Couvre-feu, réouverture des écoles, télétravail ; si la plupart des Québécois adhèrent aux mesures de confinement annoncées cette semaine, beaucoup n’excluent pas d’enfreindre ces règles à l’occasion, démontre un nouveau sondage CROP. Par ailleurs, alors que la cote de popularité du gouvernement Legault demeure stable, celle d’Ottawa est en baisse.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

La perception des mesures

Toutes les mesures de confinement prolongé atteignent – même dans le pire des cas – la barre des 60 %. C’est la poursuite du télétravail qui fait le plus consensus, 91 % des répondants se disant d’accord, suivie de la fermeture des lieux de culte (81 % d’appuis) et l’interdiction d’avoir des visiteurs à la maison (80 %).

« Ce qui me frappe beaucoup, ce sont les fortes majorités. De manière générale, l’accord avec les mesures est très élevé », note le président de la firme de sondage CROP, Alain Giguère. Cela dit, la consigne qui divise le plus est celle de l’interdiction pour les épiceries et pharmacies de vendre des biens non essentiels ; 38 % des Québécois s’y opposent.

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Mesure phare de l’« électrochoc » que lancera le gouvernement ce samedi, le couvre-feu entre 20 h et 5 h reçoit un appui populaire de 70 %, 39 % des gens s’y disant même très favorables. Reste que 29 % des citoyens s’y opposent à divers degrés. « Ça ne veut pas dire qu’ils ne vont pas respecter le couvre-feu pour autant », rappelle M. Giguère. Il affirme que certains s’autoriseront néanmoins des écarts.

« Trente pour cent des gens comprennent le sérieux de la situation, mais disent qu’ils ne pourront s’empêcher d’enfreindre les règles par moments. Ça veut dire 2,1 millions d’adultes. Chez les jeunes, on sent aussi ce sentiment de liberté brimée », dit-il.

Rentrée des classes

Un peu plus d’un Québécois sur quatre se dit en désaccord avec l’ouverture des écoles, tant au niveau primaire qu’au niveau secondaire, à la veille de la rentrée les 11 et 18 janvier. Ainsi, près de 75 % des gens soutiennent le redémarrage des cours, pour autant que les mesures soient adéquates.

D’un côté, on a des gens très sensibles à la nécessité de retourner à l’école pour la santé mentale et l’éducation des jeunes, et de l’autre, ceux et celles qui souhaitent une protection à tout prix, qui craignent que leurs enfants ne contractent le virus.

Alain Giguère, président de CROP

M. Giguère explique que l’« ambivalence » entourant la question des aérosols et de la ventilation, qui fait l’objet de vifs débats actuellement, peut expliquer l’opposition à la mesure. « La sortie de médecins et de scientifiques à ce sujet peut expliquer certaines craintes », raisonne-t-il. Vendredi, un rapport attendu de l’INSPQ a conclu que les aérosols jouaient un rôle limité dans la transmission de la COVID-19. La Santé publique ne recommandera pas l’utilisation des purificateurs d’air dans les classes, comme le réclament des spécialistes.

Deuxième dose du vaccin

Environ 73 % des Québécois soutiennent le gouvernement Legault dans sa volonté d’utiliser tous les vaccins sans en mettre en réserve pour la deuxième dose, mais 26 % se disent en désaccord avec ce changement de méthode, décrété le 31 décembre dernier.

« On voit quand même une hésitation parmi ceux qui sont d’accord, dit le président de CROP. Ceux qui se disent “très en accord” sont en effet moins nombreux, à 32 %. Au final, la crédibilité de la Santé publique québécoise prend le dessus. Les gens trouvent logique de s’y fier, de manière générale. »

En après-midi, vendredi, Ottawa a contesté cette stratégie du gouvernement Legault. « Ce sont des vaccins à deux doses. Vous devriez obtenir une deuxième dose. La deuxième dose devrait être donnée en respectant le plus possible le calendrier approuvé », a martelé la conseillère médicale principale de Santé Canada, la Dre Supriya Sharma.

Cotes de popularité

François Legault conserve de justesse la note de passage, avec 60 % des Québécois se disant satisfaits du travail de son gouvernement, contre 40 % se déclarant « peu ou pas satisfaits ». Par rapport au mois d’octobre, la baisse n’est toutefois de l’ordre que de 1 point de pourcentage.

Pour Justin Trudeau, c’est plus serré ; 62 % des Québécois affirment que son travail est insatisfaisant, une hausse de 6 points en trois mois. « Ce qui ne l’a pas aidé, c’est ses fameux 1000 $ de prestation aux vacanciers. Dans l’opinion publique, ça a frappé fort, et même si les libéraux se sont rétractés, le mal était fait », illustre Alain Giguère.

Si l’écart de popularité entre les deux ordres de gouvernement s’agrandit, il est toutefois bien loin des niveaux du printemps, alors que François Legault jouissait d’un impressionnant appui de 88 %, contre seulement 43 % pour son homologue fédéral. « Québec est responsable de notre santé. Et Ottawa fait des chèques. Disons que ça frappe moins l’imaginaire », illustre M. Giguère.

Ouverture et fermeture des services

C’est l’ouverture des stations de ski qui récolte le moins d’appuis auprès des Québécois ; 30 % des gens s’opposent à ce qu’elles continuent leurs activités. La poursuite du tournage de séries télévisées fait aussi débat, alors que 29 % des répondants doutent de la pertinence de cette mesure.

À l’inverse, la cueillette de biens non essentiels à l’extérieur des commerces, dorénavant permise, est très bien accueillie, avec 89 % d’opinion favorable. Les règles relatives aux funérailles (10 personnes maximum), aux garderies ou encore à l’ouverture des bibliothèques municipales sont aussi somme toute bien accueillies.

La fermeture des lieux de culte, qui avaient « beaucoup de problèmes » à certains endroits selon le premier ministre Legault, obtient par ailleurs un fort appui de 81 %.

MÉTHODOLOGIE : Ce sondage a été réalisé du 6 au 8 janvier, via un panel web, auprès de 1000 Québécois de 18 ans et plus. Plusieurs autres collectes avaient été réalisées depuis mars. « Les résultats ont été pondérés afin de refléter la distribution de la population à l’étude selon le sexe, l’âge, la langue maternelle et la scolarité des répondants. Compte tenu du caractère non probabiliste de l’échantillon, le calcul de la marge d’erreur ne s’applique pas », précise le sondeur.