Quoi de mieux qu’un bon vieux débat constitutionnel pour sentir qu’on revient à la normale ?

Yves Boisvert Yves Boisvert
La Presse

Après des observateurs et des scientifiques, c’est Justin Trudeau qui a émis des inquiétudes sur la stratégie de déconfinement du Québec, et plus particulièrement de Montréal. Yves-François Blanchet lui a répondu poliment dimanche de se mêler de ses affaires.

Une ingérence et une forme d’arrogance, un facteur de confusion, a dit le chef du Bloc.

Vraiment ?

La santé est une compétence provinciale au Canada et le gouvernement fédéral ne peut pas dicter la conduite du gouvernement du Québec. Mais pour ça, le premier ministre, député d’une circonscription montréalaise, ne pourrait pas même exprimer une inquiétude ?

L’arrogance en ce moment serait de penser en vase clos et de s’énerver chaque fois que quelqu’un lance un avertissement. Si nos décisions sont bien fondées, ça s’explique.

Les chiffres sont un peu achalants.

Quelles qu’en soient les raisons, c’est un fait : le Québec est dans la pire situation épidémique au Canada, avec plus de la moitié des morts.

Ça suggère un peu d’humilité stratégique…

L’avertissement le plus sévère, il n’est pas venu d’Ottawa. Il est venu vendredi de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Les chercheurs ont publié une série de modèles prédictifs.

Conclusion ?

Pour les régions, le déconfinement pose peu de risques. Ça tombe bien, il commence aujourd’hui.

Pour Montréal, c’est une tout autre histoire. La courbe n’est pas vraiment aplatie, et en fait, les données manquent.

Avec ce qu’on sait, même en n’ouvrant pas les commerces et les écoles, une légère hausse des contacts pourrait mener à une augmentation importante des hospitalisations : 100 morts par jour à la fin du mois d’août – en dehors des CHSLD. C’est le scénario pessimiste, mais il est possible néanmoins. Le scénario optimiste montre une baisse graduelle pendant l’été.

Si on déconfine selon le plan prévu, donc très graduellement, l’INSPQ prédit pour Montréal une augmentation rapide des hospitalisations et des décès.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

« Quelles qu’en soient les raisons, c’est un fait : le Québec est dans la pire situation épidémique au Canada, avec plus de la moitié des morts », écrit Yves Boisvert.

Au moment où il manque encore 10 000 personnes et où des éclosions apparaissent ici et là, peut-on vraiment courir ce risque ?

Ce n’est pas de l’ingérence de manifester son inquiétude devant cet état des choses.

C’en serait si le fédéral tentait de donner des ordres ou de poser des conditions à certains programmes. Je n’ai pas entendu ça…

***

Le déconfinement de Montréal est repoussé au 25 mai. Ça donne deux semaines pour voir aller les choses. Pour tester en masse.

Ça se fera « si et seulement si » l’épidémie est maîtrisée et la capacité des hôpitaux est intacte, a dit François Legault.

Ça ne semble pas le cas et c’est objectivement inquiétant en ce moment. On n’est pas capables de reprendre le rythme des opérations « normales », loin de là.

Je dis « semble », parce que justement, l’état de la situation est loin d’être clairement établi. Tous les scénarios de l’INSPQ ne sont pour l’instant que ça : des hypothèses basées sur les données actuelles. Et justement, on n’a pas assez de données. On ne diffuse pas suffisamment celles qu’on a.

Hier, l’économiste Marcel Boyer publiait un texte sur la mortalité due à la COVID-19 par tranche d’âge. Il a comparé le taux de décès « en temps normal » à celui attribué à la COVID-19. Sauf les 80 ans et plus, tous les groupes d’âge meurent « moins » en proportion de ce coronavirus. Une façon de dire qu’à part le problème des CHSLD, on ne court pas un si grand risque, même chez les 70-79 ans. Peut-être un déconfinement graduel est déjà la bonne chose à faire, somme toute.

Mais sa démonstration servait surtout à plaider pour une plus grande diffusion et une meilleure présentation des données par le gouvernement. Un « 8 % de morts » dans une catégorie d’âge ne veut rien dire sans contexte. Comment évaluer le risque et la « balance des inconvénients » si on n’a pas de données fiables ? Comment rassurer les gens sur les prises de décisions ?

C’est la deuxième fois que l’INSPQ publie une étude qui va dans le sens contraire du message du gouvernement sur le sujet de la réouverture, quelques heures à peine après la conférence de presse rituelle. Ça fait désordre. Sûrement que le cabinet du premier ministre dispose des mêmes données et a accès aux mêmes calculs.

On a peut-être raison d’ouvrir les écoles avant tout le monde. Il y a des motifs valables de le faire. On ne devrait pas s’offusquer de devoir en faire la démonstration, la pédagogie.

Martin Pelchat

Au début des années 1990, l’éditeur Jacques Lanctôt cherchait du talent et avait demandé à Pierre Foglia qui avait la meilleure plume dans la jeune génération à La Presse. Il avait tout de suite pointé Martin Pelchat.

Quel que soit le sujet, la finesse, la sensibilité et le sens mordant de l’ironie perçaient dans ses textes. Ce n’est pas pour rien qu’il a pu se promener d’une salle de rédaction à l’autre, du Journal de Québec au Devoir au Soleil, sans oublier le bref « Matin ».

Il a cessé de signer des textes, mais il a mis la même intelligence à lire ceux des autres jusque très tard, à les commenter, à les récrire. À donner des idées. À organiser celles des autres.

Les lecteurs ne soupçonnent pas tout le travail de coulisse dans la production d’un journal. Combien de soirs j’attendais son commentaire : y a ça qui n’est pas clair, es-tu certain de ceci…

Derrière beaucoup de ce qu’il y a eu d’excellent dans La Presse, derrière plein de gaffes évitées aussi, il y avait Martin Pelchat qui nous améliorait, qui veillait sur nous de ses yeux noirs, mélancoliques et sarcastiques.

Il est mort samedi entouré des siens.

C’est un adieu qui fait mal.