Alors qu’écoles et garderies rouvrent dans une grande partie du Québec, une première éclosion en service de garde rapportée la semaine dernière illustre la crainte de bien des parents, et le branle-bas de combat qu’une telle situation peut entraîner.

AUDREY RUEL-MANSEAU AUDREY RUEL-MANSEAU
La Presse

Charlie, 7 ans, fréquentait le service de garde d’urgence de l’école La Mennais, à Mascouche. Celui qui a été fermé la semaine dernière en raison d’une éclosion de COVID-19. Contrairement à ce qu’affirmait la Santé publique de Lanaudière, mercredi dernier, les enfants n’avaient pas tous été testés. Charlie vient de l’être. Son résultat obtenu dimanche est positif.

Il s’agit du 13e résultat positif sur 55 enfants testés. Même ceux dont le résultat est négatif doivent rester à la maison pour 14 jours avec leurs parents, tous des travailleurs essentiels. Cette situation, jusqu’alors sans précédent, a forcé le CIUSSS à adopter une entente d’urgence avec le syndicat des infirmiers et infirmières de Lanaudière.

Le 1er mai, Cindy Hamel-Boivin a reçu une lettre de la Direction de santé publique de Lanaudière concernant le service de garde que fréquente sa fille Nelly depuis le début de la pandémie. La missive l’informait que « des personnes du service de l’école » La Mennais avaient reçu un diagnostic confirmé de COVID-19 et qu’un dépistage « de tous les enfants et du personnel » était recommandé. Deux jours plus tard, sa fille passait le test de dépistage, qui allait s’avérer négatif.

« Quand j’ai reçu le courriel, je l’ai envoyé à mes amies dont les enfants fréquentent aussi le service de garde, mais elles ne l’avaient pas reçu », témoigne Cindy Hamel-Boivin.

Annie Baillargeon est l’une d’elles. Sa fille Charlie fréquentait le service de garde selon un horaire variable, puisqu’elle est infirmière.

« On n’a jamais communiqué avec moi. Le lundi matin, le 4 mai, quand on est allés conduire ma fille, j’ai demandé pourquoi elle n’avait pas eu de prélèvement et on m’a dit qu’elle n’avait pas été en contact avec quelqu’un de positif le 23 avril », raconte Mme Baillargeon.

Isolement

Le service de garde a fermé le lundi soir, avec la consigne d’isolement obligatoire de 14 jours pour tous ceux qui le fréquentaient, infectés ou pas. Le surlendemain, mercredi, le CISSS de Lanaudière confirmait en conférence de presse qu’une éclosion de cas de COVID-19 au service de garde de l’école La Mennais, à Mascouche, avait entraîné sa fermeture et que tous les enfants avaient été testés. Une information démentie par des parents qui ont reçu l’appel de la Santé publique une semaine plus tard.

La fille d’Annie Baillargeon a reçu son résultat positif dimanche dernier, soit 10 jours après la déclaration du premier cas. La période d’isolement de la famille s’allonge donc d’une semaine supplémentaire.

Ma fille est positive, mais honnêtement, elle va super bien. Cet hiver, elle a eu une influenza et elle faisait vraiment pitié. Comparativement à ça, je te le dis, elle va très bien.

Annie Baillargeon, maman de Charlie, 7 ans, atteinte de la COVID-19

Une autre mère, qui a préféré garder l’anonymat pour ne pas dévoiler l’identité de ses enfants, n’a pas reçu d’appel de la Santé publique avant jeudi dernier. Ses enfants de 9 et 10 ans fréquentaient le service de garde depuis la semaine 3 de la pandémie.

« Ils n’avaient pas testé tout le monde, non. J’ai eu l’appel pour me dire qu’ils voulaient finalement tester tous les enfants. Mes enfants n’étaient peut-être pas là le 23, mais ils étaient là le 21 et le 24 avril », raconte-t-elle. Les deux ont eu un résultat négatif.

« Je ne me demandais pas si c’était pour arriver, je me demandais quand c’était pour arriver, dit la mère, peu inquiète. Les enfants sont presque tous asymptomatiques. Tous ceux qui ont testé positifs sont top shape, semble-t-il. »

L’enquête s’élargit

Le premier cas positif du service de garde a été déclaré le 30 avril. La Santé publique explique avoir d’abord contacté les parents des enfants qui étaient présents au service de garde le 23 avril, date à laquelle le cas contagieux se trouvait sur les lieux.

« À ce moment, 27 enfants fréquentaient la garderie et ont été dépistés, et de ce nombre, 12 étaient positifs, tel que communiqué [mercredi dernier]. Nous avons par la suite recherché les enfants qui avaient fréquenté la garderie jusqu’à 14 jours avant le 23 avril [9 avril]. L’objectif était d’identifier si l’un ou plusieurs d’entre eux avaient pu être infectés et transmettre le virus aux enfants qui avaient fréquenté la garderie jusqu’au 4 mai », a expliqué Hélène Gaboury, agente d’information du Centre intégré de santé et de services sociaux de Lanaudière, lundi.

Vingt-huit autres enfants ont subi un test ; un seul cas supplémentaire s’est ajouté pour un total de 13 cas sur 55 personnes. Charlie, la fille d’Annie Baillargeon, est visiblement ce cas. Mme Baillargeon n’a aucun reproche à faire au milieu de garde.

J’ai l’impression que si on testait n’importe quel service de garde, il y aurait des cas positifs. C’est certain qu’on n’est pas le seul.

Annie Baillargeon

« Pour moi, c’était un excellent centre de garde. Il fallait se laver les mains 12 fois pour entrer là, image-t-elle. Je ne pense pas que ce soit eux qui ont eu de la négligence. Vraiment pas. Ma fille me disait : “Je n’ai jamais lavé mes mains aussi souvent, on mange séparément, on est séparés dans la cour, dans le gymnase…” C’est là, c’est partout. Je n’en veux à personne. »

Parents indispensables

La fermeture instantanée du service de garde d’urgence a entraîné un autre souci : tous les parents des enfants qui le fréquentaient travaillent dans les services essentiels. Parmi eux, des infirmières qui se sont retrouvées avec un problème de rémunération, réglé lundi.

« En suivi des derniers échanges que nous avons eus avec les syndicats locaux sur le sujet, le CISSS a confirmé que les employés qui doivent rester au domicile en raison de l’isolement de leur enfant ne subiront pas de perte de salaire », a confirmé à La Presse Mme Gaboury, lundi soir.

Dimanche soir, La Presse s’était entretenue avec le président du syndicat interprofessionnel de Lanaudière–FIQ, Stéphane Cormier, qui déplorait que les infirmières forcées de rester à la maison avec leur enfant dont le résultat était négatif aient dû prendre un congé sans solde, puiser dans leur banque de congés de maladie ou de vacances.

« Ils ont fait le bon choix, a estimé M. Cormier, lundi soir. Ils vont finalement payer tout le monde, ils vont y aller avec l’alignement de la Santé publique, qui veut que les parents agissent comme si tous les enfants étaient positifs et restent à la maison. Alors elles vont être payées en “absence COVID” et elles seront payées rétroactivement pour la semaine dernière. » Il estime qu’avec la réouverture des écoles, cette décision vient de créer un précédent.

D’ici à la fin de la période d’isolement des enfants qui fréquentaient le service de garde de l’école La Mennais, la Santé publique dit assurer un suivi téléphonique auprès des parents des enfants qui ont obtenu un résultat négatif pour vérifier s’ils ne développent pas des symptômes. Des tests de dépistage supplémentaires seront faits, si nécessaire, selon les informations obtenues lors de ces appels de suivi.