Le ralentissement en approvisionnement du vaccin Pfizer-BioNTech se confirme : le Canada n’en recevra aucune dose la semaine prochaine. En dépit de cet écueil, le gouvernement Legault maintient son plus récent calendrier de vaccination.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
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Fanny Lévesque Fanny Lévesque
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Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
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C’est le major général Dany Fortin, grand responsable de la logistique de distribution des vaccins contre la COVID-19, qui a annoncé la fermeture complète, mais temporaire, du robinet de Pfizer pour la semaine du 25 janvier.

L’impact sera « sévère, plus sévère que ce à quoi on s’attendait », a-t-il convenu en conférence de presse à Ottawa, mardi. Et qu’en est-il des cargaisons des deux premières semaines de février ? Les chiffres « sont toujours à être confirmés », a offert l’officier de haut rang.

PHOTO SEAN KILPATRICK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le major général Dany Fortin, grand responsable de la logistique de distribution des vaccins, et Anita Anand, ministre de l’Approvisionnement

La ministre de l’Approvisionnement, Anita Anand, a insisté sur le fait que cela n’empêcherait pas le Canada d’atteindre l’ultime objectif qu’il s’est fixé, soit de vacciner tous les Canadiens qui le souhaitent d’ici la fin du mois de septembre.

Elle a par ailleurs affirmé que le fabricant lui avait assuré que le Canada serait traité sur un pied d’égalité avec les autres pays qui ont conclu des ententes pour la livraison de doses du vaccin, notamment les nations européennes qui comptent aussi sur Pfizer.

Le bureau de la ministre Anand n’a pas voulu préciser si cette entorse pourrait valoir une pénalité à Pfizer. Une source gouvernementale a néanmoins souligné que les accords avec les fabricants de vaccins étaient « structurés autour de calendriers de livraison trimestriels ».

Et selon les prévisions, le Canada est toujours en voie de recevoir les quatre millions de doses que Pfizer avait déjà attribuées avant la fin de mars, a-t-on insisté.

En conférence de presse, le premier ministre Justin Trudeau a pour sa part cherché à minimiser les critiques dont il fait l’objet en évoquant la conversation téléphonique qu’il a eue lundi avec la chancelière allemande Angela Merkel.

« J’ai eu une très belle conversation avec Angela Merkel, et elle a souligné que quasiment chaque jour, elle se faisait critiquer par les journalistes allemands parce qu’elle n’avait pas fait aussi bien que le Canada, et je lui ai assuré qu’ici, moi, je me fais interpeller chaque jour », a-t-il lancé.

L’annonce de cette disette a fait sortir le premier ministre ontarien Doug Ford de ses gonds. Dans une tirade en anglais difficilement traduisible en français, il a lancé que s’il n’en tenait qu’à lui, il serait aux trousses du patron de Pfizer et qu’il ne s’arrêterait pas « tant qu’on n’a pas de vaccins ».

Le dirigeant de l’Ontario a aussi ajouté qu’il aimerait voir le président désigné des États-Unis, Joe Biden, donner un coup de pouce au Canada en lui faisant parvenir un million de doses du vaccin Pfizer-BioNTech de l’usine de production de Kalamazoo, au Michigan.

Calendrier québécois révisé

À Québec, la réaction a été moins flamboyante.

Avant l’annonce d’Ottawa, les autorités québécoises indiquaient qu’elles devaient revoir à la baisse leur visée d’avoir administré 250 000 doses du vaccin le 8 février prochain. On s’attend maintenant plutôt à avoir administré quelque 225 000 doses à cette date. Au 29 mars, le Québec devrait avoir reçu quelque 1,2 million de doses du vaccin alors que cette estimation tournait initialement autour de 1,3 million.

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« Aussitôt qu’on l’a su, on a refait notre calendrier de vaccination », dit le ministre de la Santé, Christian Dubé. Il signale que le calendrier de vaccination du Québec avait dès le départ « un peu de marge de manœuvre » dans ses prévisions, si bien que l’impact des retards ne devrait pas être trop grand.

Malgré ces aléas, Québec s’attend à ce que la première dose du vaccin soit administrée chez tous les usagers des CHSLD au 25 janvier comme prévu, et que la vaccination en résidence pour personnes âgées (RPA) s’amorce au même moment.

Le déploiement sera cependant plus lent en RPA, avec 21 000 doses administrées d’ici le 8 février au lieu de 36 000. La cible de vaccination du personnel de la santé est aussi réduite à 127 000 doses plutôt que 164 000. On garde le cap sur l’objectif d’avoir vacciné 20 000 personnes en région éloignée.

Les reports de Pfizer ne compromettent pas non plus l’administration de la seconde dose du vaccin qui doit s’amorcer dans la province à la mi-mars.

Déjà plus de 80 % des résidants en CHSLD ont reçu leur première dose du vaccin. Plus de 100 000 travailleurs de la santé ont aussi été vaccinés.

La révision annoncée par Québec a été annoncée avant que les autorités fédérales ne confirment que Pfizer n’enverrait aucune dose la semaine prochaine. Sur Twitter, en fin de journée mardi, le ministre Dubé a réaffirmé que « le plan de match demeure le même malgré les nouvelles informations de Pfizer ».

En conférence de presse, le ministre de la Santé a rappelé que Québec ne contrôle pas la livraison des doses. Mais il espère que l’entreprise sera « capable de rattraper ses retards » afin que le calendrier québécois ne soit pas trop bousculé.

Le géant pharmaceutique a confirmé dans un courriel s’attendre à ce que « des envois au Canada » reprennent à partir du 1er février. « À partir de la mi-février, nous pourrons augmenter les allocations pour rattraper le retard », écrit Pfizer Canada.

« Bien que le pourcentage précis d’attribution puisse fluctuer, Pfizer Canada reste en bonne voie pour atteindre ses objectifs trimestriels de livraisons au Canada d’ici la fin du premier trimestre de 2021 », a-t-on ajouté.