(Québec) Incapable de résorber la pénurie de main-d’œuvre dans tout le réseau de la santé, le gouvernement Legault versera des primes additionnelles aux travailleurs de la santé dans l’espoir d’inciter une nouvelle vague de volontaires à prêter main-forte aux équipes débordées par la pandémie de COVID-19.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

« C’est peut-être l’arme qu’il nous reste, la bonification de la rémunération », a lancé le premier ministre Legault, mardi, qui continue de préconiser l’engagement volontaire pour combler les besoins. Il a pourtant le pouvoir, en état d’urgence sanitaire, de contraindre les fonctionnaires de l’État, par exemple, à intégrer le réseau de la santé.

« Ce qu’on veut, c’est des gens qui ont le goût d’aller travailler auprès des personnes vulnérables, malades. […] De forcer quelqu’un à aller travailler auprès des patients qui sont en difficulté, je ne pense pas, en tout cas, que ça devrait être le premier choix. […] Je préfère ça à la conscription », a-t-il nuancé.

Il a donc mandaté le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, d’établir de nouvelles primes pour « convaincre plus d’employés, plus de personnes à l’extérieur du réseau de venir travailler à temps plein » dans les établissements. Cette nouvelle mesure incitative pourrait être annoncée aussi tôt que mercredi.

« C’est incontournable pour être capable de dégager les marges de manœuvre dont on a besoin », a admis le premier ministre. « Mais, ce n’est pas simple […]. Il faut être certain qu’en mettant des primes dans le réseau public, qu’on ne vient pas déshabiller un pour habiller l’autre du côté du secteur privé », par exemple, a-t-il dit.

Québec offre déjà des primes de 4 % et de 8 % aux travailleurs de la santé depuis le début de la pandémie. Le gouvernement poursuit aussi ses négociations avec les syndicats pour augmenter le salaire des préposés aux bénéficiaires de façon permanente (voir capsule plus bas).

Plus d’employés à temps plein

Malgré les milliers d’embauches depuis le début de la pandémie — au moins 8000 volontaires ont été recrutés par l’entremise du site Jecontribue.ca —, le déploiement de militaires et l’aide des médecins, Québec peine à voir le bout du tunnel pour combler ses besoins de main-d’œuvre.

« Le principal problème qu’on a encore actuellement, c’est le manque de personnel, surtout du personnel à temps plein », a affirmé pour l’énième fois le premier ministre, mardi. Le nombre de travailleurs de la santé absents du réseau (malades ou en isolement) continue de grimper et atteint maintenant 11 200.

« Je n’ai pas besoin de vous dire que ça met une pression énorme sur l’ensemble du réseau, et pas seulement dans les CHSLD, mais aussi les hôpitaux », a-t-il expliqué.

Il faut ajouter à ça qu’il y a beaucoup de personnes qui sont présentes, mais pas à temps plein. Donc, la situation est encore pire que le 11 200, dans le fond.

François Legault, premier ministre du Québec

M. Legault a souligné que le tiers de ces travailleurs ont terminé leur isolement préventif et donc « pourraient revenir » dans le réseau. « Je lance un appel à ces personnes : on est comme dans une guerre, puis on a vraiment, plus que jamais, besoin de vous autres. »

La FSSS-CSN a salué le désir du gouvernement d’augmenter le nombre de postes à temps plein dans le réseau. « Stabiliser les équipes […] est une manière concrète d’améliorer les conditions de travail du personnel […]. Souhaitons maintenant qu’on ne manque pas encore le bateau et que le discours prenne la forme d’actions concrètes », a fait valoir le président, Jeff Begley.

Présence militaire suffisante

Devant le manque criant de « bras » en CHSLD, notamment, le premier ministre Legault a paru irrité quant au délai du déploiement des 1000 militaires attendus. Lundi, il a affirmé qu’on « était rendus à 350 soldats » envoyés sur le terrain. « On nous a dit qu’il y en a un autre 250 qui devrait venir bientôt, mais pour l’instant, on n’a jamais eu de confirmation sur les 1000 », a lancé M. Legault, mardi.

« Ça pourrait être plus rapide », a-t-il ajouté devant les journalistes.

Au ministère de la Santé et des Services sociaux, on confirme pourtant que, depuis lundi, 450 militaires sont déployés dans 13 CHSLD québécois et que 1000 militaires devraient être affectés « d’ici la mi-mai » dans 20 CHSLD. À ces troupes s’ajoutera une équipe de soutien d’environ 280 personnes.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Des membres des Forces armées canadiennes sont arrivés au CHSLD Argyle, à Saint-Lambert, le 30 avril dernier.

À Ottawa, on indique plutôt que ce sont 760 membres de l’armée qui sont « affectés à l’opération de soins de longue durée au Québec, dont de 500 à 550 directement dans 13 CHSLD ». Ce nombre inclut les 130 membres du personnel médical envoyés, aussi à la demande du gouvernement Legault, dans la première vague, en avril dernier.

« Les Forces armées travaillent jour et nuit pour que le déploiement se fasse le plus rapidement possible, et il y en aura plus de 1000 lorsque le déploiement sera terminé », a expliqué Floriane Bonneville, du ministère de la Défense nationale.

Au cabinet du premier ministre, on a indiqué en fin de journée, mardi, que « plus de 400 militaires » se trouvaient actuellement en CHSLD et que se chiffre « [était] appelé à augmenter dans les prochains jours ». « À cela s’ajoutent environ 300 militaires en soutien qui ne sont pas dans les CHSLD », a-t-on fait savoir.

Québec a demandé à Ottawa l’aide de 1000 militaires, le 23 avril.

Négociations intensives

François Legault a dit espérer « que très prochainement » une entente sera conclue avec les syndicats de la fonction publique pour « mieux payer [les] préposés aux bénéficiaires » de façon permanente. Il a néanmoins prévenu les syndicats qu’il n’hésiterait pas à le faire « unilatéralement », si les négociations achoppaient. « Il y a des négociations qui vont bien avec certains syndicats, il y en a d’autres qui vont moins bien […]. Comme je l’ai déjà dit, si on n’y arrive pas, on va le faire de façon unilatérale. Un gouvernement a tous les pouvoirs d’augmenter les salaires d’un certain groupe d’employés, avec ou sans le support des syndicats », a-t-il fait savoir. François Legault a déjà fait son mea culpa à ce sujet en indiquant qu’il aurait dû augmenter les salaires des préposés aux bénéficiaires avant la fin des conventions collectives alors que l’on n’arrivait pas à l’époque à pourvoir de nombreux postes affichés.