La diminution de 50 % des livraisons du vaccin de Pfizer chamboule le calendrier de vaccination au Québec. Une raison de plus pour ne pas baisser la garde, estiment des spécialistes, même si le nombre d’infections est à la baisse et qu’une stabilisation du nombre d’hospitalisations est projetée.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Antoine Trussart Antoine Trussart
La Presse

Près de la moitié des doses de vaccin que le Québec devait recevoir de la société Pfizer pendant les trois prochaines semaines ne pourront pas être livrées à temps, a annoncé le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) vendredi après-midi.

Les retards sont dus aux travaux d’agrandissement de l’usine européenne de Pfizer, où sont produits les vaccins livrés au Canada. À l’exception des États-Unis, « tous les pays qui obtiennent le vaccin de Pfizer seront affectés de la même manière. Tout le monde va devoir composer avec une réduction de 50 % », a indiqué vendredi matin le major-général Dany Fortin, vice-président de la logistique et des opérations à l’Agence de la santé publique du Canada.

Le Québec devait recevoir 46 800 doses du vaccin de Pfizer par semaine pour les semaines du 18 et du 25 janvier. Ces chiffres sont maintenant révisés à 41 925 doses pour la semaine du 18 janvier et à seulement 8775 doses la semaine suivante. La livraison du 1er février a été revue à 39 000 doses, plutôt que les 82 875 initialement prévues. Au total, le Québec recevra un peu plus de la moitié des vaccins attendus, soit 89 700 sur 176 475.

« Cette diminution des arrivages implique une révision des objectifs [de vaccination] présentés ces derniers jours. Les équipes du MSSS travaillent activement à établir une nouvelle planification de la distribution des doses en conséquence, selon les priorités de vaccination établies », peut-on lire dans le communiqué du MSSS.

De la lumière, mais beaucoup de nuages

La nouvelle est venue rappeler que la bataille est loin d’être gagnée, retard de livraisons de vaccins ou pas.

« Ce qu’on vit actuellement, c’est ce qu’on a vécu après la première vague. Ce sont des cycles qui, tant qu’on n’aura pas complètement maîtrisé ce virus, vont revenir », explique le Dr Alexis Turgeon, médecin spécialiste en soins intensifs à l’hôpital de l’Enfant-Jésus du CHU de Québec-Université Laval.

Bien que le nombre de personnes hospitalisées ait continué à augmenter cette semaine, l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) s’attend en effet à observer d’ici peu une stabilisation des hospitalisations, selon un rapport paru jeudi. Sur 17 115 personnes infectées à la COVID-19 depuis une semaine, 821 sont à risque de se retrouver à l’hôpital. C’est 3 % de moins que la semaine précédente.

Selon M. Turgeon, ces chiffres ne doivent pas justifier un relâchement de la vigilance des Québécois, car cette diminution des indicateurs pourrait être une « fausse assurance ». « On ne s’est pas encore débarrassés de ce virus. On doit le contenir et on doit continuer à vacciner. Voir le nombre de cas diminuer, ça ne veut encore rien dire, ça ne veut surtout pas dire que la situation est maîtrisée », insiste l’intensiviste. D’ailleurs, dans son rapport, l’INESSS note qu’« un risque de dépassement des capacités dédiées d’ici les trois prochaines semaines reste toutefois réel » dans le Grand Montréal, où plus de 80 % des lits désignés sont occupés.

Depuis le début de la pandémie, on voit des cycles d’arrivées dans nos hôpitaux qui durent plusieurs mois. Il n’y a aucune raison de croire qu’on n’en reverra pas un autre tant que la vaccination n’est pas complétée. Le Dr Alexis Turgeon, du CHU de Québec-Université Laval

Quel rôle jouera l’école ?

Pour l’experte en politiques publiques de l’École de santé publique de Montréal (ESPUM) Marie-Pascale Pomey, les projections des hospitalisations doivent être interprétées « avec prudence ». « Avec la réouverture des écoles, il peut y avoir la possibilité que le virus se remette à circuler davantage dans la population. On en verrait alors l’impact à partir du 20 janvier », avance-t-elle.

Mme Pomey rappelle que la circulation du virus est en fin de compte « très cyclique ». « Ça fonctionne par vagues qui redescendent, comme on le sait. Ça a commencé à Montréal, et ensuite, ça s’est déplacé, avant de revenir ici. Le virus se balade, et on ne peut pas prévoir sa trajectoire, d’autant qu’on apprend encore à le connaître », illustre-t-elle.

Quelles mesures casseront donc la répétition de ces cycles ? « C’est vraiment d’avoir des capacités de dépistage plus rapide. Il faut aller le plus près possible des grands propagateurs, les identifier avec des tests rapides et les isoler, pour ensuite voir l’impact que ça a dans différents milieux », répond l’experte.

Selon elle, une « autre arme » sera la distribution de tests sérologiques à une majorité de la population, qui devrait être autorisée sous peu. « Ça nous permettra alors de savoir qui est immunisé et qui ne l’est pas. On pourra alors développer des stratégies ciblées pour s’assurer que les personnes non immunisées ne propagent pas la maladie », poursuit Mme Pomey.