Alors que le Québec entre dans une nouvelle phase de confinement, le nombre d’admissions quotidiennes à l’hôpital se rapproche du sommet observé lors de la première vague de COVID-19. Pour bon nombre de spécialistes, cette récente hausse des hospitalisations atteste que beaucoup ont fait fi des consignes sanitaires ces dernières semaines et que le temps est maintenant venu d’être collectivement beaucoup plus discipliné.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Le printemps dernier, au sommet de la première vague, la Santé publique recensait 126 admissions par jour en moyenne, sur une période de sept jours. En ce moment, on observe en moyenne 109 admissions quotidiennes sur sept jours. La proportion de nouvelles admissions aux soins intensifs est équivalente à celle de la première vague, soit 18 par jour. Évidemment, il importe de préciser que ces statistiques excluent les sorties de l’hôpital, qui sont en général moins nombreuses que le nombre d’entrées.

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Ces données permettent ainsi de mieux comprendre l’augmentation rapide du nombre d’hospitalisations. En effet, on compte en ce moment 1393 personnes hospitalisées en tout, dont 202 aux soins intensifs. C’est près de 400 personnes de plus qu’il y a trois semaines, au début de la pause des Fêtes. Alors que le nombre des hospitalisations augmente rapidement, le nombre de morts, lui, demeure plus bas ; on déplore en moyenne 46 morts par jour actuellement, contre 110 au sommet de la première vague.

« À mon sens, ça ne fait que refléter ce qui s’est passé dans les dernières semaines », croit le virologue et professeur à l’Université du Québec à Montréal Benoit Barbeau.

Si une bonne partie de la population s’est pliée aux règles, il reste que beaucoup trop de personnes ne les ont pas respectées. Et ça donne ce qu’on voit aujourd’hui.

Benoit Barbeau, virologue et professeur à l’UQAM

Un sondage de la firme Léger publié mardi a conclu en effet que tout près de 50 % des Canadiens avaient rendu visite à des proches ou des amis pendant les Fêtes au moins une fois. « On est encore capables d’absorber les patients, mais ce qui est inquiétant, c’est que si cette hausse continue, on va avoir un effet d’accumulation, et la situation pourrait devenir pire qu’au mois de mars. Dans bien des endroits dans le monde, cet état de saturation s’observe déjà », dit M. Barbeau, précisant néanmoins que le réseau est « beaucoup mieux préparé ».

La bonne nouvelle, c’est que les employés du réseau sont beaucoup mieux outillés pour prendre en charge les cas sévères de COVID-19, rappelle le virologue. Collectivement, on comprend aussi mieux comment le virus se transmet. »

Devant la croissance du nombre de patients, Québec a pris la décision mercredi matin de suspendre toutes les greffes de rein.

Si vous voulez un exemple concret de ce que fait la COVID aux patients non-COVID, on est obligés d’arrêter les greffes de rein parce qu’on a besoin de lits pour le faire.

Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux

Ce dernier a également indiqué que la situation dans les hôpitaux était jugée à ce point sérieuse que du personnel pourrait être déplacé pour prêter main-forte dans les secteurs les plus durement touchés.

À quand une rechute ?

Pour l’experte en médecine préventive de l’École de santé publique de l’Université de Montréal (ESPUM) Marie-France Raynault, la situation est pour le moins très préoccupante, quand on regarde le rythme auquel croît le nombre d’hospitalisations. « Jusqu’à Noël, on était encore mieux qu’au printemps, mais là, ça se détériore beaucoup. Le réseau va pouvoir supporter la charge, mais au prix de délestage important encore une fois. Ça veut dire beaucoup de souffrance et d’anxiété à venir pour des patients malades », explique-t-elle.

Mme Raynault reste optimiste : elle soutient qu’on peut s’attendre à une baisse des admissions au cours des prochaines semaines, si tout se passe bien durant ce nouveau confinement plus sévère. « J’espère que les mesures qu’on met en place vont donner un effet rapidement, conjugué à la vaccination qui va s’accélérer dans les CHSLD. C’est avec ces deux facteurs que ça deviendra progressivement plus tolérable », indique-t-elle.

« On est toujours décalés d’environ 10 jours dans l’évaluation des hospitalisations. Et là, les cas n’ont pas encore commencé à diminuer », rajoute l’experte, rappelant que les chiffres officiels peuvent aussi « sous-estimer » le réel, si moins de gens subissent des tests de dépistage et que le traçage manque de ressources.

Chose certaine, « le réseau sent cette hausse soutenue actuellement », dit Élise Boulanger, médecin de famille qui exerce dans la région de Montréal. « On reçoit de plus en plus de demandes pour se mobiliser de toutes les façons, on se fait constamment informer sur le délestage, et les hôpitaux augmentent leur capacité. Si ça continue d’augmenter, un moment donné, ça va prendre plus de médecins aussi », confie-t-elle.

Avec le confinement, les gens vont comprendre qu’ils n’ont pas besoin d’aller voir le médecin, ils doivent rester chez eux. Ce n’est pas le temps d’aller faire sa visite de routine, alors que les médecins sont impliqués dans l’effort de vaccination.

Élise Boulanger, médecin de famille

Un bilan encore fragile

Mercredi, les autorités provinciales ont rapporté 2641 nouveaux cas de COVID-19 ainsi que 47 morts supplémentaires. La veille, les autorités avaient rapporté 2508 nouveaux cas confirmés et 62 morts supplémentaires. Dans le réseau de la santé, le nombre d’hospitalisations avait aussi bondi de 23.

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À elle seule, la région de Montréal a recensé mercredi 16 morts supplémentaires, suivie par la Capitale-Nationale avec 11 et la Montérégie avec 7. L’Estrie et l’Outaouais ont déploré trois morts, alors que le Saguenay–Lac-Saint-Jean et Laval en ont enregistré deux de plus. Une mort a aussi été recensée en Mauricie–Centre-du-Québec, de même qu’en Chaudière-Appalaches et dans Lanaudière. Au total, 8488 personnes ont succombé aux complications liées à la maladie.

Le portrait de la COVID-19 au Québec n’est pas celui que nous aurions espéré après la pause des Fêtes. On doit donc redoubler nos efforts pour freiner le virus.

Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux, sur Twitter

Après avoir connu une baisse mardi, le nombre de prélèvements est reparti à la hausse mercredi. Selon les plus récentes données fournies, datant du 4 janvier, le Québec a en effet réalisé 31 470 tests de dépistage. Enfin, 6221 doses de vaccin supplémentaires ont été administrées dans la journée de mardi, nouveau sommet, portant le total à 38 984 dans la province jusqu’ici.

Plus à l’ouest, l’Ontario a signalé mercredi 3266 nouveaux cas de COVID-19 ainsi que 37 morts de plus. Les autorités ontariennes disent avoir effectué 51 045 tests depuis le plus récent rapport quotidien. Au total, 1463 personnes sont actuellement hospitalisées dans cette province en raison de la COVID-19, dont 361 aux soins intensifs et 132 personnes sous respirateur.

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— Avec Pierre-André Normandin, La Presse