Trois jeunes, tous formés en soins infirmiers, sont venus de Québec en renfort dans les CHSLD de l’est de Montréal pour se joindre à l’équipe de prévention et contrôle des infections. Leur rôle : gardiens de la discipline sanitaire.

Kathleen Lévesque Kathleen Lévesque
La Presse

Jour après jour, ils jonglent avec les règles, les normes, les procédures à suivre pour contenir la COVID-19. Ils s’ajustent aux nouvelles connaissances sur la maladie, à l’équipement médical disponible, et surtout ils trouvent des solutions. L’information qu’ils transmettent ne peut être communiquée par courriel. Pour être efficace, ce travail doit être fait de vive voix, explique Marilou Pellerin, qui arrive tout droit de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ). C’est là qu’elle et ses deux collègues ont reçu une formation en prévention et contrôle des infections (PCI) qu’ils mettent maintenant à profit à Montréal.

« On s’assure que les gens revêtent comme il faut les vêtements de protection individuelle comme les gants, les masques et les blouses. Et on tient un registre de toutes les personnes qui entrent dans les chambres pour retrouver les contacts de chacun si jamais il y a une contamination », explique Mme Pellerin, qui, après un court séjour en centre hospitalier, ira dès ce vendredi travailler dans un CHSLD public touché par la COVID-19.

Comme ses deux collègues, elle est venue prêter main-forte sans hésiter compte tenu de l’ampleur qu’a prise la pandémie dans les établissements de personnes âgées à Montréal. Le CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal les accueille en leur fournissant l’hébergement.

« La PCI, c’est la clé pour contenir la COVID-19 et on avait besoin d’aide pour combler les besoins dans chaque établissement », affirme Isabelle Tremblay, chef du secteur de prévention et contrôle des infections au CIUSSS. Mme Tremblay orchestre tout ce qui se déroule dans les 15 CHSLD publics, 15 CHSLD privés et 52 RPA (résidences pour personnes autonomes) ainsi que dans les RI (résidences intermédiaires) qui se trouvent sur le vaste territoire du CIUSSS.

Elle raconte que dès le début de la pandémie, une pénurie de personnel se profilait. « J’ai rapidement demandé de l’aide. » 

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Isabelle Tremblay, du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal

L’arrivée des trois jeunes, c’est un vent de fraîcheur. Ils ont été accueillis à bras ouverts parce que tout le monde a besoin d’être guidé.

Isabelle Tremblay, du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal

Ainsi, jeudi matin, Paterne Irakoze a accueilli des soldats de l’armée canadienne qui ont été envoyés au CHSLD Éloria-Lepage. Infirmier clinicien depuis trois ans, c’est lui qui leur a donné une formation sur les mesures de prévention à suivre. « C’est un excellent agent multiplicateur des bonnes mesures à suivre », affirme Mme Tremblay.

Le principal intéressé est heureux de se rendre utile. « Je suis un gars d’action, alors j’ai foncé sur l’occasion parce qu’à l’Institut, à Québec, la COVID-19 est sous contrôle », explique M. Irakoze. 

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Paterne Irakoze, infirmier clinicien

Je me dis que si on ne vient pas en aide à Montréal, la COVID-19 va se répandre partout et on va retrouver toute la province dans la même situation. Il vaut mieux concentrer ici les effectifs pour éradiquer le virus.

Paterne Irakoze, infirmier clinicien

Sa collègue Marie-Ève Leblanc reconnaît avoir été un peu surprise par le grand nombre de cas de COVID-19. Mais la situation ne diminue en rien sa motivation ; elle travaillait déjà dans les unités chaudes avant son arrivée à Montréal. « J’ai cette volonté d’aider. C’est aussi une expérience personnelle parce qu’on voit ici des choses qu’on n’a pas l’opportunité de voir à Québec », souligne-t-elle.

Comme beaucoup d’autres employés du réseau de la santé, elle a choisi de travailler dans l’épicentre de la pandémie et accepte les inconvénients que cela entraîne. Cette décision n’a pas surpris sa mère, mais a inquiété son père, raconte-t-elle. « Je ne vois plus du tout ma famille depuis le début de la pandémie. Mon père est immunosupprimé et j’ai des frères en bas âge, alors je ne voulais pas les mettre en danger », dit-elle avec la voix un peu cassée. « Mais il y a FaceTime », ajoute-t-elle.

De l’aide des régions 

Marilou, Paterne et Marie-Ève se sont engagés pour trois semaines. Leur lien d’emploi demeure avec l’IUCPQ et leur contrat est renouvelable. Pour aucun d’entre eux il n’est question d’abandonner tant et aussi longtemps que Montréal aura besoin de leurs services. Et ils ne craignent pas d’attraper la maladie.

« Ça ne me fait pas peur. Tu ne l’attrapes pas en entrant dans un CHSLD. Il faut prendre des précautions. D’ailleurs, j’encourage les gens de l’extérieur à venir nous rejoindre pour nous aider », lance Paterne Irakoze.

À l’heure actuelle, ce sont 120 personnes qui ont quitté leur région pour aller travailler dans les établissements sous la responsabilité du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal. Il reste encore des postes à pourvoir pour freiner la COVID-19.