(Ottawa) Le premier ministre Justin Trudeau a tenté vendredi de calmer les inquiétudes à l’égard des vaccins contre la COVID-19 en annonçant que le PDG de Pfizer promettait que les livraisons au Canada seraient entièrement rétablies dans trois semaines.

Mia Rabson
La Presse Canadienne

M. Trudeau s’est entretenu avec Albert Bourla par téléphone jeudi soir. Il y a une semaine, l’entreprise avait informé le Canada que ses livraisons de vaccins allaient être considérablement réduites au cours du mois prochain, tandis qu’elle fait des travaux pour élargir la production à son usine en Belgique.

« Les prochaines semaines seront difficiles en ce qui concerne les livraisons, a déclaré M. Trudeau vendredi. Cela dit, le Dr Bourla m’a assuré que des centaines de milliers de doses de Pfizer seront livrées la semaine du 15 février et dans les semaines subséquentes. »

Le Canada n’obtient qu’un tiers de ses doses promises entre le 18 janvier et le 7 février, alors qu’il n’y aura aucune livraison la semaine prochaine. Les livraisons la semaine du 8 février ne sont pas encore confirmées.

M. Trudeau a affirmé qu’il y aurait un rattrapage complet du calendrier de livraison pour le Canada d’ici la fin mars, les quatre millions de doses promises devant être livrés d’ici là.

Il a soutenu qu’il y aura suffisamment de doses de Moderna et de Pfizer d’ici septembre pour vacciner tous les Canadiens qui le souhaitent.

« Nous travaillons 24 heures sur 24 pour obtenir autant de vaccins que possible, aussi vite que possible, a-t-il déclaré. C’est ce à quoi je pense quand je me réveille, quand je me couche et toutes les heures entre les deux. »

Gary Kobinger, expert en vaccins et directeur du Centre de recherche en infectiologie (CRI) de l’Université Laval à Québec, a affirmé cette semaine que la vaccination éventuelle de la moitié de la population contre la COVID-19 commencerait à avoir un réel impact sur la pandémie, mais que le chiffre magique pour voir la propagation commencer à chuter de façon importante était de 70 %.

Avec les deux vaccins qu’il a approuvés et les calendriers de livraison promis par Pfizer et Moderna, le Canada ne recevra pas suffisamment de doses pour atteindre 50 % avant la fête du Canada. Les enfants n’ont pas encore été autorisés à se faire vacciner, alors que des essais sur des enfants de 12 ans et plus sont en cours et que d’autres sur ceux d’à peine cinq ans devraient commencer au printemps.

Ashleigh Tuite, épidémiologiste en maladies infectieuses à l’Université de Toronto, a déclaré que le retard d’un mois dans les doses n’affecterait pas l’immunité de groupe parce que le Canada n’allait pas être de toute façon près de l’immunité collective d’ici la mi-février, même selon le calendrier initial de livraison des vaccins.

Mais elle a souligné qu’au plan individuel, retarder la vaccination des personnes très vulnérables peut avoir un impact, en particulier à un moment où le pays est aux prises avec un nombre record de cas et des « éclosions qui font rage » dans les foyers de soins de longue durée.

Peu de vaccins « gaspillés »

Santé Canada affirme que les cliniques de vaccination font un travail « extraordinaire » pour éviter de gaspiller de précieux vaccins contre la COVID-19, notamment à cause de la chaîne de froid.

Le Canada a reçu plus de 1,1 million de doses des vaccins de Pfizer-BioNTech et de Moderna depuis la mi-décembre ; on en a maintenant administré au moins une dose à plus de 767 000 Canadiens.

Une porte-parole de Santé Canada a indiqué que « le gaspillage avait été très minime » et bien en deçà des estimations initiales.

Avant le début de la campagne de vaccination, on craignait que jusqu’à 20 % des doses livrées au Canada soient perdues à cause des exigences sévères de la « chaîne de froid » — et de la complexité de la distribution qui s’ensuit.

Le ministère fédéral n’a pas fourni de statistiques précises, mais selon ce que les provinces et les territoires ont signalé, le gaspillage n’aurait pas été un problème notable jusqu’à présent.

Les deux vaccins doivent être conservés au congélateur, mais celui de Pfizer-BioNTech est particulièrement délicat : il doit être conservé dans des « supercongélateurs » à des températures inférieures à-60 °C jusqu’au moment de son administration.