Après avoir reçu des plaintes et être intervenus quelques fois, en vain, les policiers en ont eu assez et ont distribué la semaine dernière une quarantaine de constats d’infraction pour non-respect des mesures de la Santé publique aux clients et propriétaires d’un café de Laval, a appris La Presse.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Cet établissement est le café Bellerose, situé dans la rue du même nom, dans le quartier Vimont. Il est considéré par la police comme un quartier général du clan sicilien de la mafia montréalaise, un lieu de rencontre du crime organisé et un endroit de collecte des recettes des paris sportifs.

Après l’annonce de la fermeture des commerces et l’adoption du décret gouvernemental imposant des mesures de confinement et de distanciation, à la fin de mars, des habitués du café Bellerose ont continué de fréquenter l’établissement, et les policiers de Laval ont reçu des plaintes de citoyens. 

« Depuis la mise en place de la nouvelle réglementation de la Santé publique, il y a eu trois visites de nos agents au café Bellerose les 31 mars, 16 avril et 28 avril. Elles ont permis de constater qu’il n’y avait pas de collaboration des responsables du commerce pour le respect des règles mises en place. Quatre billets d’infraction en lien avec la santé publique et deux autres pour des règlements municipaux ont été émis », précise l’agente Évelyne Boudreau, de la police de Laval. 

Le montant de l’amende des constats remis est de 1000 $, plus 546 $ de frais. Mais selon nos informations, lors de la visite du 28 avril, les policiers ont remis un constat à Giuseppe Sollecito, frère de Stefano, chef présumé du clan Rizzuto-Sollecito, et à Marco Landucci, considéré comme une relation de la mafia. Les deux hommes auraient exprimé leur colère et invectivé les policiers. 

Équinoxe de printemps

Cette réaction a incité les membres de l’escouade Équinoxe, spécialisée dans la surveillance des bars à Laval et dans la collecte de renseignements sur les individus liés au crime organisé, à mener une opération au café Bellerose. 

« Durant deux jours, les 29 et 30 avril, par de belles journées ensoleillées, ils ont fait de l’observation au café Bellerose. Il y avait plusieurs personnes à l’intérieur et à l’extérieur du commerce. Ces deux visites leur ont permis de constater plusieurs infractions, de photographier des plaques d’immatriculation et de regarnir leurs albums de gens connus. Vendredi, ils se sont rendus au café pour remettre les constats. Ils ont également frappé aux portes des résidences de contrevenants. Encore une fois, les gens n’étaient pas très contents. Au total, 36 constats rédigés durant l’opération ont été ou seront signifiés aux clients, employés et propriétaires du commerce », ajoute Mme Boudreau.

Quarante constats, à 1546 $ chacun, cela représente un total de 61 840 $. Toutefois, l’un des contrevenants en était à sa deuxième infraction, et le montant de son amende sera de plus de 1000 $, jusqu’à 6000 $.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Une voiture de la police de Laval a doucement roulé devant le café Bellerose, en début d’après-midi, mercredi dernier.

Lundi, la police de Laval a annoncé avoir donné au total 94 avis d’infraction pour non-respect des consignes de la Santé publique durant la semaine dernière. Les 36 constats donnés pour l’ouverture et la fréquentation du café Bellerose représentent donc plus du tiers de ce nombre. 

Plusieurs des constats ont été rédigés sur-le-champ, mais d’autres sont des rapports d’infraction généraux, c’est-à-dire qu’un procureur décidera s’il y a eu infraction ou non. Et si c’est le cas, c’est le juge qui ordonnera le paiement de l’amende. 

Dans le cas des propriétaires de l’établissement, ils recevront un rapport général d’infraction. Selon le Registraire des entreprises, les trois actionnaires de l’établissement sont Stefano Broccoli, Johnny Mennillo et Christopher Mennillo.

On ignore si le café était ouvert en fin de semaine et lundi, mais la police veille au grain, assure l’agente Boudreau.

« Le dossier est encore sous notre gouverne et nous allons nous en occuper si le problème persiste. Selon le décret, les commerces non essentiels sont toujours fermés et on va continuer à le faire respecter », prévient-elle.

Un endroit connu

Après le retour du parrain Vito Rizzuto à Montréal à l’automne 2012, le Romcafé, situé sur le boulevard des Laurentides, dans le quartier Vimont à Laval, était considéré comme le nouveau quartier général du clan sicilien de la mafia montréalaise. Mercredi dernier, La Presse est passée devant l’établissement et il était visiblement fermé.

Rien à voir avec le café Bellerose, où La Presse a constaté le même jour la présence de plusieurs individus, dont un membre influent du clan Rizzuto, Vito Salvaggio, qui discutait avec deux autres hommes dans le stationnement du commerce.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Trois hommes discutaient tranquillement devant le Romcafé, qui semblait fermé, lors du passage de La Presse sur le boulevard des Laurentides à Laval, mercredi.

Le café Bellerose est considéré par la police comme un établissement lié à la mafia depuis longtemps.

En septembre 2010, l’un des hommes forts du clan sicilien, Ennio Bruni, sortait du Bellerose, où on lui avait donné rendez-vous, lorsqu’il a été tué, au plus fort d’une tentative de putsch d’une alliance de clans contre les Rizzuto. 

En septembre 2016, l’établissement a été la cible d’un incendiaire alors que la mafia était encore secouée par des disputes entre clans. Un mois et demi plus tard, celui que l’on croyait être le propriétaire fantôme du Bellerose à cette époque, Vincenzo Spagnolo, ami de Vito Rizzuto, a été assassiné chez lui.

Durant l’enquête Magot-Mastiff à l’issue de laquelle la Sûreté du Québec a décapité une alliance mafia-motards-gangs qui dirigeait le crime organisé montréalais, les enquêteurs ont observé en novembre 2013 un membre influent de la mafia, Rocco Sollecito, se rendre au café Bellerose.

Le café serait entre autres fréquenté par des individus impliqués dans les paris sportifs de la mafia et serait un lieu de collecte des sommes perdues ou gagnées par les parieurs.

Après l’arrestation d’un certain Desiderio Pompa pour possession d’arme en décembre 2010, un enquêteur de la Division du crime organisé du Service de police de la Ville de Montréal avait témoigné, citant une source, que M. Pompa effectuait de la collecte d’argent auprès des clients des paris sportifs illégaux et qu’il avait remplacé Ennio Bruni, dont le quartier général était le café Bellerose. Plus tard, lorsque des commissaires aux libérations conditionnelles se sont penchés sur le dossier de Desiderio Pompa, ils lui ont interdit de fréquenter les cafés de type européen, en précisant le café Bellerose. 

Selon des informations, quelques individus, dont Stefano Sollecito et un ancien lieutenant du clan Rizzuto condamné à la suite de l’enquête Colisée, auraient souhaité acquérir le café l’an dernier.

Depuis 2009, les propriétaires du café Bellerose ont été convoqués devant la Régie des alcools, des courses et des jeux à trois reprises, et ont vu leurs permis d’alcool et d’exploitant d’appareils de loterie vidéo suspendus durant trois jours.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, ou écrivez à drenaud@lapresse.ca.