Nous traversons l’une des pires pandémies de l’histoire de l’humanité. Des millions de gens sont atteints, des centaines de milliers de gens meurent, l’économie chute, les entreprises font faillite, les taux de chômage atteignent des sommets. Ça ne va pas bien. Et quelle est notre principale préoccupation ? Nos cheveux !

Stéphane Laporte Stéphane Laporte
Collaboration spéciale

Depuis le début du grand confinement, l’état du poil sur notre crâne nous prend la tête. Ça n’a pas pris de temps. Ça ne faisait que quelques jours que les salons de coiffure étaient fermés, que déjà, l’Homo sapiens se plaignait. M’avez-vous vu la tignasse ? Qu’est-ce que je vais faire ? Ma repousse me repousse ! J’ai des ailes sur les oreilles ! Toupet or not toupet ?

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

« Le Grand Confinement se résume, pour la grande majorité, en un long bad hair day, une journée de mauvais cheveux sans fin », écrit notre chroniqueur.

Comme si, en quelques heures, on pouvait passer de la pilosité de Martin Matte à celle de Jean-Philippe Wauthier.

Le Grand Confinement se résume, pour la grande majorité, en un long bad hair day, une journée de mauvais cheveux sans fin.

Pourtant, ça ne fait pas 28 ans qu’on est coincés dans une île déserte comme Robinson Crusoé. Ça fait un peu plus de deux mois qu’on est privés de soins capillaires. Deux mois ! Les membres d’Harmonium ont fait toute leur carrière sans jamais aller chez le coiffeur. En deux mois, les dommages ne peuvent pas être si considérables. Nous vivons dans un monde de coquets. Ça ne faisait pas huit jours que la planète était sur pause que les affligés de la frisette lançaient des S.O.S. Ils publiaient sur les réseaux sociaux des tas de photos de leurs poils hirsutes, comme un otage envoie une photo de sa bouille à ses proches, en voulant faire pitié, en les implorant de payer la rançon. Tous les éprouvés du chignon espéraient que le grand Horacio comprenne leur détresse et qu’il classe les coiffeurs dans les services essentiels. Rien n’y fit.

Ce qui amplifie le mécontentement des échevelés, c’est que pendant qu’ils endurent leur look négligé, le stylé Horacio se présente, tous les jours, au point de presse, avec une mise en plis impeccable.

C’est louche. Qui soigne son petit coq ? Han ! ? Qui chouchoute sa mèche ? Lui-même ? Pas sûr. La ministre McCann ? Monsieur le premier ministre ? Les complotistes s’affolent. Le barbier Ménick irait à Québec, en jet privé, coiffer l’épidémiologiste. Certains confinés frustrés vont jusqu’à réclamer une enquête. Calmez-vous le poil des jambes ! Un peu de compréhension. Ce n’est pas parce qu’il danse le rap qu’il doit arborer des rastas. Il n’y a pas de quoi couper les cheveux en quatre. Même à deux mètres de distance.

Les Québécoises et les Québécois les plus désespéré(e)s se sont tourné(e)s vers leurs conjoints, leurs conjointes, leurs enfants pour venir à bout de leur crinière. Plusieurs ont même tenté de s’autoarranger. Pour ne pas dire s’automutiler. Les résultats sont catastrophiques. Des dégradés dégradants, des rallonges raccourcies, des calvities découvertes, des trous dans le coco. Le métier de coiffeur n’a jamais été autant mis en valeur. Ce n’est pas parce qu’on est capable de couper son gazon qu’on est capable de couper sa touffe de cheveux.

Heureusement, avant que la population n’en vienne à se couper la tête, la nouvelle tant attendue a été entendue. Mercredi dernier, les autorités ont annoncé que les salons de coiffure allaient rouvrir le 1er juin ! Toute la nation a poussé un retentissant cri de joie.

De Gaulle annonçant la libération de Paris n’a pas fait tant d’effet. Vive la frange libre ! Les gens se sont garrochés sur leur téléphone pour prendre rendez-vous. Seulement, il y a un poil dans la soupe. Ce sont les salons de coiffure à l’extérieur de la grande région de Montréal qui pourront ouvrir leurs portes. Ceux de la métropole restent fermés.

À compter du 1er juin, il y aura donc deux Québec. Le Québec à l’allure rafraîchie. Et le Québec qui fera toujours dur. Pauvres Montréalais ! Payons-nous pour toutes ces années où nous avons ri de la coupe Longueuil, ostracisant les gens de la banlieue ? Voilà qu’à compter du mois de juin, tout le Québec pourra rire de la coupe Montréal. La coupe pas de coupe. Ce qui est profondément injuste, c’est que les gens de Longueuil font partie de la grande région de Montréal. Ils ne pourront même pas goûter à leur vengeance, le toupet au vent et la queue dans le cou.

Ce qui est paradoxal, c’est que toute cette panique à propos de nos cheveux est causée par une chauve-souris. Sûrement un cas de jalousie.

Morale de cette histoire : peu importe la gravité de la crise vécue, peu importe les horreurs révélées et les dangers pressentis, notre bien-être réside dans des choses simples. Le bonheur n’est pas dans le pré, il est dans le poil. Avoir les cheveux fluffy pour revoir ses amis. Se sentir tout pimpant. Se mettre beau pour vivre quelque chose d’important. Parce que rien n’est plus important que le présent.

Cela dit, on n’est pas encore en juin. Pour les retrouvailles du week-end, entre dix amis, provenant de trois adresses différentes, restant à 2 mètres de distance et n’entrant pas dans la maison, tout le monde aura les cheveux qu’il peut. Le port de la casquette risque d’être plus populaire que celui du masque. Assumez vos mèches rebelles. Soyez hippie, pour une fois dans votre vie. Comme on pouvait lire sur Facebook, cette semaine, la période actuelle est la réalisation du rêve hippie : la drogue est légale et les coupes de cheveux ne le sont pas.

Bon samedi ! Quelque chose me dit que les gens qui vont prendre une brosse, aujourd’hui, ce ne sera pas nécessairement, pour se coiffer.

À votre santé ! N’oubliez pas de la protéger.