Dans un long message aux étudiants sur sa page Facebook, le premier ministre François Legault a affirmé qu’il cherchait des façons de permettre une plus grande présence sur les campus des cégeps et des universités. Eh bien, l’Université de Sherbrooke sait exactement quoi faire et n’attend qu’un feu vert de la Santé publique pour passer à l’action.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

Elle a déjà fait la preuve que les cours en présence peuvent se donner de façon sécuritaire sur un campus.

« C’est totalement sécuritaire », assure le recteur Pierre Cossette, en entrevue. « Nos chiffres épidémiologiques de l’automne montrent que notre population a été moins malade que la population du Québec, en moyenne. Je ne parle pas de la santé mentale, je parle de la COVID-19. Entre le 17 août et le 12 décembre, on sait que notre population a eu une incidence de la maladie moindre que la population du Québec. »

Dans cette université, qui accueille 25 000 étudiants, 60 % des cours étaient donnés en présence l’automne dernier. Une proportion nettement supérieure à celle des autres universités québécoises. Et même si plusieurs personnes ont contracté la COVID-19, il n’y a eu que six éclosions dans la communauté.

L’expérience a cependant tourné en queue de poisson parce que le passage en zone rouge a mis fin à une grande partie du présentiel, en novembre. Mais la donne pourrait changer avec les intentions exprimées par le premier ministre en fin de semaine.

« La ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, et moi sommes en discussion avec la Santé publique pour voir comment on pourrait permettre plus de présence sur les campus des cégeps et des universités de manière sécuritaire », a écrit M. Legault, dans un message qui a suscité un nombre élevé de commentaires pas toujours élogieux.

Une courbe d’apprentissage

Si le gouvernement discute avec la Santé publique, sa réflexion pourrait être enrichie par l’expérience sherbrookoise.

On pensait qu’on était sécuritaires. Maintenant, on sait qu’on est sécuritaires.

Pierre Cossette, recteur de l’Université de Sherbrooke

« On a vécu en plein la vague et les choses ont fonctionné. Dans notre communauté universitaire, il y a eu beaucoup plus de cas en septembre qu’en octobre. Je pense qu’il y a eu une courbe d’apprentissage », affirme le recteur.

Comment l’université y est-elle parvenue ? En prévoyant des sites extérieurs et hors campus pour accueillir un plus grand nombre d’étudiants tout en respectant les consignes sanitaires. Mais, aussi, en formant des escouades étudiantes pour patrouiller sur le site.

« Les gens faisaient très bien ça à l’intérieur, mais dès qu’ils sortaient dehors, ils s’agglutinaient, dit M. Cossette. C’est un réflexe normal. On s’est ajusté, et nos patrouilles se sont mises à patrouiller à l’extérieur. »

Dedans et dehors

L’université a transformé son centre culturel en salles de cours, loué quelques locaux dans les sous-sols d’églises, le couvent des Petites Sœurs de la Sainte-Famille et l’ancien immeuble de La Tribune. Mais ce qui était encore plus inusité, c’était les cours en plein air, offerts en septembre et en octobre, quand la météo était favorable.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Certains cours étaient offerts en plein air, en septembre et en octobre, lorsque la météo était favorable.

« C’était une mesure parmi un bouquet de mesures pour favoriser le présentiel, souligne le recteur. Et pour être tout à fait honnête, c’est une mesure symbolique très importante, parce que l’idée qu’on a, c’est d’en profiter, excusez le mot, pour expérimenter, innover et essayer de nouvelles choses pour voir si on peut faire des trucs différemment, toujours dans le but d’en faire le plus possible pour nos étudiantes et étudiants. »

Malgré le fait qu’elle soit en zone rouge, l’Université de Sherbrooke donne aujourd’hui autour de 15 % de ses cours en présence. Elle pourrait retrouver son niveau de 60 % de l’automne en « très peu de temps ».

« Pour nous, ce qui est très important, c’est d’avoir des directives claires et consistantes. On ne peut pas refaire et défaire les choses, mais on peut se préparer à en faire davantage, et c’est ce qu’on fait », note M. Cossette.

Un message « rassurant »

Les avantages du présentiel sont nombreux, même si certains programmes ne souffrent pas autant de l’enseignement à distance.

« C’est sûr que quand on parle d’étudiants plus jeunes — nous, on en a beaucoup à temps plein — qui font leur premier bac, qui développent leur identité professionnelle, devenir médecin, devenir ingénieur, devenir avocat, devenir biologiste, devenir chimiste, devenir travailleur social, le contact des pairs et le contact direct avec les enseignants, ça change tout. », indique le recteur.

À l’Université de Sherbrooke, on a toujours eu les mêmes orientations, c’est de faire le maximum pour les étudiants dans le cadre des mesures sociosanitaires en vigueur.

Pierre Cossette, recteur de l’Université de Sherbrooke

Et c’est toujours les mêmes principes. Le premier, c’est la sécurité, et on sait comment faire. Le deuxième, c’est la qualité des programmes. Et le troisième, c’est la santé mentale, un enjeu très, très important. C’est pour ça qu’on veut en faire davantage, si on peut. »

« Que le premier ministre signale aux étudiants qu’il est préoccupé par leur sort, c’est très important, ajoute-t-il. Moi, je trouve ça rassurant. »