Conséquence du fait que la COVID-19 se transmet maintenant de façon communautaire un peu partout au Québec, de plus en plus de femmes enceintes contractent la maladie. Heureusement, pour la très grande majorité d’entre elles, les risques de complications graves sont faibles.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Une poignée de mères ont tout de même dû subir une césarienne préventive dans les dernières semaines à Montréal, car leur état se dégradait trop rapidement.

« Depuis le début de l’année 2021, au moins cinq patientes enceintes et atteintes de la COVID-19 ont été transférées d’autres établissements vers le CHUM pour des complications respiratoires. Certaines ont dû avoir recours à une césarienne et ont eu besoin de ventilation pour une insuffisance respiratoire importante alors que d’autres ont principalement eu une observation et une réhydratation », indique Catherine Domingue, porte-parole du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM).

Obstétricienne-gynécologue au CHUM, la Dre Marie-Danielle Dionne explique que les rares données scientifiques disponibles jusqu’à maintenant au Canada et aux États-Unis montrent que les femmes enceintes sont légèrement plus à risque d’être hospitalisées si elles sont atteintes de la COVID-19 que d’autres femmes du même groupe d’âge qui ne sont pas enceintes. Mais les patientes hospitalisées sont surtout surveillées ou reçoivent un peu d’oxygène. « Pour les données de complications graves et de mortalité, il n’y a pas de différence. C’est rassurant », dit la Dre Dionne.

Les femmes enceintes atteintes de la COVID-19 ont légèrement plus de risques d’avoir un bébé prématuré, ajoute la Dre Violaine Marcoux, présidente de l’Association des obstétriciens-gynécologues du Québec. Mais aucun décès maternel lié à la COVID-19 n’a été rapporté à ce jour au Québec.

Il ne faut pas que les femmes enceintes négligent la COVID-19 en ne venant pas, par exemple, à leur rendez-vous. Mais on ne veut pas non plus la panique à bord.

La Dre Violaine Marcoux, présidente de l’Association des obstétriciens-gynécologues du Québec

Les rares patientes qui ont dû subir une césarienne au CHUM à cause de la COVID-19 étaient au troisième trimestre de leur grossesse. « On trouve parfois que l’état de certaines mères atteintes de la COVID-19 se dégrade un peu trop. Quand on envisage les soins intensifs, on pense à la césarienne », explique la Dre Dionne.

Notamment parce qu’il est souvent impensable pour ces femmes enceintes d’endurer le travail et l’accouchement alors qu’elles peinent à maintenir un bon niveau d’oxygénation à cause de la COVID-19, dit la Dre Dionne. Celle-ci souligne que la césarienne apporte souvent beaucoup de soulagement aux patientes. « Au troisième trimestre, la respiration est parfois plus difficile. Quand on ajoute la COVID, ça rend ça parfois plus compliqué », dit-elle.

Les femmes enceintes seront-elles vaccinées ?

La Dre Dionne et la Dre Marcoux notent que les cas de COVID-19 chez les femmes enceintes ont légèrement augmenté depuis le retour des Fêtes, après avoir connu une accalmie cet automne. Difficile toutefois de chiffrer exactement cette augmentation puisqu’aucun registre de cas de femmes enceintes atteintes de la COVID-19 n’existe au Québec. « On travaille fort pour avoir ce registre pour documenter les cas. Mais il ne s’agit pas d’une priorité gouvernementale en ce moment », affirme la Dre Marcoux.

Le vaccin contre la COVID-19 n’est pour l’instant pas recommandé pour les femmes enceintes. Cela s’explique en partie parce que les vaccins ne sont jamais testés sur cette clientèle.

Mais pour la Dre Dionne, qui recommande toujours chaudement à ses patientes de se faire vacciner contre la grippe, si rien ne prouve que le vaccin de la COVID-19 est sans danger pour les femmes enceintes, rien ne prouve non plus pour l’instant qu’il est dangereux. « Plusieurs vaccins ne sont pas dangereux pour les femmes enceintes. Comme celui de la grippe », dit-elle.

Sur le site du ministère de la Santé, on indique que « la vaccination des enfants et des femmes enceintes sera déterminée en fonction d’études à venir sur la sécurité et l’efficacité des vaccins chez ces personnes ».