Voilà des mois que les appels à faire des tests de dépistage rapide dans les écoles se multiplient, mais Québec n’envisage toujours pas d’en faire à grande échelle. Deux écoles secondaires de Montréal pourront le faire dès la semaine prochaine.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Des élèves et des membres du personnel participeront à une étude dirigée par la Dre Caroline Quach, pédiatre et microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine. Elle vise d’abord à comprendre la place que peuvent jouer les tests rapides dans la maîtrise des éclosions, mais aussi à comprendre la dynamique de transmission de la COVID-19 en milieu scolaire.

Pour ce faire, la Dre Quach et son équipe ont choisi deux écoles, soit l’école secondaire publique Calixa-Lavallée, à Montréal-Nord, et le Pensionnat du Saint-Nom-de-Marie, un établissement privé d’Outremont.

Ces écoles ont été choisies « parce que les chercheurs avaient des relations préalables avec la direction » et qu’ils voulaient « une représentativité de la région montréalaise », indique la Dre Caroline Quach dans un courriel.

[La Dre Quach] a son enfant à notre école et elle est aussi une ancienne de l’école. Il y a un lien assez naturel, elle nous a accompagnés beaucoup dès le début dans la mise en place de mesures et le fait de rassurer les gens, donc ça a été un fit assez naturel qu’elle se tourne vers nous.

Yves Petit, directeur général du Pensionnat Saint-Nom-de-Marie

Le directeur de l’école secondaire Calixa-Lavallée, Dominic Besner, s’est lui-même demandé au départ pour quelles raisons son établissement avait été choisi. « Ils cherchaient deux milieux différents et on ne peut pas être plus différent que le Pensionnat du Saint-Nom-de-Marie », dit-il, en ajoutant qu’il a vite compris « que la plupart rêveraient d’avoir ce projet dans leurs murs ».

« Je le vois comme une occasion incroyable », poursuit M. Besner. Le quartier dans lequel cette école de 1800 élèves est située affiche un des pires taux d’infection au coronavirus de la province.

Réticence chez les élèves et les parents

Depuis octobre, Québec a reçu du fédéral 2,4 millions de tests rapides. La semaine dernière, un comité d’experts formé par le gouvernement a recommandé de les déployer de façon « prudente » dans certaines circonstances, en raison de leur fiabilité moins grande et du personnel qu’il faudrait ajouter. Le comité ne propose pas leur utilisation dans les écoles, une réticence que l’opposition à Québec s’explique mal.

Dans les deux écoles choisies pour l’étude, les tests se feront chaque semaine auprès de 25 % des élèves ayant consenti à y participer. Le quart du personnel scolaire sera aussi testé sur une base hebdomadaire, et ce, jusqu’à la fin de l’année scolaire.

À l’école « ultra multiethnique » Calixa-Lavallée, les formulaires de consentement ont été envoyés dans cinq langues aux familles des élèves. En milieu de semaine, les membres du personnel avaient consenti dans une forte proportion à participer à l’étude, mais le taux de réponse n’était pas très élevé chez les parents d’élèves.

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À l'école secondaire Calixa-Lavallée, le taux de réponse aux formulaires de consentement n’était pas très élevé chez les parents d’élèves.

« Il faut travailler très fort, et l’idéal, c’est de passer par les élèves », explique le directeur Dominic Besner. Une petite équipe de jeunes sera donc formée et elle aura comme mission de montrer aux autres en quoi consistent exactement les tests de dépistage rapide.

L’étude utilisera notamment le test antigénique Panbio d’Abbott, de même qu’un autre test par gargarisme salivaire, mais dans les deux écoles choisies pour l’étude, des questions sur les fameux écouvillons surgissent.

« Les élèves ont peur que ce soit le test qui va profondément dans le nez. Beaucoup l’ont fait et savent que ce n’est pas agréable, alors que le test rapide, ce n’est pas du tout ça », explique Dominic Besner.

Il explique en outre que dans cette école fréquentée par beaucoup d’élèves sont les familles récemment arrivées au pays, certains parents ont, eux aussi, parfois peur de se faire tester. « Ils pensent qu’ils peuvent être visés par la Santé publique, par le gouvernement, que ça peut nuire à leur dossier d’immigration », illustre Dominic Besner.

Isoler les élèves moins longtemps

Pour la durée du projet, une assistante de recherche sera affectée à chaque école. Dans l’une comme dans l’autre, on souhaite dépister rapidement les cas positifs, notamment ceux qui sont asymptomatiques.

« On fait une prise en charge immédiate des cas positifs et ça nous permettra de faire un retour en classe accéléré », explique Yves Petit, directeur général du Pensionnat du Saint-Nom-de-Marie, qui compte 1200 élèves. Plutôt que d’isoler la classe 14 jours, elle pourra l’être sept jours puisque les élèves seront retestés rapidement. « L’impact négatif du retrait d’une classe est amoindri », poursuit-il.

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Pensionnat du Saint-Nom-de-Marie

Les élèves pourront voir de près le déroulement de l’étude. « C’est une belle occasion pour nos élèves et leurs profs de vivre un projet scientifique en vrai, de voir comment ça se déploie », estime Yves Petit.

À l’école Calixa-Lavallée, « un petit sentiment de compétition » s’est même installé entre les jeunes quand est venu le temps de choisir ceux qui pourraient participer plus activement à l’étude. « Avoir une équipe de scientifiques à l’école, c’est vraiment le fun. C’est positif pour toute la communauté », dit Dominic Besner.

— Avec Tommy Chouinard, La Presse