(Québec) Après l’avoir d’abord refusé, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) a finalement autorisé le déploiement des masques N99 de Dorma Filtration, vendredi. Cet épisode devra toutefois servir de leçon à l’appareil gouvernemental, croit le concepteur principal, qui espère que les obstacles de la bureaucratie seront levés.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

La nouvelle tombe après que La Presse a révélé lundi que l’organisme gouvernemental avait bloqué lutilisation du masque. En cause : un règlement qui stipule que tout appareil de protection respiratoire (APR) doit être approuvé par l’Institut national de la santé et sécurité au travail des États-Unis (NIOSH), qui délivre en effet les certifications requises.

Sauf que pendant la pandémie, les laboratoires du NIOSH étaient fermés aux produits étrangers, et venaient à peine de rouvrir. Pendant ce temps, le masque québécois avait passé tous les tests et même reçu l’approbation de Santé Canada. Dans un communiqué diffusé vendredi, la CNESST dit s’être « assurée » que l’APR « respecte les standards de performance et de conformité les plus élevés » pour que le masque offre une « constante de protection appropriée ».

L’appareil de protection respiratoire est le dernier rempart de protection des travailleurs contre les contaminants, qu’il s’agisse de la COVID-19 ou de contaminants chimiques divers. La qualité de fabrication des masques de procédure ou médicaux doit être attestée.

La CNESST, dans un communiqué de presse

En fin de compte, les tests nécessaires ont donc été faits au Québec. En effet, la Commission dit avoir collaboré avec l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST), qui possède notamment un laboratoire pour effectuer des tests sur les APR.

Les analyses de l’IRSST ont démontré que le masque de Dorma Filtration répond finalement aux critères de qualité « et permet de diminuer les expositions à certains contaminants présents dans l’air, comme le SARS-CoV-2, à près de 99 % ». « Devant cet excellent résultat, la CNESST considère que son utilisation est sécuritaire », conclut l’organisme.

La bureaucratie « difficile » à surmonter

Appelé à réagir, le DRené Caissie, concepteur du masque, s’est dit soulagé vendredi par cette homologation. Il déplore toutefois que la lenteur des processus administratifs ait paralysé les efforts de son équipe. « On a perdu beaucoup de temps, surtout alors qu’on est en pleine pandémie et qu’il manque des masques. On aurait pu distribuer dès le mois de décembre, si ce n’est dès novembre », explique-t-il.

Il remercie au passage le ministre du Travail, Jean Boulet, pour sa proactivité dans ce dossier. « Il a tout de suite réglé le problème et on en est très reconnaissants », précise le DCaissie, soulignant toutefois que l’appareil gouvernemental, de son côté, aurait pu faire mieux.

La bureaucratie a été aussi difficile à surpasser que le design du masque et le montage de la chaîne de production. Ç’a été l’obstacle le plus important. J’espère qu’on va être capable de faire un peu mieux à l’avenir, pour ne pas laisser ce temps filer, surtout quand on a des innovations québécoises sur le marché.

Le DRené Caissie, concepteur du masque

« Pendant qu’on n’était pas approuvé, les hôpitaux québécois continuaient à acheter des masques provenant d’autres pays, quand on pouvait les produire ici, au Québec. On a presque dû faire des mises à pied durant les Fêtes. Ç’a été une grosse perte de temps », ajoute le médecin. Chez MI Intégration à Sherbrooke, 40 personnes employées pour produire ce masque en urgence, 24 heures sur 24, étaient en attente d’une réponse depuis plus de deux mois.

Un environnement parfois « surréglementé », avoue Québec

Le ministre du Travail Jean Boulet, lui, reconnaît que des améliorations peuvent être faites pour éviter qu’un incident pareil ne se reproduise. « Ça me fait réaliser qu’on est dans un environnement parfois surréglementé et qu’il faut intervenir rapidement pour éviter que nos cadres deviennent des obstacles à des objectifs aussi fondamentaux », a-t-il expliqué à La Presse.

Après avoir constaté que le règlement de la CNESST prévoyait quand même des autorisations provisoires, M. Boulet dit avoir agi rapidement. « Quand j’ai vu ce corridor-là, je me suis assuré qu’on l’emprunte le plus rapidement possible. C’est sûr que ça me fait penser à l’avenir. Il faut s’assurer qu’on soit capable de certifier les masques faits ici, au Québec, dans les meilleurs délais », dit l’élu.

Il demande entre autres à la CNESST d’accélérer ses travaux en collaboration avec le Bureau de normalisation du Québec (BNQ) à cet égard. « Il y a toujours des solutions à des embûches réglementaires, et il faut les identifier le plus rapidement possible », conclut le ministre, qui affirme que le cas de Dorma Filtration, un acteur québécois, est venu toucher une « corde sensible ».