Bonne nouvelle : des chiffres dévoilés jeudi sur la mortalité semblent confirmer qu’il n’y a pas d’« épidémie cachée » au Québec et que le gouvernement comptabilise bien les morts liées à la COVID-19. Sur une note plus sombre, de nouvelles statistiques indiquent que si les jeunes succombent peu à la maladie, ils peuvent néanmoins tomber gravement malades et nécessiter une hospitalisation.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

À la suite des pressions de nombreux chercheurs, l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) a dévoilé les statistiques de mortalité au Québec pour les derniers mois, en les comparant à celles des années précédentes. Les chiffres confirment que le mois d’avril 2020 a été le plus meurtrier des 10 dernières années, avec une mortalité environ 30 % plus élevée qu’à l’habitude.

Mais la bonne nouvelle est que ces statistiques ne cachent pas de mauvaise surprise. L’excès de mortalité observé au Québec en mars et en avril correspond grosso modo aux morts liées à la COVID-19 enregistrées par le gouvernement. Ces chiffres viennent confirmer ceux dévoilés la semaine dernière par la Direction de l’état civil du Québec.

« On a beaucoup de décès, au Québec, mais on n’en échappe pas beaucoup dans les statistiques », résume le démographe Robert Choinière, expert-conseil en santé des populations.

Il y a un mois, le New York Times a utilisé des données semblables pour montrer qu’il existe des « morts manquants » dans de nombreux pays, où l’excès de mortalité dépasse largement les chiffres officiels. Jeudi, la Sécurité sociale italienne a aussi affirmé que la COVID-19 avait fait 19 000 morts de plus que le bilan officiel, soit une sous-estimation de 60 %.

> Lisez l’enquête du New York Times (en anglais)

Pierre-Carl Michaud, titulaire de la Chaire de recherche sur les enjeux économiques intergénérationnels de HEC Montréal, y voit une autre bonne nouvelle pour le Québec : la COVID-19 ne semble pas causer de morts « indirectes », par exemple en privant de soins des patients atteints d’autres maladies qui en viendraient à mourir. « Jusqu’à présent, la COVID-19 ne semble pas avoir ces effets indirects sur la mortalité », dit-il.

Les données de l’ISQ suggèrent d’ailleurs que l’excès de mortalité au cours des mois de mars et avril ne touche pas la tranche de la population de 0 à 49 ans. « Ça aurait été très mauvais si on avait vu ça apparaître », dit le professeur Michaud. Il souligne par ailleurs qu’en période de ralentissement économique, comme c’est le cas actuellement, les décès sont habituellement plus faibles qu’en période de croissance. « C’est contre-intuitif, mais les gens font plus de folies quand l’économie va bien. Ils sont plus sur les routes, et toute l’activité économique génère des décès », dit-il.

L’ISQ a averti que les délais dans l’enregistrement des décès pourraient faire grimper les chiffres, mais le professeur Michaud estime peu probable que cela change les conclusions générales. Il souligne néanmoins qu’il faudra éventuellement faire une analyse plus fine pour voir dans quelle proportion les morts cette année surpassent celles qui auraient été attendues compte tenu de divers facteurs.

Des jeunes hospitalisés

De nouvelles données de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) montrent par ailleurs que si les jeunes sont peu susceptibles de mourir de la COVID-19, ils peuvent toutefois tomber très malades et se retrouver à l’hôpital. Les moins de 60 ans ne comptent ainsi que pour 2,2 % des décès liés à la COVID-19 dans la province, mais pour 13,5 % des hospitalisations.

Ces pourcentages peuvent être trompeurs puisque de nombreuses personnes âgées meurent en CHSLD ou à la maison, sans passer par l’hôpital. Il reste que les chiffres déboulonnent la perception que les jeunes n’ont rien à craindre de la COVID-19. À l’heure actuelle, par exemple, les chiffres de l’INSPQ montrent que 12 patients dans la vingtaine sont hospitalisés à cause de la maladie. C’est aussi le cas de 23 personnes dans la trentaine, 43 dans la quarantaine et 125 dans la cinquantaine.

Michaël Chassé, intensiviste au CHUM, voit passer ces patients moins âgés à l’hôpital. « Plus on est âgé, plus on a des risques d’exprimer la maladie de façon sévère. Mais on a des jeunes qui tirent le mauvais billet et qui développent aussi des formes sévères », dit-il. Le Dr Chassé note qu’une majorité d’entre eux sont atteints d’une comorbidité. Pour une raison encore inconnue, le surpoids et l’obésité semblent augmenter les risques de développer des problèmes quand on est frappé par la COVID-19. C’est aussi le cas du diabète, de l’hypertension et des maladies du système immunitaire.

« Ça peut arriver que certains patients plus jeunes ne semblent pas avoir de comorbidités de prime abord, mais c’est plus l’exception que la règle », dit-il. En général, les malades se retrouvent à l’hôpital à cause de difficultés respiratoires. Dans la plupart des cas, on peut les remettre sur pied avec de l’oxygène, voire un soluté pour les aider à s’alimenter.

Une minorité d’entre eux finiront aux soins intensifs. De façon contre-intuitive, la proportion de patients plus jeunes aux soins intensifs est plus élevée que celle qu’on note aux étages de l’hôpital.

« Des fois, une personne de 85 ans qui a bien vécu et qui est malade, ça arrive qu’elle nous dise : “Les machines, ce n’est pas pour moi. Si ça va moins bien, assurez-vous que je sois confortable et laissez-moi partir tranquillement.” Mais c’est rare qu’on se fasse dire ça par quelqu’un de 28 ou de 35 ans. Ces jeunes veulent être traités très agressivement », dit le Dr Chassé pour expliquer la relativement forte proportion de jeunes aux soins intensifs.