Les deux tiers des patients de l’unité des soins palliatifs de l’Hôpital général juif et une quinzaine de membres du personnel qui y œuvrent ont été contaminés à la COVID-19 au cours des derniers jours, a appris La Presse.

Katia Gagnon Katia Gagnon
La Presse

« En raison d’une éclosion dans l’unité des soins palliatifs, l’unité a été déplacée, confirme le porte-parole du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, Barry Morgan. Dans l’intervalle, nous travaillons en étroite collaboration avec notre équipe de prévention et de contrôle des infections. Nous désinfectons complètement la zone. »

Depuis la fin de semaine dernière, neuf des quinze patients de l’unité ainsi que 14 membres du personnel ont été déclarés positifs à la COVID-19. Tous les patients et le personnel ont été testés et on conseille aux membres des familles qui ont rendu visite à des patients positifs de se faire tester.

« Toute personne qui souhaite rendre visite à un patient en soins palliatifs doit faire la demande auprès de l’équipe de soins », précise M. Morgan.

Édith est l’une de ces proches qui est s’est récemment rendue visiter un membre de sa famille hospitalisé aux soins palliatifs de l’Hôpital général juif. Elle a refusé que nous publiions son nom ou celui de son proche, invoquant des motifs professionnels et personnels.

L’éclosion dans l’unité des soins palliatifs complique considérablement la vie des familles et des personnes mourantes, témoigne-t-elle.

Sa proche parente, atteinte d’un cancer, est hospitalisée depuis la fin de décembre à l’Hôpital général juif et a été transférée en janvier aux soins palliatifs. « Ils l’ont changée de chambre. Et puis, ils l’ont isolée préventivement parce qu’elle avait été en contact avec un employé déclaré positif. La semaine dernière, elle a passé son test : c’était positif. Et maintenant, c’est presque toute l’unité qui est contaminée. »

Le cancer de la parente d’Édith est très agressif, relate-t-elle. Elle n’en a plus pour très longtemps. « L’impact majeur de tout ça, c’est qu’on ne peut plus la voir », relate la femme. En temps normal, aux soins palliatifs, les visites sont toujours permises. Chaque patient a droit à quatre visiteurs au total, mais pas plus de deux par jour. Édith et sa famille se relayaient pour que quelqu’un soit constamment à son chevet. « Sa peur de mourir seule est immense », dit-elle.

« Mais là, malgré les équipements de protection qu’on porte en tout temps lorsqu’on va la voir, nous sommes considérés comme à risque et on nous demande de nous placer en isolement. » Impossible, donc de se rendre à son chevet. Elle parle à la patiente tous les jours au téléphone. « On l’entend, au téléphone que ses forces diminuent. J’arrive à lui parler une ou deux minutes. Elle dépérit à vue d’œil. Et nous, on est pris à la maison ! »

Cette éclosion dans une unité de soins palliatifs est un exemple tragique de la contamination nosocomiale de la COVID-19. L’Institut national d’excellence en santé et service sociaux (INESSS) estime que 15 % des cas de patients hospitalisés avec la COVID-19 ont probablement été infectés par le coronavirus lors de leur séjour à l’hôpital. Dans les projections de l’INESSS, ils sont considérés comme des cas « présumés » de COVID-19 nosocomiale.

Le personnel soignant est souvent un vecteur de la maladie : au total, pas moins de 35 000 travailleurs de la santé ont été infectés au Québec, sur 240 000 cas au total. Cela représente donc près d’un cas sur six. En date du 15 janvier, on recensait une quarantaine d’éclosions dans les milieux de soins de l’île de Montréal. Pour parler d’une éclosion, on doit recenser un minimum de deux cas dans le milieu.