Malgré le feu vert donné par le gouvernement Legault, tout près de trois camps de jour indépendants sur quatre ne pourront pas ouvrir cet été sans une aide publique d’urgence : 11 millions, au bas mot, pour fonctionner dans le respect des mesures imposées par la Santé publique.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

« Nous sommes quand même la solution à la reprise économique au Québec, souligne Éric Beaudoin, président de 18 camps de jour Yopi. S’il n’y a pas de camps, dites-moi comment les parents pourront retourner au travail… Clairement, les pertes économiques liées à notre fermeture seraient bien plus importantes que les 11 millions qu’on demande. »

Avec les ratios exigés, les mesures à appliquer et le matériel d’hygiène à se procurer, les camps de jour ont beaucoup plus de dépenses à prévoir que les années précédentes. Et ce, dans un contexte où la capacité d’accueil sera réduite, et les revenus par le fait même.

Ils devront par exemple se procurer des solutions hydroalcooliques, restreindre le nombre d’enfants par animateur, augmenter le nombre de locaux et de casiers, et augmenter les superficies.

C’est donc notamment pour engager plus d’employés et assurer les dépenses supplémentaires causées par la pandémie que l’Association des camps du Québec (ACQ) demande aux gouvernements une dizaine de millions de dollars.

« On a besoin d’un sérieux coup de main ! On ne peut tout de même pas opérer à n’importe quel prix », s’indigne Éric Beauchemin, directeur général de l’ACQ.

PHOTO FOURNIE PAR L’ASSOCIATION DES CAMPS DU QUÉBEC

Éric Beauchemin, directeur général de l’ACQ

À ses yeux, le gouvernement semble mal comprendre la réalité des camps au Québec. « Lorsque François Legault parle des camps de jour, il semble penser qu’ils appartiennent tous aux municipalités. Mais ce n’est pas vrai ! Seulement 25 % des camps de jour sont municipaux », précise M. Beauchemin. Pas moins de 75 % des camps du Québec sont ainsi des organismes à but non lucratif ou des entreprises privées.

L’Association a réalisé un sondage, au cours des derniers jours, auprès des 162 membres qui n’exploitent pas des camps municipaux. Et les résultats préoccupent « énormément » son directeur général.

« Il y a 71 % des sites de camps de jour qui ne seront pas en mesure d’ouvrir sans une aide gouvernementale », dit-il. Mais avec de l’aide gouvernementale, « 85 % des sites de camps de jour seraient en mesure d’ouvrir cet été ».

Craintes de faillite

Éric Beaudoin est un acteur important du milieu des camps de jour avec ses 18 camps Yopi. Même s’il tente de demeurer positif, il a bien peur de ne pas être capable d’ouvrir cet été, une décision, confie-t-il, qui le mènerait tout droit à la faillite.

« Normalement, 50 % de mes dépenses proviennent de ma masse salariale, explique M. Beaudoin. Cette année, on me demande de doubler mon personnel. Ce qui m’amène à 100 % de mes dépenses ! Mais en parallèle, j’ai 300 000 $ de dépenses supplémentaires juste pour respecter les consignes. Donc, si j’ouvre, je le fais à perte. Et je fais faillite. »

Autre son de cloche du côté des camps Sportmax, toutefois. Olivier Houde, copropriétaire de 14 camps, estime que la situation est plus favorable qu’il n’y paraît. Seul intervenant à tenir un tel discours, il croit qu’il pourra toucher la Subvention salariale d’urgence du Canada, qui correspond à 75 % du salaire de ses employés. « Avec cette aide, on peut opérer correctement cet été », fait-il valoir.

Sauf que, selon l’Association des camps du Québec, dont Sportmax ne fait pas partie, les camps ne pourraient pas toucher cette aide en raison des critères d’admissibilité. C’est d’ailleurs pour cette raison que le président du C.A. de l’ACQ, Steven Grenier, a envoyé une lettre au ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, pour qu’il modifie ces critères.

« C’est sûr que si les camps sont admissibles, ça diminuerait la demande d’aide de 11 millions qu’on présente au provincial », dit le directeur général de l’ACQ, M. Beauchemin.

J’avoue que si on ne recevait pas cette aide fédérale, on remettrait peut-être en question notre ouverture.

Olivier Houde, de Sportmax

« Revoir les ratios serait intéressant »

Et si les ratios étaient revus ? C’est ce que suggère Gabriel Bigaouette, des camps Odyssée. « Je ne peux pas me prononcer pour la Santé publique, mais de revoir les ratios serait intéressant pour diminuer nos coûts. L’école est à un enseignant pour quinze élèves. Pourquoi, pour les 5 à 8 ans, on ne pourrait pas être à un animateur pour dix enfants [plutôt que pour cinq ou sept enfants] ? », propose le directeur général.

Certains ont annoncé qu’ils pourraient tout de même ouvrir dans les circonstances prévues, mais qu’ils le feraient à capacité réduite. Aux camps Fous de nature, par exemple, les directrices ont décidé d’ouvrir, mais, faute d’argent, elles ont réduit le nombre de places. Le camp de Boucherville accueillera ainsi dix enfants plutôt que la soixantaine habituelle.

« Si nous avions une petite aide gouvernementale, on s’en servirait par exemple pour avoir une toilette et un lavabo mobiles, ce qui nous permettrait de recevoir plus d’enfants », indique Laurence Cadotte, biologiste, animatrice et directrice adjointe du camp.

Pour la saison estivale à venir, l’ACQ estime qu’au moins 75 000 campeurs pourraient fréquenter les camps de jour de la province.