(Ottawa) Justin Trudeau a défendu fermement jeudi sa décision d’accélérer le versement de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) au début de la pandémie, quitte à verser 2000 $ par mois à « 1 ou 2 % de fraudeurs ». Ceux-ci finiront d’ailleurs par en subir les conséquences, a assuré le premier ministre.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

« On a mis en place des mesures pour contrer la fraude et on va s’assurer que ça se fait dans les mois à venir, mais la priorité, c’était d’aider les Canadiens qui en avaient besoin et c’est exactement ce qu’on a fait », a insisté le premier ministre, qui s’est retrouvé sur la sellette lors de son point de presse à Ottawa.

Le quotidien National Post révélait jeudi que les fonctionnaires d’Emploi et Développement social Canada ont reçu la directive d’autoriser le versement de la PCU, même pour ceux qui ont démissionné ou qui ont été congédiés. De plus, les employés ne doivent pas mener d’enquête sur les cas frauduleux apparents, toujours selon le quotidien. La PCU doit en principe aider uniquement les Canadiens qui ont perdu leur emploi en raison de la pandémie.

Pressé sur cette question, Justin Trudeau a martelé avoir eu raison de verser des milliards de dollars aux citoyens le plus « rapidement » possible. « Si on avait instauré un système qui exigeait une vérification complète du dossier de chaque personne, il y aurait des millions de personnes qui attendraient de recevoir la Prestation canadienne d'urgence », a fait valoir le premier ministre.

Selon Justin Trudeau, parmi les quelque sept millions de citoyens qui ont déposé une demande d'aide, « 99 % » en avaient « réellement besoin ». « Ce n'est pas à cause du 1 % de fraudeurs qu’on va ralentir ou empêcher des millions de Canadiens de recevoir de l’aide dont ils ont si besoin. On a mis en place des mesures pour contrer la fraude et on va s’assurer que ça se fasse dans les mois à venir », a insisté le premier ministre.

Justin Trudeau dit « regarder » la possibilité de modifier la PCU pour encourager les gens à travailler. « Trouver comment on va modifier ou terminer certains programmes en étendant d’autres. C’est toutes les questions qu’on est en train de regarder. Pour l’instant on est encore dans la mode urgence. […] Au fur et à mesure qu’on s’approche des prochaines étapes, on va effectivement modifier les programmes. Mais de quelle façon, ça reste à voir », a-t-il indiqué.

Le premier ministre a également laissé entendre que son annonce de vendredi portera sur la prolongation de la Subvention salariale canadienne d’urgence. Le premier ministre avait annoncé la semaine dernière que ce programme serait prolongé au-delà du mois de juin, sans préciser jusqu’à quand. « On va avoir plus à dire demain, je crois, sur cet enjeu », a-t-il indiqué.

Réouverture des parcs nationaux le 1er juin

Après Québec mercredi, c’est au tour d’Ottawa d’annoncer la réouverture prochaine des parcs nationaux, au grand plaisir des amateurs de plein air. Certains parcs devraient ainsi rouvrir dès le 1er juin pour permettre aux Canadiens de prendre une bouffée d’air frais après deux mois de confinement. Le camping ne sera toutefois pas permis à ce moment-là.

« Vous allez pouvoir profiter des sentiers et des espaces verts en respectant les consignes de distanciation physique. Mais on doit rester prudents. Et on doit être prêt à s’adapter aux nouvelles circonstances », a toutefois prévenu Justin Trudeau. Des annonces plus précises seront effectuées dans les « semaines à venir ».

Le premier ministre n’a pas précisé si les parcs nationaux au Québec pourront rouvrir dès le 1er juin. On compte trois parcs gérés par le fédéral au Québec, soit le parc Forillon en Gaspésie, le parc national de la Mauricie et la Réserve de parc national de l’Archipel-de-Mingan.

Questionné sur la réouverture des parcs fédéraux au Québec, le premier ministre a précisé que la décision d'Ottawa sera « jumelée » et « alignée » à la réouverture des parcs provinciaux.

Les parcs fédéraux proches des communautés autochtones ou dans le Grand Nord ne risquent toutefois pas d'ouvrir le 1er juin, selon M. Trudeau, alors que ceux qui sont dans des régions « plus accessibles et moins problématiques » devraient l'être.

Le ministre de l’Environnement, Jonathan Wilkinson, a évoqué pour sa part une réouverture « très graduelle » des parcs nationaux. Il a également insisté pour encourager les gens à visiter uniquement les parcs près de leur résidence. « Nous n’encourageons pas les voyages à l’extérieur d’une région », a indiqué le ministre en conférence de presse.

Si les sentiers rouvrent dès le début du mois, les installations de camping vont demeurer fermées au moins jusqu’au 21 juin prochain. Parcs Canada prendra une décision à cet effet dans les prochains mois.

Mercredi, le gouvernement québécois a annoncé la réouverture « partielle » et « progressive » des parcs nationaux de la SEPAQ d’ici la fin du mois. Au cours de cette première phase, certains sentiers de randonnée et de vélo seront accessibles au public. Les bâtiments seront toutefois fermés.

470 millions pour les pêcheurs

Après les étudiants, les entreprises et les agriculteurs, Ottawa vient en aide aux pêcheurs canadiens. Le gouvernement Trudeau lance un programme d’aide de 470 millions pour prêter main-forte aux pêcheurs qui risquent d’encaisser de fortes baisses de revenus en raison de la pandémie.

« Plusieurs industries traversent des moments difficiles, et celle de la pêche n’y échappe pas. Non seulement les gens doivent ralentir ou même arrêter leurs activités pour protéger leurs travailleurs, mais le prix et la demande des produits de la mer ont également chuté », a expliqué Justin Trudeau.

La Prestation aux pêcheurs couvrira jusqu’à 75 % des pertes des pêcheurs jusqu’à concurrence d’environ 10 000 $. Pour être admissible, un pêcheur doit s’attendre à une baisse de revenus de 25 % cette saison.

Ottawa offrira également jusqu’à 10 000 $ en subventions non remboursables pour les pêcheurs qui ont leur propre entreprise.

Les règles de l’assurance-emploi seront aussi modifiées pour que les pêcheurs puissent demander des prestations en fonction des revenus obtenus dans les années précédentes.