Quand la COVID-19 a interrompu ses rendez-vous quotidiens avec son père, Jean-Paul, hébergé en CHSLD, Anne-Marie Maisonneuve a trouvé cela difficile, tout en comprenant les circonstances. Elle était tout de même impatiente de retrouver l’homme de 86 ans, atteint d’alzheimer. Depuis lundi, c’est de nouveau elle qui s’occupe de lui donner son souper tous les jours.

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

« J’étais fébrile, je n’avais jamais été deux mois sans voir mon papa », raconte la femme de 57 ans, ses yeux se remplissant de larmes.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux a assoupli ses mesures concernant les proches aidants, leur permettant de s’occuper des résidants en CHSLD, en ressources intermédiaires et de type familial (RI-RTF) et en résidences privées pour aînés (RPA) depuis le 11 mai, à certaines conditions et en suivant les règles de protection. Dans l’île de Montréal, ils sont plusieurs centaines à être allés prêter main-forte à une personne significative pour eux la semaine dernière.

L’intégration des proches aidants relève des CISSS et des CIUSSS. Au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, dont relève le CHSLD Marie-Rollet, où habite M. Maisonneuve depuis juin, on a mis sur pied une formation de deux heures dès l’annonce de la mesure. « Les proches aidants doivent s’inscrire à une formation, qui est obligatoire et nécessaire », explique Marie-Ève Caron, qui gère actuellement ce volet. « On explique comment ça va se passer, les règles, on fait signer un formulaire de consentement. »

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Marie-Ève Caron, du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal

On enseigne aussi aux proches comment enfiler et retirer l’équipement de protection personnelle – équipement qui est maintenant en quantité suffisante, précise le directeur des soins aux personnes âgées du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, Claude Riendeau.

Anne-Marie Maisonneuve a trouvé encombrant cet « accoutrement » – « c’est difficile de respirer, il y a de la buée dans les lunettes » –, mais juge que c’est un petit inconfort pour retrouver son père en chair et en os, après des semaines de communication à distance, et pour le protéger.

Des craintes malgré les mesures

Des proches de personnes hébergées en CHSLD ne comptant aucun cas de COVID-19 craignent quant à eux que le retour des aidants n’ouvre la porte à la contamination, malgré les mesures en place. Une trentaine de personnes ont manifesté jeudi pour dénoncer leur retour.

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Manifestation jeudi dernier devant le CHSLD Vigi L’Orchidée blanche, à Laval, pour réclamer l’interdiction des visites.

Pour l’instant, ils ne subissent pas de tests de dépistage automatiques avant de se rendre dans un centre de soins.

« On sait qu’il y a de la contamination communautaire, donc ça ne veut pas dire que [quelqu’un qui aurait un test négatif] ne serait pas positif deux jours plus tard », explique Martine Daigneault, directrice adjointe par intérim du programme de soutien à l’autonomie des personnes âgées au CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, où on offre aussi une formation aux proches aidants, d’environ 90 minutes.

Le risque zéro n’existe pas, dit-elle, tant pour les résidants que pour les proches aidants, qui doivent attester avoir compris les risques.

Au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal et au CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, les proches aidants sont rencontrés individuellement pour recevoir les différentes directives, sans formation de groupe. Au CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, la formation dure 60 minutes.

Dans les divers établissements, des plages horaires sont désignées pour les proches aidants, qui sont accompagnés sur place et ne peuvent pas s’occuper d’une autre personne hébergée.

Ils nourrissent leur proche, mais peuvent aussi veiller à son hygiène et à son bien-être général.

« Au-delà des bras, on est dans l’approche relationnelle », note M. Riendeau, qui indique que les proches aidants apportent aussi un soutien moral nécessaire.

Si Mme Maisonneuve n’a pas constaté de détérioration dans l’état de son père, elle atteste tout de même qu’il trouve le temps long, en l’absence d’activités et de visites. « J’ai vu l’émotion dans ses yeux quand il m’a vue, témoigne-t-elle. Il a dit : “Ça fait longtemps.” »