Au début du printemps, un répondant sur cinq montrait des signes dépressifs et un sur 20 manifestait de l’anxiété modérée ou sévère, révèlent les premiers résultats d’une vaste étude réalisée auprès de plus de 28 000 Canadiens âgés de plus de 50 ans.

Ariane Krol Ariane Krol
La Presse

Sur les 28 559 Canadiens qui ont participé à cette enquête entre la mi-avril et la fin de mai, 20,4 % avaient des symptômes de dépression, montrent les données recueillies à l’aide d’un questionnaire standardisé et diffusées le 18 décembre. C’est nettement plus qu’avant la pandémie.

« Au départ, nous avions de 13 à 14 % des gens qui montraient des symptômes de dépression, donc les chiffres ont grimpé d’environ 7 % durant la COVID », indique Parminder Raina, professeur à l’Université McMaster, en Ontario, et chercheur principal de l’Étude longitudinale canadienne sur le vieillissement (ELCV).

Si cette détérioration de la santé psychologique a pu être mesurée aussi rapidement, c’est que l’ELCV roulait déjà rondement. Cette imposante plateforme de recherche créée en 2011 a entrepris de suivre plus de 50 000 Canadiens de 10 provinces jusqu’en 2033. Les participants, qui avaient entre 45 et 85 ans au moment du recrutement, sont maintenant âgés de 54 à 93 ans.

Comme ils passent déjà une batterie de tests et de questionnaires tous les trois ans, les chercheurs disposaient déjà d’une bonne base de comparaison… et d’un bon bassin de volontaires potentiels. Convaincre plus de 28 000 Canadiens représentatifs de la population en plein confinement, et ce, en l’espace de quelques semaines, aurait été absolument impossible sans l’ELCV, souligne le professeur Raina.

Près du quart (23 %) de cet échantillon pandémique a été recruté parmi les participants du Québec, soit 6569 personnes déjà suivies par des chercheurs de Montréal et de Sherbrooke.

C’est clairement un évènement majeur dans la santé des Canadiens. N’avoir aucune donnée sur cette période qui va avoir un impact sur le vieillissement des personnes au cours des prochaines années aurait créé un trou assez majeur dans les données de l’ELCV.

Benoît Cossette, professeur et chercheur principal de l’ELCV pour l’Université de Sherbrooke

Dépression et anxiété

Les symptômes de dépression étaient plus répandus chez les participants plus jeunes (chez 26,6 % des moins de 55 ans et 22,9 % des 55-64 ans). Mais dans tous les groupes d’âge, ils étaient plus répandus qu’avant la pandémie (entre 18 % et 20 % chez les plus vieux).

Plus d’un participant sur 20 (5,9 %) faisait aussi de l’anxiété modérée ou sévère. Ce facteur n’avait pas été mesuré par l’ELCV avant la pandémie, mais comparé à d’autres études, c’est une augmentation, indique le professeur Raina. « Habituellement, c’est 3 à 4 % dans cette population. »

Isolement et autres épreuves

La déprime et l’anxiété des participants ne sont peut-être pas étrangères au fait qu’une proportion importante d’entre eux étaient séparés de leur famille (59,1 %) ou incapables d’avoir accès à leurs soins de santé habituels (22,5 %), quand ils n’ont pas subi une perte de revenus (17 %). Plusieurs se sont aussi avoués incapables d’accéder aux provisions ou à la nourriture dont ils avaient besoin (12,9 %) ou de prendre soin de personnes qui avaient besoin d’aide en raison d’un problème de santé ou de limitations (11,5 %), et certains ont eu des proches malades (8,6 %).

De façon générale, près de 6 répondants sur 10 ont indiqué que la COVID-19 avait eu des répercussions négatives (52 %) ou très négatives (4,7 %) sur eux-mêmes et sur leur ménage.

Près du quart (24,3 %) ont par contre indiqué que la pandémie n’avait aucune répercussion, soit bien davantage que ceux ayant déclaré des répercussions positives (11,9 %).

Des symptômes sans diagnostic

Seulement 73 participants ont reçu un diagnostic de COVID-19 durant les six semaines de l’enquête, mais il faut dire que 96 % n’avaient pas passé de test. Ils ont cependant été nombreux à éprouver des symptômes associés à la COVID-19, comme une toux sèche (25,9 %), de l’essoufflement ou de la difficulté à respirer (15,2 %), une diminution de l’odorat (4,7 %) ou de la fièvre (2,2 %). Le quart (24,8 %) a par ailleurs eu un mal de gorge ou la gorge irritée, et 1 sur 10 (10,1 %) a ressenti des frissons ou grelottements.

À la recherche d’anticorps

Si personne ne rêve d’avoir la COVID-19, plusieurs seraient heureux d’apprendre qu’ils possèdent déjà des anticorps contre le virus. Quelque 19 000 participants à l’ELCV, dont 3000 Québécois, auront la chance de le savoir après avoir accepté de fournir un échantillon de sang. Les premiers qui ont été testés, en novembre, devront cependant patienter encore au moins trois mois avant que les résultats soient disponibles, et ceux de la dernière cohorte, au printemps, pourraient devoir attendre jusqu’en juillet ou en août.

Les chercheurs auront ainsi une idée du pourcentage de Canadiens plus âgés qui sont toujours à risque parce qu’ils n’ont pas encore acquis d’anticorps, naturellement ou par vaccination. Ils envisagent aussi de prélever un autre échantillon de sang sur les mêmes participants six à huit mois plus tard, pour vérifier si les anticorps sont toujours présents.

Des IRM du cerveau

Un autre volet de l’étude, qui débutera en janvier si la situation sanitaire le permet, comparera les cerveaux de personnes qui ont eu et n’ont pas eu la COVID-19. Environ un millier de participants, dont 175 à 180 du Québec, subiront des tests d’imagerie par résonance magnétique (IRM) au cours des deux prochaines années pour mesurer les changements au cerveau et voir si la cognition, la mémoire ou d’autres aspects sont touchés.

« Il commence à y avoir des preuves que même chez des gens dont l’infection a été légère, la mémoire est affectée durant longtemps », explique le professeur Raina.

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