(Ottawa) Alors que de nombreuses productions agricoles sont en péril au Québec, le gouvernement fédéral donne un « premier » coup de pouce de 252 millions à l’industrie agroalimentaire. Ce quart de milliard n’inclut toutefois aucun programme spécifique pour les producteurs de fruits et légumes.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Les éleveurs de bétail et de porcs (125 millions) et les transformateurs alimentaires (77 millions) sont les grands gagnants de ce « premier investissement » du gouvernement Trudeau. L’industrie agricole canadienne réclamait pourtant le déploiement d’un fonds d’urgence de 2,6 milliards de dollars pour compenser les effets immédiats de la pandémie.

« On sait qu’il va sûrement y avoir plus à faire au fur et à mesure que les besoins augmentent. C’est de l’argent qu’on envoie tout de suite pour aider nos productions et on va continuer de travailler avec eux pour les besoins qu’ils pourraient avoir », a déclaré le premier ministre canadien, lors de son point de presse quotidien à Ottawa.

Alors que les producteurs de fruits et de légumes craignent une saison pénible en raison du manque de travailleurs saisonniers, le premier ministre s’est réjoui qu’environ 90 % des travailleurs étrangers normalement attendus soient arrivés au pays en avril. C’est plus précisément 11 200 travailleurs sur 13 000 attendus, a précisé Marie-Claude Bibeau, ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire.

Justin Trudeau « reconnaît » que les agriculteurs auront besoin de davantage de travailleurs étrangers temporaires lors de la récolte cet été. Il soutient être en train de « travailler » avec l’industrie pour « subvenir à ces besoins ». La ministre Bibeau maintient d’ailleurs « redoubler d’efforts » pour accueillir le « maximum » de travailleurs étrangers.

La ministre fédérale de l’Agriculture ajoute que les producteurs de fruits et de légumes pourront éventuellement profiter d’Agri-protection, un programme d’assurance récolte. Ottawa demande aux provinces d’inclure la pénurie de main-d’œuvre comme risque admissible pour l’industrie horticole.

« S’il y a des pertes au champ, parce que [les producteurs] ont manqué de travailleurs à l’automne, ça fait en sorte que ce programme d’assurance pourrait couvrir les pertes », a expliqué la ministre Bibeau.

La ministre appelle les producteurs agricoles à ne pas « tourner le dos » aux programmes existants au « prétexte qu’ils ne sont pas assez généreux ». Le gouvernement fédéral est également « prêt à en faire plus pour aider le secteur de l’agriculture », a martelé la ministre Bibeau.

50 millions pour éviter le gaspillage

Ottawa injecte 50 millions pour un programme d’achat de surplus d’aliments pour éviter que des producteurs se débarrassent de leur produit. Concrètement, Ottawa va racheter les surplus alimentaires de certains producteurs pour les remettre à des organismes et des banques alimentaires.

La ministre Bibeau a nommé les producteurs de volaille, de champignons et de pommes de terre mardi, alors que le premier ministre a relevé les surplus de lait, de beurre et de pommes de terre sont en surplus. Une situation « sans précédent », selon Justin Trudeau.

« On a vu effectivement qu’il y a eu des producteurs agricoles qui ont dû détruire ce qu’ils ont produit. On ne veut pas de gaspillage comme ça. Les mesures de 50 millions de dollars vont rembourser les producteurs pour leur travail, tout en assurant la sécurité alimentaire pour les gens vulnérables à travers le pays », a expliqué le premier ministre.

Plus de protection pour les employés

Alors que l’usine de transformation de Cargill en Alberta est le principal foyer d’éclosion de COVID-19 au pays et que celle de Yamachiche au Québec a été contrainte de fermer ses portes, le gouvernement Trudeau alloue plus de 77 millions de dollars aux transformateurs alimentaires pour protéger la sécurité de leurs travailleurs.

« C’est de l’argent qu’ils vont pouvoir utiliser pour acheter plus d’équipement de protection personnelle, adapter leurs protocoles sanitaires et appuyer d’autres mesures de distanciation sociale. Ça va aussi permettre aux transformateurs d’adapter leurs usines de façon à ce qu’on puisse produire plus de produits au Canada », a-t-il déclaré.

Ottawa vient également en aide aux éleveurs de bétail et de porcs en injectant 125 millions dans le programme Agri-relance pour « aider les producteurs à s’adapter aux changements du marché ». Les éleveurs doivent garder leurs animaux sur la ferme plus longtemps, puisque les usines de transformation ne suffissent pas à la tâche.

« Les fonds qu’on annonce aujourd’hui vont aider les producteurs de bœuf et de porc à s’adapter à cette crise. C’est un premier investissement et si on doit faire plus, on va faire plus », a maintenu Justin Trudeau.

Finalement, le premier ministre s’engage à travailler avec les partis à la Chambre des communes pour augmenter de 200 millions de dollars la ligne de crédit de la Commission canadienne du lait afin « d’éviter de perdre des produits frais » et « aider les producteurs laitiers à composer avec les conséquences de la crise ».