Depuis la fin de décembre, l’apparition de nouveaux variants de la COVID-19 est signalée un peu partout dans le monde. Encore dimanche, le Japon a dit avoir identifié un nouveau variant du coronavirus chez quatre voyageurs brésiliens arrivés à Tokyo au début du mois. Comment ces variants apparaissent-ils ? Faut-il s’en inquiéter ? Le point en cinq questions.

Judith Lachapelle Judith Lachapelle
La Presse

Après ceux du Royaume-Uni et de l’Afrique du Sud, un nouveau variant de la COVID-19 a été identifié au Japon. Quelles sont ses caractéristiques ?

Dimanche, les autorités japonaises ont déclaré avoir détecté un nouveau variant du coronavirus SARS-Cov-2, responsable de la COVID-19, chez quatre voyageurs brésiliens arrivés à Tokyo le 2 janvier et qui ont présenté des symptômes durant leur quarantaine. Ce variant comporte 12 mutations, dont l’une a été identifiée dans les variants du Royaume-Uni et de l’Afrique du Sud. Le Japon a indiqué que « pour le moment, il n’y a pas de preuve qui montre que ce nouveau variant » a un degré de contagion et d’infection élevé, même si les variants avec lesquels il partage une mutation ont été reconnus comme étant plus contagieux que les autres.

Comment les variants sont-ils identifiés ?

« Depuis le début de la pandémie, une multitude de variants ont été produits », rappelle Benoît Barbeau, professeur au département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). « Le virus a une tendance naturelle à muter. » Les protéines responsables de la réplication du virus « ne sont pas très efficaces » dans leur travail de reproduction et vont souvent engendrer des modifications. Les laboratoires à travers le monde travaillent à identifier ces variants pour en faire une cartographie. Mais certains pays s’attellent à cette tâche de façon plus énergique que d’autres. C’est le cas du Royaume-Uni, dit le professeur Barbeau. « Ils ont remarqué qu’à partir de septembre, et progressivement jusqu’en décembre, un variant avec une signature particulière a pris beaucoup de place dans la population. » À cause de sa prévalence, les experts en ont conclu qu’il était plus contagieux, sans être nécessairement plus mortel. Ce variant a ainsi été identifié comme étant celui « du Royaume-Uni », mais son origine reste inconnue. « Le Royaume-Uni a été avant-gardiste, dit M. Barbeau. Ce sont eux qui l’ont détecté, mais ça se peut fort bien que ça provienne d’un autre pays. »

Qu’en est-il des variants « canadiens » ?

Il existe déjà des variants canadiens, mais jusqu’ici, aucun ne semble se distinguer des autres, ni par son degré de mortalité, ni par sa virulence, ni par sa contagion. « Est-il possible qu’un variant canadien finisse par devenir plus prévalent que les autres ? Oui, c’est possible », dit Benoît Barbeau. Au pays, cette surveillance des variants est faite par le Laboratoire national de microbiologie à Winnipeg. Les provinces ont aussi la capacité de détecter la présence de variants — le Laboratoire de santé publique du Québec (LSPQ) avait confirmé en décembre un cas du variant du Royaume-Uni chez une personne qui avait été en contact avec un proche qui revenait de ce pays.

Quel est l’intérêt scientifique des variants ?

Les mutations des coronavirus sont moins complexes que celles du virus de l’influenza, pour lequel une vaccination annuelle contre la nouvelle souche est nécessaire. « Mais plus le virus se promène dans la population, plus de variants sont créés », dit Benoît Barbeau. D’où l’importance de limiter sa circulation pour stopper la création de variants. La surveillance des variants permet de vérifier s’ils sont plus transmissibles, plus mortels et, surtout, s’ils arrivent à déjouer les vaccins.

Justement : qu’en est-il de l’efficacité des vaccins contre ces variants qui sont apparus ?

Jusqu’ici, rien n’indique que les vaccins qui ont été homologués — ou qui sont en cours d’homologation — ne sont pas efficaces contre ces variants. Les mutations qui donnent naissance aux variants plus transmissibles modifient la protéine à la surface du virus, celle qui lui permet de s’attaquer aux cellules. Le vaccin à ARN messager, comme ceux de Pfizer/BioNTech et de Moderna, permet de reconnaître la protéine complète. Une modification d’une partie de la protéine ne serait pas suffisante pour empêcher les anticorps de la démasquer. « Théoriquement, la réponse immunitaire permettra de reconnaître différentes parties de la protéine, ce qui fait en sorte que les anticorps qui s’attaquent à cette protéine peuvent se fixer à différents endroits », dit Benoît Barbeau. De plus, la technologie du vaccin lui permet de s’adapter plus rapidement que d’autres. « Elle permet aux fabricants de modifier rapidement la composition du vaccin. Alors, si on s’aperçoit dans un mois qu’un variant hautement transmissible contre lequel les vaccins sont moins efficaces, les compagnies disent qu’elles pourraient obtenir un nouveau vaccin en quelques semaines sans passer par les études cliniques. C’est un point important à souligner. »

Pas d’immunité en 2021, dit l’OMS

Les campagnes de vaccination massives, devant la progression galopante de la COVID-19, ne suffiront pas à garantir une immunité collective en 2021, a averti lundi l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L’OMS a averti que masques, distanciation physique et lavage de mains seraient encore le quotidien de l’humanité « au moins jusqu’à la fin de cette année ». « Nous n’allons pas atteindre […] l’immunité collective en 2021 », a lancé la responsable scientifique de l’OMS, Soumya Swaminathan. Le déploiement des vaccins, quand il s’agit de milliards de doses, « prend du temps », a-t-elle expliqué, exhortant à « faire preuve d’un peu de patience ». De son côté, le directeur de la Santé de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (IFRC), Emanuele Capobianco, a mis en garde contre un « potentiel faux sentiment de sécurité dû au déploiement des vaccins ». Une inquiétude justifiée par la circulation mondiale du variant identifié en Grande-Bretagne, d’une contagiosité accrue. Les autorités sanitaires russes ont annoncé dimanche en avoir découvert un premier cas chez une personne de retour du Royaume-Uni. Le Mexique, pays qui compte plus de 130 000 morts, en a également détecté un premier cas dans l’État de Tamaulipas, frontalier des États-Unis. (d’après l’AFP)