Le Café Bellerose de Laval, dont au moins une trentaine de clients, employés et patrons ont reçu des constats de 1546 $ pour ne pas avoir respecté les consignes sanitaires de lutte à la COVID-19, est fermé depuis jeudi, et ce jusqu’à nouvel ordre.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

La Régie des alcools, des courses et des jeux a convoqué d’urgence le titulaire des permis de l’établissement pour « danger pour la vie et la santé des personnes », un motif rarement évoqué.

L’audience, qui s’est faite au téléphone, a eu lieu jeudi.

La semaine dernière, La Presse rapportait qu’au moins une trentaine de clients du Bellerose - dont certains liés au crime organisé -, des employés et des responsables du café, ont reçu des amendes de 1546 $ ou ont fait l’objet de rapports d’infraction généraux pour avoir continué d’opérer l’établissement malgré les consignes sanitaires, et pour ne pas avoir, entre autres respecté, la distanciation de deux mètres.

Plus de 22 plaintes

Depuis le 23 mars, les salles à manger des restaurants sont fermées. Seules les commandes pour emporter, la livraison et les commandes à l’auto sont permises.

Dans l’avis de convocation du titulaire du Bellerose, la Régie des alcools écrit qu’à compter de cette date, les préposés du 911 ont reçu 22 plaintes provenant de 14 citoyens différents qui ont dénoncé la présence de clients à l’intérieur - parfois jusqu’à une vingtaine, dont certains qui fumaient - et d’autres rassemblés à l’extérieur du café de la rue Bellerose.

Le 31 mars, des policiers de Laval se sont présentés sur les lieux une première fois et « ont constaté la présence d’un client, assis au bar face à la serveuse, qui consommait un verre d’alcool en fumant une cigarette. Il n’y avait aucun cuisinier sur place, aucune nourriture en vue ni aucun four allumé », peut-on lire dans l’avis. Un premier rapport d’infraction général a alors été émis par les policiers contre le propriétaire.

Les plaintes se sont poursuivies et les policiers y sont retournés les 16 et 28 avril. « Lors de l’avertissement des policiers, deux d’entre eux - des clients - se sont mis à crier et à hurler. Un constat d’infraction leur a été remis », est-il écrit dans l’avis.

Après cet incident, les patrouilleurs de l’Escouade Équinoxe, spécialisée dans la surveillance des établissements licenciés et la collecte de renseignements sur les individus liés au crime organisé, ont observé et photographié les allées et venues des clients et employés du Café Bellerose durant deux jours, les 29 et 30 avril, et ensuite distribué la quarantaine de constats d’infraction dont il est question au début de cet article.

« Les clients interpellés ou observés sur les lieux au cours des interventions policières ci-avant mentionnées sont souvent criminalisés, quelques-uns ayant des antécédents criminels en matière de gangstérisme, et plusieurs des antécédents criminels notamment en matière d’arme, de violence, de bookmaking, de stupéfiants, et autres », peut-on lire dans l’avis de convocation.

Circonstances exceptionnelles

En vertu d’une entente entre le contentieux de la Régie des alcools et le propriétaire de l’établissement, Stefano Broccoli, le Café Bellerose demeurera fermé, et ses permis d’alcool, de restaurant et d’exploitation d’appareils de loterie vidéo, seront suspendus tant que des assouplissements n’auront pas été apportés aux décrets gouvernementaux visant à limiter la propagation du coronavirus.

Une fois que des assouplissements - touchant les établissements tel le Café Bellerose - auront été apportés aux décrets, le propriétaire sera de nouveau convoqué d’urgence devant la régie, et le dossier sera entendu sur le fond.

« Les circonstances qui nous amènent dans cette convocation d’urgence sont inédites et exceptionnelles, tant le contentieux que le titulaire sont dans l’inconnu et dans le flou », a déclaré jeudi matin MIsabelle Poitras, du contentieux de la Régie.

« On a prévu que si jamais, après un délai de trois mois, il n’y avait pas d’assouplissements au décret, on ressaisirait la régie du dossier très rapidement », a ajouté l’avocat du Café Bellerose, MMaxime Chevalier.

Le propriétaire du Bellerose, Stefano Broccoli, a témoigné et dit qu’il comprenait bien les interdictions imposées par la Régie et qu’il allait les respecter.

Seul lui, sa femme et gérante, Alina Main, les deux autres actionnaires du café, Johnny et Christopher Mennillo, le propriétaire immobilier, Carlo Sciaraffa et les ouvriers de ce dernier, ont le droit d’entrer dans le café durant la période de suspension des permis.

Même si une entente intervient après une convocation d’urgence, la régie peut ensuite décider de suspendre de nouveau les permis, les révoquer, ou ne pas intervenir.

Le Café Bellerose est connu par la police comme étant un endroit fréquenté par des membres de la mafia montréalaise depuis des années.

En entrevue avec La Presse la semaine dernière, Mme Main a toutefois nié tout lien avec la mafia et dit qu’elle ne connait pas tous ses clients et que la plupart sont des travailleurs.

Elle s’est entre autres défendue en disant que si Tim Hortons avait le droit de vendre du café, elle aussi pouvait le faire. Elle a également affirmé qu’elle n’avait pas l’intention de cesser de servir ses clients.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le (514) 285-7000, poste 4918, ou écrivez à drenaud@lapresse.ca.