(Toronto) Un décret de maintien à domicile est entré en vigueur jeudi en Ontario, mais le gouvernement a affirmé que la police n’aurait pas le pouvoir d’arrêter au hasard des passants dans la rue pour assurer la conformité aux règles.

Shawn Jeffords La Presse Canadienne

La mesure, mise en vigueur dans le but de réduire la flambée des cas de COVID-19, signifie que les Ontariennes et Ontariens ne doivent s’aventurer à l’extérieur qu’à des fins essentielles comme les soins de santé, l’alimentation et l’exercice.

Un porte-parole de la solliciteure générale Sylvia Jones a déclaré que le décret ne donnait pas à la police le pouvoir d’entrer dans les maisons ou d’intercepter des véhicules uniquement pour vérifier si les consignes sont respectées. Les résidents qui se rendent au travail ne sont pas non plus tenus d’avoir une attestation de leur employeur.

« À lui seul, le fait d’être à l’extérieur n’est pas une preuve suffisante d’un non-respect de l’ordre de rester à la maison », a déclaré le porte-parole Stephen Warner.

Des détracteurs ont souligné le manque de clarté de la mesure, mais le premier ministre Doug Ford a demandé aux citoyens d’utiliser leur « meilleur jugement » pour décider de sortir ou non de leur domicile.

Plusieurs corps de police ont indiqué qu’ils examinaient toujours les détails du décret. La province a envoyé aux services de police une note sur l’exécution de la mesure, mais a refusé de la rendre publique.

Une porte-parole de la police régionale de Peel a déclaré que le service prévoyait de répondre aux plaintes concernant des violations du décret, mais n’intercepterait pas les conducteurs et les piétons pour voir où ils se rendent.

« Il s’agira essentiellement de répondre aux appels », a dit la constable Sarah Patten dans un communiqué.

Le chef de la police de Toronto a indiqué que son organisation divulguerait plus de détails plus tard et a demandé aux résidents de faire leur part et de rester à la maison.

Le gouvernement a publié une alerte d’urgence sur les téléphones portables, les radios et les télévisions jeudi matin pour informer les habitants que le décret était en vigueur.

Le message demande aux gens de ne quitter leur domicile qu’à des fins essentielles. Toutefois, la province a laissé entendre qu’il n’y avait pas de définition unique de ce qui est « essentiel », parce que les circonstances sont différentes pour chacun.

Le cheffe du Nouveau Parti démocratique (NPD) en Ontario, Andrea Horwath, a qualifié l’ordonnance de « demi-mesure » ayant semé la confusion.

À Toronto, Kristen Bones se trouvait sur une patinoire extérieure pour faire de l’exercice à midi au premier jour de la nouvelle mesure, et elle a fait état de questions en suspens.

« Vous ne savez vraiment pas quelles sont les restrictions. C’est un peu déroutant pour nous », a-t-elle affirmé.

Mme Bones a indiqué que le manque de clarté était également difficile pour son fils, qui est un enfant unique, et qui veut passer du temps avec son petit groupe d’amis.

« Mon fils est un enfant social, c’est un enfant actif, et ils leur ont en quelque sorte tout enlevé », a-t-elle soutenu.

Inspections dans les magasins

Des inspecteurs du ministère du Travail de l’Ontario mèneront une campagne éclair d’inspection des magasins à grande surface pour y faire appliquer les règles de santé publique.

Le ministre du Travail de la province a indiqué que 50 inspecteurs visiteront des magasins à Toronto, Hamilton, la région de Peel, la région de York et la région de Durham.

Monte McNaughton a ajouté que les inspecteurs auraient le pouvoir de donner des amendes allant jusqu’à 750 $ aux superviseurs de magasins, aux travailleurs ou aux clients s’ils ne respectent pas les règles de santé publique.

Il a précisé qu’ils s’efforceraient de s’assurer que les employés et les clients portent des masques, qu’ils maintiennent une distance physique appropriée et qu’ils respectent les consignes de sécurité.

M. McNaughton a dit que les inspecteurs auraient également le pouvoir de fermer temporairement des locaux et de disperser des groupes de plus de cinq personnes.

L’Ontario a signalé jeudi 3326 nouveaux cas de COVID-19 et 62 décès supplémentaires liés au virus.

Suspension des expulsions résidentielles

L’Ontario a par ailleurs temporairement suspendu les expulsions résidentielles pendant la période que dure le décret d’urgence.

Le ministre des Affaires municipales de la province a expliqué que la pause permettra aux gens de demeurer en toute sécurité dans leur résidence pendant que le décret de maintien au domicile est en place.

Il s’agit de la deuxième fois que la province suspend les expulsions résidentielles pendant la pandémie de COVID-19.

La Commission de la location immobilière continuera à entendre les demandes d’expulsion et à émettre des ordonnances, mais l’exécution des ordonnances d’expulsion sera reportée, sauf dans des situations urgentes — comme pour une activité illégale.