Alors qu’on observe depuis une semaine une « baisse relative » du nombre de cas de COVID-19 au Québec, les hospitalisations et les décès restent élevés. Si le reconfinement et le couvre-feu semblent porter leurs fruits, le gouvernement Legault prévient que c’est avant tout la situation dans les hôpitaux qui déterminera si les mesures sanitaires seront prolongées au-delà du 8 février.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Pierre-André Normandin Pierre-André Normandin
La Presse

La vague des Fêtes

Les données par groupe d’âge compilées par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) montrent que les gens de 20 à 40 ans, ainsi que les 60 à 80 ans ont connu de fortes hausses de cas durant les Fêtes. Par contre, ces deux groupes ont rapidement affiché des baisses au cours de la dernière semaine alors que le reconfinement et le couvre-feu entraient en vigueur. À l’autre bout du spectre, les moins de 20 ans ainsi que les 80 ans et plus ont observé une faible hausse des cas durant les Fêtes. Eux aussi enregistrent aussi des baisses depuis une semaine, bien que moins prononcées.

« C’est encore un peu trop à la hausse chez les jeunes malgré tout. On voit que cette tranche de la population est moins à l’écoute des consignes. La bonne nouvelle est qu’avec le couvre-feu, ils circulent moins », indique Benoit Barbeau, virologue de l’UQAM.

Pour Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, cela s’explique par le fait que les Québécois âgés de 20 à 60 ans sont de manière générale « beaucoup moins craintifs de développer des symptômes graves ». « Ce sont eux qui sont encore les plus susceptibles de se rassembler », précise-t-elle.

« C’est encourageant, mais il ne faut pas arrêter les efforts. Le nombre d’hospitalisations se maintient quand même. Cette baisse du nombre de cas, si elle se poursuit dans les prochaines semaines, elle va éventuellement amener une baisse des hospitalisations, mais on n’est pas là », a dit mardi le premier ministre Legault.

Le Québec n’est plus l’épicentre

Face à la récente baisse des cas, le Québec n’est plus l’endroit au Canada où la COVID-19 se propage le plus rapidement. Touchée par une hausse majeure des cas durant les Fêtes, la Saskatchewan est désormais l’endroit au pays où l’on recense le plus de nouveaux cas par jour, avec 248 par million d’habitants. En comparaison, le Québec en rapporte présentement 220 tandis que la province voisine, l’Ontario, est à 198.

Pour plusieurs, cette « baisse relative » laisse présager que le couvre-feu fonctionne, pour autant qu’il soit combiné à un confinement. « Pour le moment, on semble aller dans la bonne direction. Les mesures ont cet avantage de nous permettre de mieux contrôler les allées et venues après les heures de travail », explique M. Barbeau, soulignant que plusieurs autres pays, dont la France, ont adopté la mesure pour cette raison.

Mais plusieurs nuances demeurent toutefois, insiste le spécialiste, dont la circulation des élèves du secondaire, qui a repris il y a quelques jours. « C’est sûr que ça pourrait jouer contre nous, cette réouverture de tous les milieux scolaires. Il faudra l’anticiper », rajoute M. Barbeau.

Spécialiste des maladies infectieuses à l’Hôpital général juif, le DMatthew Oughton abonde d’ailleurs dans le même sens. « Je pense que nous verrons une nouvelle hausse d’infections dans les prochains jours qui sera liée aux écoles secondaires, comme c’est un peu déjà le cas au primaire. Le couvre-feu, finalement, n’a aucun impact sur cette réalité, surtout que ce ne sont pas tous les élèves qui portent le masque », dit-il.

Stabilisation des personnes hospitalisées

Après une lente, mais constante croissance depuis le début de l’automne, le nombre de personnes hospitalisées semble se stabiliser. Le Québec a rapporté mardi une légère hausse, pour un total de 1500 personnes présentement hospitalisées en raison de la COVID-19, un chiffre relativement stable depuis une semaine. Le nombre de personnes aux soins intensifs est en baisse par rapport au sommet observé la semaine dernière, avec 212 patients.

« On peut toujours voir ça en quatre vagues : d’abord, il y a les cas, puis les hospitalisations, les soins intensifs et les décès. Chaque période est séparée par plusieurs jours. Certes, on semble avoir passé la montée des nouveaux cas, mais je ne pense pas qu’on ait vu encore tous les impacts dans le réseau de la santé », souligne le DMatthew Oughton.

Les données de l’INSPQ permettent en effet de constater que 132 personnes étaient admises en moyenne par jour la semaine dernière. C’est davantage que le sommet de 126 patients observé lors de la première vague au printemps 2020. Les délais dans la transmission des données ne permettent pas de savoir si les admissions se sont stabilisées ou sont en baisse.

De son côté, Québec rappelle que si le nombre de cas de COVID-19 diminue, la pression dans les hôpitaux reste présente. Sous-ministre adjointe à la santé, la Dre Lucie Opatrny a expliqué mardi que 1000 lits de soins aigus sont actuellement fermés à Montréal, notamment par manque de personnel et pour respecter les normes de prévention et de contrôle des infections. « Ce qu’on est en train de faire avec le réseau, c’est de rouvrir ces lits fermés », a-t-elle dit.

Décès encore en hausse

Si les cas sont en baisse et les hospitalisations se stabilisent, la tendance des décès demeure légèrement à la hausse. Ainsi, on recense depuis une semaine 51 décès par jour, soit deux de plus qu’il y a une semaine. Mine de rien, cela représente environ un décès sur quatre survenant actuellement au Québec. La situation est particulièrement difficile à Montréal, qui a rapporté 122 décès depuis une semaine.

François Legault, lui, s’inquiète de la situation dans quatre quartiers de Montréal. Le nombre moyen de nouveaux cas est passé de 2500 par jour à 2000 cette semaine au Québec. Le nombre de cas cumulatifs actifs est aussi passé de 24 000 à 19 000 depuis le début de l’imposition du couvre-feu dans la province.

Mais « il y a un problème qui perdure dans certains quartiers de Montréal ». Les quartiers de Saint-Léonard–Saint-Michel, d’Ahuntsic–Montréal-Nord, du Nord-de-l’Île–Saint-Laurent, et de Rivière-des-Prairies–Anjou–Montréal-Est comptent ces jours-ci plus de 450 cas actifs par 100 000 habitants. C’est le plus fort ratio de la province. « Il y a vraiment beaucoup de cas dans ces quatre quartiers-là », dit M. Legault. Pour améliorer le dépistage, Québec planche sur l’établissement de cliniques de dépistage mobiles et dans les écoles de ces secteurs. M. Legault demande aux citoyens de ces quartiers de ne pas hésiter à aller se faire tester.

La tendance est aussi à la hausse en Montérégie, où l’on a recensé 71 décès depuis sept jours. La Capitale-Nationale observe pour sa part une tendance à la baisse dans les cas, mais a déploré 44 décès. « Il faudra attendre jusqu’à quatre ou cinq semaines pour voir l’impact des mesures sur le nombre de décès, qui se comptabilisent toujours après la contraction du virus et l’hospitalisation », précise Mme Da Silva.

Taux de positivité en baisse

La baisse des cas jumelée à un nombre élevé de tests a continué de réduire le taux de positivité dernièrement. Ainsi, 6 % des prélèvements effectués depuis une semaine se sont avérés positifs à la COVID-19. C’est nettement moins que durant la première semaine de 2021, alors que 9,2 % des tests effectués étaient positifs. Rappelons que l’Organisation mondiale de la santé recommande de maintenir ce taux sous les 5 %.

Côté dépistage, le nombre de prélèvements est cependant « reparti à la baisse », souligne Benoit Barbeau, qui rappelle « qu’il faut mettre toujours en contexte cet élément important » dans l’interprétation des indicateurs. Dimanche, à peine 20 000 tests ont en effet été effectués dans la province.

« Il y a des mesures qu’on oublie encore, comme les tests rapides, conclut Mme Borgès Da Silva. À un moment donné, il va falloir que le Québec soit capable de déceler tout de suite les super-propagateurs, qui touchent parfois 60 personnes d’un coup. »

1386 nouveaux cas

La province a rapporté mardi 1386 nouveaux cas de COVID-19. Le bilan de la pandémie s’est aussi alourdi de 55 décès. Ce sont ainsi 9142 personnes qui ont perdu la vie en raison du nouveau coronavirus depuis le début de la pandémie.

Le nombre de personnes hospitalisées a légèrement augmenté pour s’établir à 1500, soit neuf de plus que la veille. Du nombre, 212 se trouvent aux soins intensifs, soit cinq de moins que la veille.

Le Québec rapporte avoir effectué 20 412 tests de dépistage dimanche.

– Avec Ariane Lacoursière, La Presse