(Paris) L’annonce vendredi dernier a fait l’effet d’une bombe : le variant du virus de la COVID-19 qui submerge le système hospitalier britannique est non seulement plus contagieux, mais serait aussi plus mortel. Qu’en est-il ?

Kelly MACNAMARA
Agence France-Presse

Les données qui concluent à une létalité du « variant anglais » 30 à 40 % supérieure par rapport au virus classique sont limitées, notent les scientifiques, alors que l’inquiétude grandit dans les dizaines de pays où le variant 50 à 70 % plus transmissible a désormais été détecté.

Ce qui a changé

Deux études séparées de la London School of Hygiene and Tropical Medicine (LSHTM) et de l’Imperial College de Londres ont mis en relation les données répertoriant les cas positifs détectés hors hôpital avec les données de mortalité. Utilisant des méthodes légèrement différentes, elles évaluent toutes les deux à environ 30 % le risque supplémentaire de mourir lié au nouveau variant.

D’autres études de l’Université d’Exeter et de l’agence de santé publique Public Health England ont conclu à des risques encore plus élevés.

Sur la base de ces résultats qui lui ont été soumis, le NERVTAG, le groupe qui conseille le gouvernement britannique sur les virus respiratoires, a indiqué qu’il y avait une « possibilité réaliste » que l’infection par ce variant soit associée à un risque plus élevé de mortalité.

La plus grande contagiosité de ce variant, appelé B.1.1.7 ou VOC 202 012/01, avait déjà provoqué l’inquiétude à travers le monde alors que les systèmes de santé sont déjà mis à rude épreuve : plus le nombre de personnes contaminées est important, plus le nombre de malades souffrant de formes graves augmentent, tout comme le nombre de morts.

« Malheureusement, il semble que ce virus soit les deux », plus contagieux et peut-être plus mortel, a résumé lundi lors d’une conférence de presse John Edmunds, de la LSHTM. « La situation hélas s’aggrave vraiment. »

Les données sont-elles fiables ?

Il y a des incertitudes dans les données, selon les chercheurs qui espèrent que les choses seront plus claires dans quelques semaines.

Même si les résultats sont « statistiquement significatifs », les études se sont basées sur les cas positifs hors de l’hôpital. Or la plupart des malades ensuite décédés ont été déclarés positifs seulement à leur arrivée à l’hôpital, a noté John Edmunds. Et les données hospitalières ne sont pas encore disponibles.

Selon le NERVTAG, cette lacune pourrait expliquer pourquoi les études n’ont pas révélé d’augmentation du risque d’hospitalisation chez les personnes contaminées par le nouveau variant, ce qui semble en contradiction avec une plus grande gravité de la maladie.

Les recherches ne couvraient que 8 % du total des décès sur la période analysée et les résultats pourraient « ne pas être représentatifs de l’ensemble de la population », a également noté le groupe.

Pourquoi plus mortel ?

Même si d’autres études sont nécessaires, les chercheurs émettent l’hypothèse que la plus grande létalité serait liée aux mêmes mutations que la plus grande transmissibilité.

En ligne de mire en particulier, une mutation sur la spicule ou protéine Spike du virus, cette pointe à sa surface qui lui permet de s’attacher au récepteur ACE2 des cellules humaines pour les pénétrer et joue ainsi un rôle clé dans l’infection virale.

« S’il est ainsi capable de se répandre plus rapidement dans les poumons, cela pourrait accélérer la progression de la maladie et de l’inflammation, qui progresse plus rapidement que ce à quoi le corps peut faire face », a expliqué Peter Horby, patron du NERVTAG et spécialiste des maladies infectieuses émergentes à l’université d’Oxford.

« Le virus n’a peut-être pas évolué pour devenir plus mortel en tant que tel, mais il pourrait avoir évolué pour se développer plus vite ou mieux », indique de son côté à l’AFP Bjorn Meyer, virologue à l’Institut Pasteur à Paris.

Quel impact sur les traitements ?

Il n’y a « aucune preuve » que les traitements utilisés marcheraient moins bien contre le variant britannique, selon Peter Horby, responsable de l’essai clinique Recovery qui a conclu à l’efficacité du corticoïde dexaméthasone contre les formes graves.

Les corticoïdes « devraient marcher aussi bien parce que ce n’est pas lié au virus, c’est lié à la réponse de l’hôte », a-t-il assuré.

Quant aux vaccins, les premiers éléments sont plutôt rassurants.

Ainsi, selon des résultats préliminaires de chercheurs d’universités britanniques et néerlandaises, les anticorps d’anciens malades de la COVID-19 permettent largement de neutraliser le variant anglais.

Pfizer/BioNTech et Moderna, se basant sur des études préliminaires, ont également assuré que leurs vaccins seraient toujours efficaces contre le variant.

Plus répandu, donc plus faible ?

Les scientifiques mettent en garde contre l’idée qu’une plus grande contagiosité du virus le rendrait forcément moins infectieux.

Avec sa virulence actuelle — des formes graves pour une minorité de personnes contaminées —, il est déjà « très doué pour se transmettre », indique à l’AFP Emma Hocroft, épidémiologiste à l’Université de Berne.  

Alors il n’a pas de raison de « chercher à devenir moins grave », poursuit-elle, soulignant que des virus comme celui de la rougeole ou le VIH sont restés aussi dangereux malgré leur propagation.

Quelles que soient les incertitudes sur les études sur la létalité du variant anglais, elles doivent au moins chasser l’idée qu’il pourrait devenir moins virulent, a insisté de son côté Graham Medley, de la LSHTM.

« Il n’est évidemment pas devenu un virus plus bénin », a-t-il déclaré.