(Québec) Les gouvernements Trudeau et Legault multiplient les mesures d’aide pour atténuer l’impact de la pandémie sur leurs citoyens. Allocations, subventions salariales, injections extraordinaires de fonds publics. À Québec comme à Ottawa, les goussets semblent sans fond.

DENIS LESSARD DENIS LESSARD
La Presse

Ottawa est en route pour un déficit de 252 milliards pour 2020-2021, soit 10 fois plus que l’année précédente, si l’on se fie au Directeur parlementaire du budget. Le ministre des Finances, Bill Morneau, n’avait pas déposé son budget au moment où la crise est apparue sur le tableau de bord du gouvernement. 

À Québec, la situation est différente : le budget du 10 mars ne voyait pas les nuages sombres tout proches. Il ne tenait pas compte de l’impact de la pandémie pourtant sur le point d’éclater. Il n’y avait pas davantage de réserves du côté des crédits budgétaires. Le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, annonçait sans hésiter une augmentation de 3,7 milliards, ou 4,4 %, des dépenses de programmes.

PHOTO SIMON CLARK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Christian Dubé, président du Conseil du trésor, portait un masque pendant la période de questions de mercredi dernier.

Même si le portrait des dépenses publiques a changé du tout au tout, le ministre Dubé ne voit pas de changement de cap à l’horizon. « On ne se dirige pas vers des mesures d’austérité », a-t-il martelé dans un entretien accordé à La Presse, au cours de la fin de semaine. Il rappelle que le déficit « de 15 à 20 milliards » qu’entrevoit son collègue Éric Girard, ministre des Finances, vient essentiellement d’une chute des revenus du gouvernement, et non d’une hémorragie côté dépenses. La vraie facture de la COVID-19, affectée au budget de la Santé, sera de 3 à 5 milliards, souligne-t-il.

Le premier ministre Legault a donné le ton la semaine dernière. Relancé sur les intentions de Québec par rapport au coûteux projet de « troisième lien », un tunnel sous le fleuve à Québec, il avait soutenu que le gouvernement allait de l’avant – un début de chantier avant la fin du mandat, à l’automne 2022. Jeudi, les ministres Eric Girard et Christian Dubé ont annoncé le devancement de travaux de construction déjà prévus au Plan québécois des infrastructures, soit 3 milliards de chantiers accélérés, en sus des 11 milliards anticipés pour 2020-2021, qui, comme immobilisations, seront empilés sur la dette.

Le coût de cette décision sur une année budgétaire est bien moins important : quelque 250 millions. Mais François Legault s’est aussi engagé, la semaine dernière, à ce que les engagements pris sur le mandat soient respectés. Il s’agit cette fois de dépenses de programmes qui affectent directement l’équilibre des dépenses. Le ministre Girard prévoit revenir à l’équilibre budgétaire d’ici trois à cinq ans.

Aux Finances, on prévoit une première mise à jour des chiffres du dernier budget vers la fin de juin. Mais, indique-t-on, il faudra attendre l’automne pour prendre la pleine mesure de la situation, tant du côté des finances et des recettes que du côté des crédits et des dépenses. Québec aura alors en poche les chiffres sur une demi-année budgétaire, un point de vue plus complet qu’actuellement.

Environnement, culture et tourisme : des ajustements

Injection de 1 milliard par année pendant six ans pour un Plan d’économie verte, 517 millions de plus en cinq ans pour la culture et davantage de fonds pour le tourisme : le plan d’action des crédits tient encore la route, assure le ministre Dubé.

Québec avait entrepris une nouvelle revue générale des programmes, une réévaluation de l’ensemble des mesures qui, à terme, devrait produire des économies annuelles de 800 millions – on n’atteindra pas cette cible tout de suite, mais toutes les pierres seront retournées. Avec le coup de frein aux échanges commerciaux, on peut penser que le réseau des représentations du Québec dans le monde n’aura pas beaucoup de promotion à faire, cite M. Dubé à titre d’exemple.

Les ministres de l’Environnement, de la Culture et du Tourisme devront toutefois retourner à la table de travail pour revoir le plan qu’ils avaient élaboré pour les prochains mois.

En environnement, le plan vert devra se concentrer sur l’électrification des transports. M. Dubé rappelle qu’une bonne partie des fonds devait provenir du défunt Fonds vert, dont les recettes dépendent notamment des droits sur l’essence, qui ont sûrement fondu depuis que l’économie est sur pause. La série d’annonces politiques qui devait s’étirer tout l’automne est en veilleuse. Quant au projet de consigne, rien ne bougera avant l’adoption d’un projet de loi, ce qui ne saurait survenir avant l’automne.

Même chose en culture. Les millions promis seront au rendez-vous, mais plus question de faire des chèques pour l’événementiel, les grands festivals. « L’argent devra servir à aider les artistes », insiste M. Dubé. Quant au tourisme, il est évident que les coûteuses campagnes de publicité pour faire mousser le Québec comme destination vacances n’auront pas d’édition 2020. Mais il faudra venir en aide au secteur hôtelier, exsangue depuis la mi-mars. La restauration ? C’est un tout autre enjeu, car ces entreprises sont dans le carré de sable de Pierre Fitzgibbon, responsable de l’Économie, fait comprendre le ministre Dubé.

Le télétravail est là pour rester

À quelque chose malheur est bon. Du tsunami de mauvaises nouvelles, une conséquence au moins est positive ; l’expérience du télétravail dans la fonction publique québécoise s’avère concluante. Environ 60 % des 70 000 fonctionnaires travaillent de chez eux, sans perte de productivité, assure le ministre Dubé. On atteint même 100 000 employés si on compte les employés administratifs des deux grands réseaux de la santé et de l’éducation.

Les premiers jours ont été chancelants, rappelle le ministre. Il a fallu assurer des niveaux nécessaires de bande passante pour les serveurs des ministères, puis les gens ont dû se familiariser avec les logiciels de réunion à distance.

C’est chose faite maintenant. Et le ministre Dubé se prend à rêver d’un scénario où le télétravail serait prolongé jusqu’à la fin de 2020. La formule de trois jours au bureau et deux autres en travail à distance lui paraît prometteuse. Matière à réflexion… post-pandémie.