(Montréal) La condition physique des aînés confinés en raison de la pandémie de coronavirus risque de se détériorer au point où ils ne seront plus en mesure de profiter de leur « liberté » quand elle leur sera finalement rendue, craint une experte de l’Université du Québec à Montréal.

Jean-Benoit Legault
La Presse canadienne

« En ce moment, en ne mobilisant pas nos aînés, on est en train de détériorer, de déconditionner ces gens-là qui ont déjà des réserves plus fragiles que nous, a dit Mylène Aubertin-Leheudre, qui dirige le Laboratoire du muscle et de sa fonction de l’UQAM.

« Pour les aînés, [la sédentarité] a un impact immense. Sept jours d’hôpital, c’est 15 % de force en moins, seulement parce qu’ils sont allongés, alors imaginez six semaines ! »

Mme Aubertin-Leheudre et ses collègues craignent que la sédentarité entraînée par le confinement ne soit à l’origine de déclins physiques et mentaux importants chez les aînés.

La côte pourrait être extrêmement difficile, voire impossible, à remonter pour certains une fois le confinement terminé, redoute-t-elle.

« C’est bien beau d’essayer de prévenir la propagation de la COVID-19 dans certaines résidences ou dans certains CHSLD, ou encore de le traiter dans les hôpitaux, mais il ne faut pas oublier que la mission seconde est de rendre les gens en santé à la sortie aussi », a-t-elle dit.

Programme d’exercices

La seule solution est mettre en place des stratégies qui permettront aux aînés de s’activer physiquement, tout en respectant les consignes de distanciation sociale.

Les équipes de soignants ou les aînés autonomes qui se trouvent encore à domicile doivent trouver « des moyens pour arriver à se garder en forme et à se garder mobilisés au niveau musculaire », a expliqué Mme Aubertin-Leheudre.

« Pas juste au niveau de la petite marche qui va garder la forme au niveau du cœur et de la santé globale, mais aussi au niveau de leurs muscles et de leur force », a-t-elle expliqué.

La chercheuse et son équipe ont développé des exercices qui peuvent être proposés aux aînés par écrit, sous forme de capsules vidéo ou en direct sur Zoom dans le cadre de séances virtuelles.

Il s’agit d’exercices aussi simples que se lever d’une chaise, marcher, faire le tour du lit et de la chaise, ou encore travailler avec un petit peu d’équilibre. Les exercices ont été conçus pour pouvoir être effectués à la maison, ou même dans une chambre d’hôpital ou de résidence.

« Il ne faut pas faire tout et n’importe quoi, a-t-elle dit. Quand on est âgé, on a plusieurs problématiques chroniques, on peut avoir des difficultés différentes, mais les exercices sont faits pour ça. »

Le programme est actuellement déployé dans un CHSLD du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal par l’équipe de Mme Aubertin-Leheudre. Elle assure que cela ne demande qu’un minimum de temps à un personnel qui, on le sait, en a déjà plein les bras.

« Il faut que ce soit proposé, a-t-elle expliqué. Il faut qu’ils [les aînés] le voient, qu’ils aient un papier ou une vidéo, mais actuellement on ne leur propose rien.

« Je ne dis pas que ça va marcher pour tout le monde. Mais si [on] arrive à mobiliser peut-être 50 % des gens versus personne actuellement, ça sera toujours 50 % des gens qui auront eu quelque chose. »