(Ottawa) Le gouvernement canadien suit étroitement le développement d'applications mobiles de traçage de la COVID-19, et le moment venu, il compte en « recommander fortement » une pour aider à contrôler la propagation du virus.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Le premier ministre a affirmé vendredi en conférence de presse qu'Ottawa étudiait attentivement plusieurs applications en cours d'utilisation ou de développement dans le monde, et qu'il attendait de voir comment évoluent les travaux des géants technologiques avant de statuer.

« De nombreuses applications ont été développées à travers le monde, dont à Singapour, en Australie, mais l’un des problèmes de ces applications, c’est qu’elles drainent la pile. C’est la raison pour laquelle les solutions que comptent présenter Apple et Google au début juin seront extrêmement importantes », a-t-il expliqué.

Si le gouvernement du Canada jette son dévolu sur l'une d'entre elles, il la recommandera, a indiqué Justin Trudeau, sans aller jusqu'à dire que le téléchargement pourrait être obligatoire dans le cadre de la lutte contre la pandémie.

« Nous travaillons avec divers partenaires sur de potentielles applications, nous travaillons de près avec Apple et Google sur la mise à jour qu’ils mettront de l’avant, et au moment venu, on s’attend à pouvoir être en mesure de recommander fortement aux Canadiens une application en particulier qui nous aidera à gérer la propagation de la COVID-19 », a-t-il soutenu.

Au Québec, une première application de traçage a été conçue. Fruit du travail de l’Institut québécois d’intelligence artificielle (MILA), l'application de traçage est baptisée COVI. « Elle va être prête pour la mi-juin », a indiqué à La Presse Valérie Pisano, présidente et chef de la direction de MILA, qui a été fondée par le professeur Yoshua Bengio, une sommité en matière d'intelligence artificielle.

L'outil, qui est issu de travaux sur l’intelligence artificielle, respecte la protection de la vie privée, a-t-elle assuré au téléphone. Conçu de telle sorte à pouvoir générer un modèle épidémiologique, il a été pensé comme un « outil de décision » pour l'utilisateur, en fonction des risques d'exposition et de transmission du nouveau coronavirus.

Des pourparlers ont été menés avec le gouvernement du Canada, le gouvernement du Québec ainsi que la Ville de Montréal dans l'objectif de permettre l’utilisation. Le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada a aussi été consulté, a précisé Mme Pisano. Et éventuellement, le MILA va se retirer pour en laisser les rênes à une organisation à but non lucratif.

Mais pour que le projet atteigne son plein potentiel, il faudra que la population y adhère, signale d'ores et déjà Valérie Pisano. « Je pense qu'il y a de l'éducation à faire, il faut aussi savoir ce que les gens vont vouloir; on veut l'avoir, ce débat », a-t-elle souligné. « Si les gens n'embarquent pas, ça n'aura pas été le bon choix. »

Ottawa offre ses fonctionnaires

Mais dans l'immédiat, et alors que le déconfinement se met en branle d’un bout à l’autre du Canada, il a annoncé que le gouvernement fédéral dégageait quelque 1700 de ses employés de Statistique Canada pour contribuer à la cruciale opération de traçage.

Le premier ministre Trudeau a discuté des prochaines étapes lors de sa conférence téléphonique avec ses homologues provinciaux et territoriaux, jeudi soir. Il a été question de ce qui est « dans l’esprit de tout le monde dernièrement : comment rouvrir l’économie de façon sécuritaire », a-t-il relaté à Rideau Cottage.

La première étape, a-t-il insisté, est de continuer d’augmenter la capacité de dépistage. Ensuite, il est impératif de retrouver rapidement les gens qui ont eu des contacts avec des personnes atteintes de la COVID-19, afin que ces personnes puissent s’isoler et surveiller leurs symptômes ou se faire tester, a-t-il exposé.

Et dans cette opération colossale, « bien que les provinces et les territoires effectuent le dépistage et la recherche de contacts différemment les uns des autres, notre gouvernement a formé des employés fédéraux qui sont prêts à aider à retrouver les gens qui ont été exposés au virus », a fait valoir Justin Trudeau.

« Ces employés peuvent effectuer 3600 appels par jour, sept jours sur sept. En plus, Statistique Canada a rendu disponibles 1700 intervieweurs qui pourraient effectuer jusqu’à 20 000 appels par jour. On aide déjà à effectuer des appels en Ontario et on offre notre aide à tous ceux qui en auraient besoin », a-t-il enchaîné.

Le Québec n'avait pas encore réclamé le coup de pouce du fédéral au moment où le premier ministre a tenu ces propos. Mais peu après, en conférence de presse à l'Assemblée nationale, le gouvernement caquiste a dit accepter l'offre.

Gestes haineux contre les Asiatiques

Puisque de nouveaux actes haineux et intolérants visant des personnes d’origine asiatique ont été recensés dernièrement, Justin Trudeau a ressenti le besoin d’aborder le sujet à la fin de son allocution quotidienne à sa demeure d’Ottawa.

« Au cours des dernières semaines et des derniers mois, des immeubles, des commerces et des statues ont été vandalisés. Des gens ont été verbalement et physiquement attaqués. C’est inacceptable. La haine, la violence et la discrimination n’ont pas leur place au Canada. Ce n’est pas qui nous sommes en tant que Canadiens », a-t-il plaidé.