Pour « soulager les autres hôpitaux du réseau » dans le contexte de la pandémie, le CHU Sainte-Justine – qui soigne habituellement des enfants – traitera dès le 18 janvier des adultes de moins de 40 ans qui sont atteints de la COVID-19, ainsi que des patients de moins de 30 ans ayant besoin de soins en traumatologie.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« La crise touche de façon importante les personnes âgées, mais elle épargne en quelque sorte les enfants et adolescents. De notre côté, notre taux d’occupation est moins important que dans les années antérieures, ce qui nous donne une certaine marge de manœuvre », explique le directeur des services professionnels de l’établissement, Marc Girard, en entrevue avec La Presse.

En effet, le taux d’occupation en soins intensifs de Sainte-Justine oscille entre 65 % et 75 %. « Le 25 % qui reste, on peut donc l’offrir », dit le médecin. Dans un premier temps, 6 lits en soins intensifs sur 32 seront libérés pour recevoir des patients adultes. Mais au fil du temps, l’organisation n’exclut pas d’augmenter ce nombre si la situation de la COVID-19 devient encore plus fragile.

« Avec notre clientèle pédiatrique, on occupe 16 lits, donc il en reste 16. Mais il faut faire attention : ces patients peuvent rester un certain temps et occuper d’autres lits. Il y a aussi le fait que notre personnel s’occupe davantage d’enfants. Si ça devait augmenter, il faudrait faire appel à de l’aide adulte », raisonne le DGirard. Il assure également aux familles que la qualité des soins sera « entièrement préservée ».

Une bonne partie des lits dédiés pourraient par ailleurs être réservés à des femmes enceintes déclarées positives à la COVID-19, dont le nombre est en progression actuellement, selon M. Girard. « On voit que leur nombre augmente dans la communauté en ce moment. Les 20-40 ans sont une cohorte où il y a beaucoup d’infections », confie-t-il.

Pour que l’expérience soit sécuritaire, il faudra qu’elle se fasse de façon progressive. On commence avec six lits, puis on verra comment ça évolue. C’est sûr qu’on pourrait augmenter au besoin.

Marc Girard, directeur des services professionnels du CHU Sainte-Justine

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Marc Girard, directeur des services professionnels du CHU Sainte-Justine

Cela dit, M. Girard espère plutôt qu’avec les nouvelles mesures prises par le gouvernement, dont l’imposition d’un couvre-feu, la transmission se stabilisera, faisant ainsi baisser le nombre d’hospitalisations. Une phase de formation aura lieu auprès du personnel dans les prochains jours, afin de s’assurer que tous les employés seront prêts à intervenir auprès de tous les patients.

Un réseau critique

Cette nouvelle tombe alors que plusieurs établissements hospitaliers sont tout près du point de saturation, en particulier dans le Grand Montréal. Jeudi, un rapport de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) concluait qu’un dépassement de la capacité des hôpitaux dédiée aux patients de la COVID-19 d’ici trois semaines était de plus en plus probable dans le Grand Montréal, en raison de la forte progression des hospitalisations.

Déjà, près des trois quarts des lits réguliers et deux tiers de ceux aux soins intensifs sont occupés dans la région. L’Institut conclut que, d’ici trois semaines, « un risque de dépassement des capacités dédiées d’ici les trois prochaines semaines est réel » dans la région métropolitaine. Le risque est évalué à « plus de 50 % ».

Christian Dubé, le ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, a réagi à ce rapport sur Twitter en soulignant « le traitement-choc annoncé est pour éviter cette situation et éviter plus de délestage ». Mercredi, l’élu caquiste avait révélé en point de presse que toutes les greffes du rein avaient été annulées pour libérer les lits aux patients atteints de la COVID-19. Il a indiqué que la situation dans les hôpitaux est à ce point sérieuse que du personnel pourrait être déplacé pour prêter main-forte dans les secteurs les plus touchés.

Fin décembre, 11 patients adultes ayant besoin de soins postopératoires à l’hôpital Royal Victoria ont été transférés à l’Hôpital de Montréal pour enfants.