(Ottawa) Le gouvernement fédéral corrige le tir après avoir autorisé la vente de produits désinfectants et d’entretien étiquetés in English only en pleine crise sanitaire.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Dans une directive discrètement émise au courant de la fin de semaine, le ministère de la Santé du Canada somme les importateurs de se conformer d’ici le 8 juin prochain à des règles revues et corrigées pour assurer une diffusion de l’information dans les deux langues officielles du pays.

Ainsi, s’ils veulent importer des désinfectants et produits et d’entretien ménager ou de nettoyage, les importateurs seront tenus de fournir aux vendeurs le moyen d’informer les consommateurs, au moment de la vente, du site web où le texte bilingue de l’étiquette est libellé, est-il écrit sur un site gouvernemental.

« Cela pourrait se faire au moyen d’un autocollant apposé directement sur les produits, d’affiches ou de panneaux contenant des dépliants à emporter au point de vente ou d’utilisation », peut-on lire sur le même site internet.

Le gouvernement fédéral avait fait sourciller en accordant coup sur coup deux exemption réglementaires sur l’étiquetage obligatoire bilingue, une première pour les contenants de produits désinfectants et antiseptiques, puis une autre pour les produits d’entretien.

Chez Santé Canada, on avait plaidé que cet accroc linguistique « provisoire » serait « appliqué uniquement pendant la pandémie », en le justifiant par la « demande sans précédent et le besoin urgent » de ces biens dans le contexte de la crise de la COVID-19.

Selon la nouvelle directive d’Ottawa, tout nouvel importateur de ce type de produits qui bénéficie de cette politique provisoire doit remplir « immédiatement » la nouvelle exigence ; quant aux importateurs qui ont déjà soumis un formulaire, ils doivent y satisfaire au plus tard le 8 juin 2020.

A priori, le premier ministre Justin Trudeau avait cautionné l’exemption, même si celle-ci n’était « pas idéale ». Mais « dans une situation extrême », il faut équilibrer « différentes vulnérabilités » et « permettre un étiquetage unilingue » dans « certaines situations », plaidait-il le 28 avril dernier.

Il s’est toutefois rajusté en conférence de presse, samedi dernier.

« On sait que l’étiquetage dans les deux langues officielles, ce n’est pas juste une question de respect de la dualité linguistique essentielle au Canada, mais c’est une question de sécurité pour les utilisateurs, pour les consommateurs, pour les clients. Nous nous devons d’assurer que les gens ont accès aux produits et sachent comment bien les utiliser », a-t-il argué à Rideau Cottage.

Des experts y avaient vu une autre preuve d’un glissement linguistique. « Depuis l’éclosion de la COVID-19, il y a eu un relâchement des obligations linguistiques de la part d’institutions publiques et de gouvernements dans diverses juridictions au Canada », ont alerté les professeurs Stéphanie Chouinard et Martin Normand dans la Revue canadienne de science politique.

Or, il est « injustifié de la part des gouvernements de suspendre ou de brimer de tels services dans une situation d’urgence, pour des raisons de sécurité et de santé publique », ont fait valoir dans ce texte publié le 29 avril dernier les deux politologues, ardents défenseurs de l’accès aux services dans les deux langues officielles au Canada.