Dès janvier, la Dre Anne Gatignol, professeure en microbiologie à l’Université McGill, sonnait l’alarme et recommandait des quarantaines à tout voyageur rentrant de la Chine. Que pense-t-elle du déconfinement qui approche à grands pas dans la région de Montréal ? Entrevue.

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

Croyez-vous que Montréal est prêt pour un déconfinement ?

Il faut bien en sortir à un moment donné, on n’a pas trop le choix, mais il faut y aller progressivement et prudemment. Comme l’a d’ailleurs rappelé François Legault, si ça repart, il faudra reconfiner. Et qui a envie de cela ?

Quels commerces faut-il rouvrir ?

Mieux vaut y aller largement pour que les gens ne se retrouvent pas tous au même endroit. Idem pour les parcs. Il faut tous les rendre accessibles. Sur le mont Royal, par exemple, le cimetière a été fermé, de sorte que tous les coureurs empruntent les mêmes trajets, ce qui n’est pas souhaitable.

Quelles précautions s’imposent à l’approche du déconfinement dans la région de Montréal ?

Dans les transports en commun, surtout dans le métro, il faut rendre le masque obligatoire. Le métro doit aussi être régulièrement désinfecté. Les gens qui peuvent faire du télétravail doivent continuer en ce sens. Ceux qui doivent absolument retourner au bureau ne doivent pas prendre l’ascenseur avec quelqu’un. Il faut s’armer de patience ou, mieux, emprunter les escaliers. Et on ne touche pas aux boutons d’ascenseur.

Au Québec, vous avez été parmi les premières à vous inquiéter fortement de ce virus et vous n'avez pas hésité à prendre la parole publiquement pour dire à quel point les plus hautes précautions s’imposaient. Quelques mois plus tard, êtes-vous toujours aussi inquiète ?

On a repris un certain contrôle de la situation, mais il faut continuer parce qu’il y aura assurément une deuxième vague qu’il faudra atténuer le plus possible. Il faut garder une attitude prudente, continuer en tout temps de garder deux mètres de distance avec les autres et porter le masque dans les transports en commun et dans les commerces. Si les autorités ne recommandaient pas le masque au début, c’est simplement parce qu’il n’y en avait pas assez. Et d’ailleurs, j’observe que quand je le porte, spontanément, les gens ont plus tendance à prendre leurs distances.

À quel point doit-on redouter toutes ces surfaces que l’on touchera inévitablement en retournant dans les magasins ?

En gros, il semble que le virus reste trois jours sur le plastique et sur le métal, tandis qu’il semble survivre 24 heures sur un tissu ou sur du carton. Mais quand on achète un vêtement ou des chaussures, on veut bien l’essayer avant. À la télévision française, j’ai vu qu’ils vaporisent les vêtements avant de les mettre en rayon. Quoi qu’il en soit, il revient à chaque secteur de s’adapter en fonction de sa réalité, et jusqu’à maintenant, je constate que les commerçants ne manquent pas d’imagination.

Et finalement, l’idée de garder les écoles fermées dans la région de Montréal, c’était la décision à prendre ?

Je le crois, oui. Montréal est quand même le point chaud de tout le Canada, pire qu’à Toronto et à Vancouver, et ça, c’est encore difficile à comprendre. Oui, pour la région de Montréal, c’est une bonne chose qu’on ait reporté le retour en classe.