L’utilisation de blocs opératoires des cliniques de chirurgie privées est actuellement envisagée pour aider à la reprise des opérations non urgentes, a appris La Presse. Ce scénario est à l’étude alors que le gouvernement Legault devra bientôt annoncer si, et comment, il entend prolonger son entente avec les cliniques DIX30, Rockland et Opmédic, où des établissements de la santé de la grande région de Montréal ont transféré des dizaines de milliers d’interventions depuis 2016.

Ariane Krol Ariane Krol
La Presse

Les trois cliniques privées avec lesquelles Québec fait affaire depuis 2016 pour désengorger les listes d’attente (Chirurgie DIX30, le Centre de chirurgie Rockland et le Groupe Opmédic) sont actuellement considérées. Mais les blocs opératoires de cliniques à vocation purement privée, dont la clientèle acquitte la totalité de la facture, sont aussi envisagés.

« Nous avons approché les cliniques privées et les cliniques médicales conventionnées pour mesurer leur contribution à une relance des interventions chirurgicales », a confirmé la présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), Diane Francoeur, par écrit dimanche.

La FMSQ s’inquiète de l’augmentation du nombre d’interventions reportées à cause de la pandémie qui, selon ses estimations, frise les 50 000 depuis la mi-mars. « Nous devons tenter l’impossible pour lancer un plan de reprise des interventions », dit la Dre Francoeur.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

La Dre Diane Francoeur, présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec

Chez Chirurgie DIX30, où des patients de la Montérégie recevaient annuellement plus de 10 000 interventions couvertes par le régime public avant la fermeture des salles, à la mi-mars, on se prépare aux différentes mesures (tests, asepsie, distanciation, séparation des civières, etc.) qui seront nécessaires pour reprendre les activités sans donner prise au virus. Mais la clinique est consciente que le contexte a changé. « Le besoin du réseau, c’est de la chirurgie un peu plus lourde », résume son directeur général, Normand Laberge.

Un hôpital à l’extérieur de l’hôpital ?

Dans plusieurs hôpitaux, les chirurgiens orthopédiques n’ont pas de date à donner à leurs patients en attente d’une opération à la hanche, au genou ou à l’épaule, puisque la priorité doit être donnée aux malades ayant besoin d’être opérés pour un cancer ou un problème cardiaque. Et même les opérations du cancer pourraient être difficiles à reprendre à un volume suffisant dans certains hôpitaux du Grand Montréal.

Ces opérations plus lourdes, qui nécessitent parfois quelques jours d’hospitalisation, ne sont cependant pas permises dans l’entente avec les cliniques Rockland, Opmédic et DIX30. Mais cette entente, qui avait initialement été conçue comme un projet-pilote de trois ans par le gouvernement Couillard et qui a été prolongé d’un an par la ministre de la Santé, Danielle McCann, arrive à échéance.

Chirurgie DIX30 a donc suggéré à Québec d’en faire davantage en créant « un hôpital à l’extérieur de l’hôpital ». La clinique propose de prendre en charge une partie des activités pré-opératoires et d’héberger des patients dans un hôtel voisin. En contrepartie, elle accepterait d’intégrer ses activités à celles des hôpitaux qui envoient leurs médecins spécialistes opérer chez elle.

Il ne faut plus penser DIX30 et l’hôpital Charles-Le Moyne ou Pierre-Boucher comme séparés, l’un privé et l’autre public. C’est tous ensemble pour répondre à une même clientèle.

Normand Laberge

Au bureau de la ministre de la Santé, on confirme que « toutes sortes de scénarios sont sur la table et sont en train d’être analysés ». « Il n’y a encore rien qui a été présenté à la ministre », précise son porte-parole, Alexandre Lahaie.

L’entente avec les cliniques DIX30, Rockland et Opmédic arrive à échéance dans moins d’une semaine, soit le 16 mai. L’an dernier, la ministre de la Santé avait annoncé son renouvellement le 10 mai. « Ça va faire partie de tout ce qui est en train d’être analysé », a indiqué M. Lahaie dimanche.

« Une proposition est en élaboration qui, de prime abord, semble être bien accueillie par le ministère de la Santé et des Services sociaux », a indiqué pour sa part la présidente de la FMSQ.

« L’urgence est d’éviter que les patients en attente d’une intervention chirurgicale ne deviennent les dommages collatéraux de la COVID-19 », souligne la Dre Francoeur.

Prix à négocier

Le prix des opérations effectuées dans les trois cliniques ayant participé au projet-pilote sont bien connus du gouvernement, puisque celles-ci étaient obligées de divulguer leurs coûts et que leur marge de profit était encadrée par l’entente.

Par contre, de nombreuses autres opérations, pour lesquelles Québec n’a jamais envoyé de patients en milieu privé, n’ont pas fait l’objet d’une telle évaluation.

C’est notamment le cas des prothèses du genou et de la hanche, que Clinique orthopédique Duval réalise depuis une vingtaine d’années pour des patients disposés à payer cette intervention de leur poche.

La clinique de Laval, qui effectue 400 opérations par an, dont 300 prothèses, et compte plusieurs chambres, a été pressentie par la FMSQ.

« Si on juge qu’on a besoin de nous et que ce qu’on nous demande est réaliste, je ne crois pas que le coût va être un problème », assure le copropriétaire de la clinique, le Dr Nicolas Duval. « Une location de locaux et un peu de personnel, ça ne coûte pas très cher. »