gens ont demandé à plusieurs reprises que plus qu’un policier prenne les noms, pour que ça aille plus vite, dit M. Poupko, qui n’est pas hassidim. Mais les policiers ont refusé. Les gens ne pouvaient pas contacter leurs familles, parce qu’ils ne peuvent pas utiliser de cellulaire durant le sabbat, et ils avaient peur de se retrouver dans la rue après 20 h, et d’avoir une deuxième contravention pour bris du couvre-feu. Alors un petit nombre d’entre eux se sont impatientés. Il se peut que si l’intervention policière avait été différente, les réactions auraient été différentes. » Le SPVM n’a pas voulu commenter cette affirmation lundi.

Le maire d’Outremont espère rencontrer des leaders hassidiques

À la séance du conseil municipal de lundi, le maire de l’arrondissement d’Outremont, Philipe Tomlinson, a indiqué qu’il espérait pouvoir rencontrer des leaders de la communauté juive ultraorthodoxe ce mardi. « Après les évènements de la fin de semaine passée, nous espérons pouvoir rencontrer des leaders de la communauté aussi rapidement que demain [mardi]. Nous l’espérons, a-t-il dit. On pourra échanger. Ils pourront nous dire ce qu’ils pensent, et nous pourrons leur dire ce que nous pensons. Nous pourrons continuer ce dialogue afin d’éviter que les évènements de la fin de semaine se répètent. » « Le message à ceux qui défient les règlements du gouvernement sur le confinement, sur les rassemblements et sur le couvre-feu est le même pour tous », a-t-il continué, répondant à une question qui lui demandait d’envoyer un message clair à la communauté ultraorthodoxe.

– Philippe Teisceira-Lessard, La Presse

En Israël aussi

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a dénoncé lundi les violences liées aux restrictions sanitaires survenues dans des localités et quartiers ultraorthodoxes, et a salué la « manière forte » utilisée par la police, qui a arrêté 13 personnes. Dimanche soir, des heurts ont opposé la police à des juifs ultraorthodoxes protestant contre le strict confinement imposé pour lutter contre la pandémie de COVID-19 et prolongé après l’importante hausse des cas dans le pays. Dans le quartier de Bnei Brak, près de Tel-Aviv, un bus a été pris d’assaut puis incendié, et son chauffeur, blessé et hospitalisé. Dix habitants ont été arrêtés, a indiqué la police.

– Agence France-Presse