(Ottawa) Pour les libéraux, c’est la chose moralement responsable à faire. Pour les conservateurs, c’est scandaleux.

Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

Le gouvernement Trudeau défend bec et ongles un projet qui consiste à vacciner cette semaine 600 détenus âgés ou vulnérables contre la COVID-19 – une initiative que l’opposition conservatrice a descendue en flammes.

« Nous avons réservé une petite quantité de vaccins disponibles pour ces individus très à risque dans nos institutions fédérales. Nous avons l’obligation de prendre soin de ceux qui sont sous notre garde pour nous assurer qu’ils sont traités équitablement et qu’ils sont en sécurité », a déclaré en conférence de presse le ministre de la Sécurité publique du Canada, Bill Blair.

Le projet est en conformité avec les recommandations formulées par le Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI) ; les autres détenus ainsi que les agents correctionnels auront accès au vaccin dans la deuxième phase, a indiqué le ministre. L’opération se mettra en branle vendredi, alors que 1200 doses seront expédiées dans des établissements à travers le pays dans l’objectif de vacciner 600 détenus, en priorité ceux âgés de 70 ans et plus, a-t-on précisé du côté de Service correctionnel Canada (SCC).

« Ce sont de très bonnes nouvelles, car nous savons que la vaccination est un moyen essentiel de limiter la propagation de la COVID-19. Nous continuerons de collaborer avec nos partenaires de la santé publique, les syndicats et les intervenants à la mise en place de mesures qui contribueront à tous nous prémunir contre cette pandémie », a déclaré dans un communiqué Anne Kelly, commissaire du SCC.

Mais le projet ne passe pas du tout chez les conservateurs. « Il est scandaleux que des criminels incarcérés vont être vaccinés avant les aînés vulnérables dans les établissements de soins de longue durée, les travailleurs de la santé de première ligne, les intervenants d’urgence et les agents correctionnels », a dénoncé la formation par voie de communiqué, mercredi.

La veille, le chef conservateur Erin O’Toole avait manifesté sa profonde insatisfaction sur Twitter. « Aucun criminel ne devrait être vacciné avant un travailleur de la santé de première ligne ou un Canadien vulnérable. Aucun », a-t-il pesté. Son député Pierre Paul-Hus en avait ensuite ajouté une couche : « Paul Bernardo [tueur en série et violeur actuellement derrière les barreaux en Ontario] sera vacciné avant la tante Helen… c’est insensé ».

Quelques élus libéraux et néo-démocrates s’en sont offusqués. « Être incarcéré ne dépouille pas les gens de leur droit à un accès équitable aux soins de santé. La population carcérale EST vulnérable [...] Laissons la priorisation des vaccins aux experts de la santé, et gardons ce gars aussi loin que possible », a notamment persiflé mardi soir le député Taylor Bachrach, du NPD, dans un tweet coiffant celui du chef conservateur Erin O’Toole.

Les agents aussi mécontents

La grogne se fait toutefois aussi entendre du côté du Syndicat des agents correctionnels du Canada, où on est d’avis que ce sont les agents, et non les détenus plus âgés, qui devraient être immunisés le plus rapidement possible.

Car selon le président du syndicat, Mario Guillemette, le fait de vacciner les agents correctionnels en priorité aurait pour effet d’empêcher les éclosions de COVID-19 dans les prisons, où l’on a recensé 1146 cas et trois morts parmi les détenus sur une population carcérale totale d’environ 13 000 personnes.

En comparaison, il y a 7400 agents correctionnels fédéraux, dont 261 ont contracté le virus.

« Le détenu de 70, 75 ans, si moi, je suis vacciné, les chances que je lui donne sont nulles ou quasi nulles. […] Lui, un coup vacciné, je ne peux plus le contaminer. Mais je peux quand même contaminer le restant du pénitencier », a argué Mario Guillemette en entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne.

À cela, le ministre Blair a répondu ceci, mercredi : « Je pense que c’est aussi dans l’intérêt de ces agents correctionnels qu’on prenne les étapes nécessaires pour protéger les gens les plus vulnérables dans ces institutions ».

– Avec La Presse Canadienne