(Ottawa) Alors que des dizaines de milliards de dollars sont dépensés depuis le début de la crise de la COVID-19 pour soutenir les familles, les travailleurs et les entreprises, le gouvernement Trudeau a l’obligation de présenter un budget, ou à tout le moins une mise à jour économique, d’ici à la fin de juin, estime le chef intérimaire du Parti conservateur, Andrew Scheer.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Un budget permettrait de faire le point sur l’ensemble des mesures annoncées jusqu’ici par le gouvernement Trudeau et de présenter un plan précis pour assurer une relance économique rapide au moment où certaines provinces procèdent à une réouverture partielle de leur économie, a fait valoir lundi M. Scheer.

Au départ, le ministre des Finances Bill Morneau devait présenter son budget le 30 mars. Mais le grand argentier du pays a dû mettre ce projet sur la glace à cause de la pandémie, qui a aussi provoqué la suspension des travaux parlementaires.

Mais selon M. Scheer, il est temps que le Parlement reprenne ses activités de manière plus soutenue afin de passer soigneusement au peigne fin la gestion de la crise par le gouvernement Trudeau. Et cela passe également par la présentation d’un budget, ou d’une mise à jour financière et économique étoffée, d’ici à la fin du mois de juin.

« Maintenant que les provinces ont commencé à lever les restrictions et qu’elles parlent de rouvrir l’économie, je crois que c’est le bon moment pour planifier un budget fédéral, peut-être pas cette semaine ou ce mois-ci. On doit attendre tous les faits et les impacts de la crise. Mais certainement, le ministère des Finances peut commencer le travail préliminaire », a avancé M. Scheer.

« Au minimum, ça prend une mise à jour économique et un plan pour gérer l’économie pour les prochains mois. Ce plan doit être présenté avant la fin des travaux parlementaires en juin. C’est nécessaire. La décision revient au gouvernement. Mais nous allons mettre toute la pression pour nous assurer que le gouvernement soit transparent envers les Canadiens au sujet de son plan pour gérer l’impact de cette pandémie et relancer l’économie », a ajouté le chef conservateur.

Le Bloc québécois a fait savoir qu’il jugeait aussi essentiel que le gouvernement Trudeau présente une mise à jour économique avant la fin des travaux parlementaires en juin. En principe, la Chambre des communes doit reprendre ses travaux de façon normale le 25 mai. Depuis la mi-mars, un groupe restreint de députés a été rappelé aux Communes pour adopter les mesures proposées par le gouvernement Trudeau à trois reprises. Depuis la semaine dernière, les élus tiennent une session virtuelle le mardi et une session en personne réunissant une trentaine de députés le mercredi. À compter de cette semaine, une deuxième session virtuelle aura lieu le jeudi.

« C’est tout à fait essentiel que nous ayons une mise à jour économique avant l’été pour avoir un portrait global sur les mesures annoncées et pour connaître les intentions du gouvernement quant à des mesures de soutien aux citoyens et à l’économie durant l’été. Parler d’un budget en juin serait prématuré et détournerait l’attention du gouvernement des mesures d’urgence que les Québécois et les Canadiens ont besoin en ce moment. Mais il nous apparaît nécessaire d’avoir un budget à l’automne », a déclaré Gabriel Ste-Marie, porte-parole du Bloc québécois en matière de finances.

La semaine dernière, le directeur parlementaire du budget (DPB) Yves Giroux a causé une commotion en dévoilant ses plus récentes projections du déficit pour l’exercice financier en cours. Il prévoit que le déficit atteindra la somme record de 252,1 milliards de dollars en raison du choc économique causé par la pandémie de COVID-19 et la chute brutale des prix du pétrole.

Ottawa risque donc d’afficher un manque à gagner 10 fois plus élevé que le déficit prévu en 2019-2020, qui devrait être de 24,9 milliards de dollars. Le 24 avril, les programmes d’aide d’urgence mis sur pied par Ottawa totalisaient 146 milliards de dollars, selon les évaluations des coûts du ministère des Finances.

Résultat : la dette accumulée, qui était de 685 milliards de dollars en 2018-2019, bondirait à 962 milliards de dollars en ajoutant les déficits du dernier exercice financier (24,9 milliards) et celui que prévoit le DPB durant le présent exercice financier (252 milliards).

Interrogé au sujet de cette demande du Parti conservateur, le premier ministre Justin Trudeau s’est montré prudent. Il a fait valoir que la priorité absolue de son gouvernement était de soutenir les familles, les travailleurs et les entreprises durant la crise. Il a soutenu que son gouvernement faisait preuve de transparence, et qu’il était fort hasardeux d’anticiper l’impact de l’épidémie sur l’économie canadienne dans les prochains mois.

« On est maintenant dans une période d’incertitude extraordinaire sur ce qui pourrait se passer le mois prochain ou dans trois mois. […] On va continuer de chercher à être ouverts et transparents et avec nos mesures et avec nos prévisions et prédictions pour l’économie. Donc on va chercher des façons de partager ça. On est en réflexion sur la meilleure façon de regarder soit un budget, soit un énoncé économique, soit d’autres façons de partager un peu plus avec les Canadiens ce qu’on voit pour les mois à venir. […] Je n’exclus absolument rien. »