Le premier ministre François Legault. Le directeur de Santé publique Horacio Arruda. Le chef de l’opposition montréalaise Lionel Perez. Le ministre de la Justice du Canada David Lametti. Plusieurs personnalités publiques ont été la cible de menaces depuis le début de l’urgence sanitaire, mais la police a procédé rapidement à des arrestations.

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

Le Journal de Montréal rapportait mercredi l’arrestation par la Sûreté du Québec d’un camionneur de Québec accusé d’avoir menacé de mort François Legault et Horacio Arruda. Philippe Côté, 47 ans, est aussi accusé d’avoir harcelé les deux hommes pendant deux mois.

Selon l’acte d’accusation consulté par La Presse, le harcèlement aurait commencé le 12 mars, jour de la première conférence de presse commune de MM. Arruda et Legault, alors que le gouvernement avait annoncé l’interdiction des rassemblements de plus de 250 personnes et demandé aux voyageurs de se mettre en quarantaine à leur retour.

La Couronne s’est opposée à la remise en liberté de l’accusé, qui aura son enquête sur remise en liberté aujourd’hui à Joliette.

Selon nos informations, le Dr Horacio Arruda compte sur les services d’un chauffeur-garde du corps armé, fourni par le ministère de la Sécurité publique depuis les premiers temps de l’urgence sanitaire. Cette mesure découlerait de l’importance du rôle du médecin dans la gestion de la crise, et ne serait pas une réaction à une menace spécifique, a appris La Presse.

D’autres arrestations

L’épisode de menaces contre MM. Arruda et Legault n’est pas le seul dossier du genre ouvert par les policiers au cours des dernières semaines. Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a aussi réalisé quelques arrestations.

Un Montréalais de 32 ans, Jean-François Rouleau, a comparu récemment au palais de justice pour être accusé de menaces de causer la mort ou des lésions corporelles à Lionel Perez, chef de l’opposition à l’hôtel de ville de Montréal. Les menaces auraient été proférées le 2 avril, alors que les médias révélaient que des policiers étaient intervenus pour disperser des gens qui étaient venus saluer la famille de M. Perez à l’occasion des fiançailles de sa fille.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Lionel Perez, chef de l'opposition officielle à Montréal

Un Montréalais de 34 ans, Kevin Annett, est quant à lui accusé d’avoir harcelé le ministre de la Justice du Canada David Lametti et sa famille entre mars et avril.

À la fin de mars, La Presse avait rapporté que la GRC avait de son côté arrêté un résidant de Hemmingford, Zachary Vachon, pour des menaces de mort contre Justin Trudeau proférées sur Facebook en lien avec la COVID-19.

Responsables de nos paroles

Sans vouloir commenter des dossiers précis alors qu’ils se trouvent devant les tribunaux, la police rappelle que les gens doivent réfléchir aux conséquences de leurs propos, peu importe le médium.

« Tout propos, en personne ou en ligne, peut être considéré comme une menace selon sa teneur », prévient le lieutenant Hugo Fournier, porte-parole de la Sûreté du Québec.

On est responsable de ce qu’on dit sur internet. On est responsable et imputable pour nos paroles.

Maya Alieh, sergente-détective et superviseure de l’équipe de cyberenquête au SPVM.

Souvent présentée comme la Da-Xia Bernard du SPVM (en référence au personnage de la série District 31 capable d’utiliser une panoplie d’outils technologiques pour retracer un suspect), la sergente-détective voit passer tous les dossiers liés aux menaces sur le web à la police de Montréal. Elle ne constate pas de hausse marquée liée à la pandémie. Il y a toujours un petit pourcentage de gens qui perdent les pédales dans leurs propos, peu importe le contexte, dit-elle.

« Est-ce que des gens sont à l’aise devant leur ordinateur de tenir des propos qui dépassent les bornes ? Oui. Mais c’est toujours le cas. Et c’est un crime qu’on est capables de résoudre. Les gens ont parfois un sentiment d’anonymat derrière leur clavier, mais c’est un faux anonymat. On a une expertise pour pouvoir les retracer », dit-elle.

Lorsqu’un danger est jugé imminent, les choses peuvent débouler très vite, ajoute la superviseure. Qu’il s’agisse de propos menaçants ou d’un signalement pour une personne en détresse qui semble lancer un appel à l’aide en ligne, l’équipe de cyberenquête peut être mobilisée en un clin d’œil.

« On est toujours joignables, à toute heure du jour ou de la nuit, pour porter assistance à nos collègues », affirme Maya Alieh.