(Québec) La liste des CHSLD touchés par la COVID-19 continue de semer la confusion sur le nombre de cas réels de résidants malades ou morts au Québec. Une nouvelle mise à jour fait maintenant état de moins de morts que la veille. La ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, admet qu’il y a des « ratés ».

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Difficile de voir clair dans les données fournies par le Ministère pour connaître l’état de la situation dans les CHSLD et les RPA de la province. Une semaine après avoir publié la première liste – révisée à la demande du premier ministre Legault –, les informations publiées par Québec comportent toujours leur lot d’erreurs et sont diffusées sans mise en garde.

« Selon les CISSS et les CIUSSS, il y a encore des erreurs et des chiffres erronés chaque jour depuis la publication de cette nouvelle liste [le 14 mai dernier] », a fait valoir le porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), Robert Maranda.

« Les responsables de la collecte des données travaillent sans cesse pour régler la situation. Chaque région est mise à contribution pour repérer les erreurs quotidiennes et les corriger dans le système pour transmission au MSSS », a-t-il ajouté.

La Presse a pu constater mardi que les chiffres diffusés par le Ministère n’étaient pas justes dans au moins cinq établissements où le nombre de cas confirmés et de morts était plus grand que rapporté. Dans ces établissements, les données mises à jour mercredi sont demeurées pour la plupart inchangées.

Par exemple, au CHSLD Vigi Dollard-des-Ormeaux, la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) a rapporté vendredi que 149 résidants étaient infectés et 67, morts. Sur la liste du 19 mai, on ne rapporte toujours que 39 usagers infectés et 32 morts. Au Centre d’hébergement de la Marée, on compte encore qu’une seule mort alors qu’une note transmise aux familles en fait état de six.

À la maison des aînés de Salaberry-de-Valleyfield, classée rouge, 20 cas et 4 morts sont déclarés sur la liste. Sur le site internet de la résidence, on affirme plutôt qu’il y a 45 résidants déclarés positifs à la COVID-19 et 10 morts. Il faut savoir que de nombreuses familles se fient à ces listes pour connaître l’évolution de la pandémie dans les CHSLD où vivent des proches.

Malgré ces disparités évidentes, le plus récent bilan du Ministère comptait mercredi moins de morts que la veille. En date du 19 mai, on recensait un total de 2201 morts en CHSLD. Ce chiffre atteignait 2236 dans la liste du 18 mai. Il y aurait maintenant 2173 usagers contaminés alors qu’on en calculait 2388 la journée précédente.

Selon le MSSS, ces « problèmes » s’expliquent par un changement de système de collecte de données. « Auparavant, les établissements utilisaient le gestionnaire de données GESTRED et, maintenant, tous les établissements ont comme consigne d’utiliser le logiciel de collecte de données V10 », a souligné M. Maranda.

Une partie « du décalage des données » proviendrait aussi d’un reclassement des CHSLD inscrits dans la zone grise sur la liste, c’est-à-dire en attente de classement, les informations étant manquantes. Cette partie été retirée pour la première fois dans la liste de mercredi, ce qui pourrait expliquer la baisse des cas et des morts par rapport à la veille.

Par ailleurs, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) indique qu’il y a eu 2355 décès en CHSLD en date du 19 mai. Le MSSS précise que l’INSPQ ajuste le nombre de morts « selon la date réelle du décès au lieu de la date de la déclaration du décès au fur et à mesure », ce qui peut justifier des écarts avec les listes du Ministère qui ne sont pas « mises à jour au même rythme ».

« On essaie de s'ajuster »

« Effectivement, il y a eu des ratés », a déclaré la ministre responsable des Aînés en commission parlementaire virtuelle, mercredi. « Tous les jours, on essaie de s’ajuster pour que la liste soit la plus conforme possible à ce qui se passe », a-t-elle assuré après avoir été interrogée sur ces disparités par la députée libérale Monique Sauvé.

Clairement, les chiffres ne sont pas bons […]. Alors, comment on peut avoir un portrait et savoir quelles actions on doit mener si on n’a pas les chiffres [entre les mains] ?

La députée libérale Monique Sauvé

La ministre Blais a répété à quelques reprises que c’était aux établissements et aux « PDG des CIUSSS et des CISSS » de faire parvenir leurs données au Ministère. « Les chiffres que reçoit la ministre de la Santé, ce sont les mêmes chiffres que le premier ministre reçoit. Ce sont aussi ces chiffres-là qui sont sur le site du Ministère. Nous avons tous les mêmes chiffres », a-t-elle ajouté.

Il faut rappeler que François Legault avait demandé de retirer la liste des CHSLD touchés au début du mois de mai puisque « les données n’étaient pas bonnes » et avait réclamé la production d’une nouvelle liste, plus précise, faisant état, par exemple, du nombre de cas de COVID-19 toujours actifs.

Encore des déplacements de zones chaudes à zones froides

La ministre responsable des Aînés a confirmé en commission parlementaire mercredi qu’il y avait encore des travailleurs de la santé « qui pass[ai]ent d’une place à une autre, d’une zone chaude à une zone froide » malgré que ce soit « proscrit » pour éviter « un[e] [rupture] de service ». « Oui, ça se passe encore, malheureusement […], en particulier dans la grande région de Montréal », a-t-elle indiqué. Marguerite Blais n’a pas nié que, pour les mêmes raisons, il y avait encore des employés qui se déplaçaient d’un établissement à l’autre. « Je ne peux pas vous dire que le personnel ne se promène pas d’un endroit à l’autre », a ajouté la ministre, en soutenant qu’environ 80 % des établissements peuvent compter sur des équipes se consacrant à la COVID-19. Enfin, la ministre Blais a révélé qu’un total de 4870 proches aidants avaient été admis dans les établissements depuis l’autorisation de leur retour et que 386 avaient été refusés.