Pierre Gaumond veut aller au front, en zone chaude, dans un CHSLD. Il est disponible en tout temps durant un mois. Mais voilà, son intention bénévole ne trouve écho nulle part depuis deux semaines. C’est finalement en tant que salarié qu’il ira offrir son soutien, alors qu’il a obtenu un poste d’aide-préposé aux bénéficiaires en moins de 24 heures au CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal.

Audrey Ruel-Manseau Audrey Ruel-Manseau
La Presse

L’homme de 52 ans n’a pas l’habitude de faire face à l’attente. Le contrôleur aérien donne une commande, le pilote l’exécute. Il aurait voulu que la réponse soit aussi immédiate lorsqu’il s’est inscrit pour offrir son aide en CHSLD, il y a deux semaines.

« Je n’ai pas été capable d’être pris comme bénévole, j’ai été obligé d’être engagé », dit Pierre Gaumond.

Quand le premier ministre a dit, le 27 avril dernier, que la majorité des 11 000 inscrits au site Je contribue ! avaient été joints, Pierre Gaumond a craint un problème technique avec sa première inscription envoyée la semaine précédente. Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) lui a suggéré d’en envoyer une deuxième ; son dossier était introuvable. Refusant de rester à attendre les bras croisés, il a entrepris ses propres démarches, multipliant les appels pour qu’un centre accepte son aide bénévole. Sans succès. Et ce n’est pas faute d’être disponible.

« Je suis prêt à donner 60 heures par semaine durant un mois. Je prends mes vacances pour ça. Je veux être dans une zone chaude. Pourquoi ? Parce que peu de gens lèvent la main pour y aller. Je sais qu’il y a des craintes, mais moi, je me dis que je vais finir par l’avoir de toute façon, la COVID. Aussi bien savoir quand et comment. Et si avant ça, je peux donner 200, 300 heures, je ne vais pas sauver des vies, mais je vais donner un peu de dignité à des gens en fin de vie », dit l’homme, en toute sagacité.

À la résidence Les Floralies Lasalle, on a pris ses coordonnées, sans suivi. Au CHSLD Sainte-Catherine, on refuse les bénévoles – il n’y a aucun cas positif de COVID-19 –, au CHSLD Sainte-Dorothée de Laval, on lui dit de passer par Je contribue !, même chose à la Croix-Rouge canadienne.

« Ça ne va jamais assez vite quand on veut aider. C’est comme si on appelle l’ambulance. On a l’impression que ça fait une heure quand ça ne fait que cinq minutes », dit-il.

Je ne veux pas décourager les gens, au contraire. Il faut persévérer si on veut aider.

Pierre Gaumond, contrôleur aérien et futur aide-préposé aux bénéficiaires

« À force de chercher et fouiller, j’ai trouvé le site “La force du nous” du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île, en fin de semaine. J’ai vu qu’ils cherchaient du personnel sans expérience, comme des aides. J’ai écrit. Ils m’ont dit qu’ils étaient débordés, mais que quelqu’un m’appellerait. Lundi matin, 8 h, j’avais une entrevue téléphonique et dans la même journée, je devenais aide-préposé aux bénéficiaires », raconte-t-il.

Le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal a expliqué que son refus d’accueillir des personnes bénévoles était justifié par la directive du MSSS interdisant les visites non essentielles en CHSLD depuis le 15 mars.

« Les besoins de personnel sont évidemment importants en CHSLD, mais protéger les résidants autant que le personnel qui leur offre des services est la priorité », a répondu la direction dans un courriel envoyé à La Presse.

« Le processus d’accueil permet de former adéquatement les nouvelles ressources contribuant ainsi au respect des règles de sécurité ainsi qu’à la protection des résidants et équipes sur place. »

Il y a des exceptions. La Presse a rapporté la semaine dernière le cas d’un étudiant en médecine qui offrait bénévolement ses services au CHSLD Grace-Dart, du même CIUSSS. Par ailleurs, la direction a assuré qu’elle « travaillait à l’application » de la nouvelle directive diffusée mardi concernant les proches aidants.

« Aidez-nous à vous aider »

À défaut d’être bénévole, Pierre versera son salaire à une œuvre de charité, même s’il paiera de l’impôt sur ce revenu supplémentaire.

« Je ferai un don au fonds d’urgence de l’aide alimentaire du Complexe Le Partage de La Prairie. Leur slogan, “Aidez-nous à aider”, va bien avec mon expérience », estime-t-il.

Ses collègues et son syndicat, l’Association canadienne des contrôleurs du trafic aérien, l’aideront à aider, eux aussi. Grâce à une collecte d’argent, ils comptent payer des repas aux futurs collègues de la santé de Pierre, « pour les remercier du travail qu’ils font et pour les aider à garder leurs ailes ».

Du côté de Pierre, la paperasse est remplie ; il reçoit sa première formation samedi, après quoi il tombera sur la liste de disponibilités. Il a appris qu’il ira probablement en renfort au CHSLD Grace-Dart, frappé de plein fouet par la pandémie. La tante de sa conjointe y résidait jusqu’à ce qu’elle meure, en décembre dernier.

« C’est un bon hasard. Mon beau-père connaît le personnel, on sait à quel point il est dévoué. J’aimerais vraiment redonner à ces gens-là, qui ont donné généreusement à ma famille. »