Les commerces ayant pignon sur rue situés à l’extérieur du Grand Montréal ont rouvert leurs portes lundi matin. Les séances de magasinage ne sont toutefois plus les mêmes, avec de nombreuses mesures d’hygiène et de distanciation physique pour s’assurer de la sécurité des clients.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Dès 9 h 30, une dizaine de gens amorçaient leur visite au Sports Experts de Granby. Les parents ont de nombreux achats à faire en vue du retour à l’école de leurs enfants d’âge primaire.

Les souliers de sport ont la cote ce matin. « Quand les enfants grandissent, c’est difficile d’acheter en ligne. Ça devient un besoin alors que l’école s’en vient », explique Serge Tremblay, propriétaire de l’établissement.

Jean-François Gravel cherchait justement des souliers pour ses deux filles, protégées par des masques. « Il faut les équiper pour l’école qui recommence bientôt. Je suis à l’aise avec la reprise économique, mais je me sentirais plus en sécurité si on prenait la température des employés et des clients », note le père de famille.

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Jean-François Gravel cherchait des souliers pour ses deux filles, protégées par des masques.

Depuis l’annonce des réouvertures en régions, il a fallu mettre en place différents protocoles pour que le contact avec la clientèle se fasse en toute sécurité. Les employés entament leur retour au travail vêtus de gants de jardinage et de masques en tissu. À l’intérieur du magasin, une forte odeur de liquide désinfectant.

Sur le sol, des affiches autocollantes rappellent aux visiteurs la distance requise. Les cabines d’essayage seront nettoyées après chaque visite et les vêtements essayés passeront à la machine à vapeur. À chaque transaction, le client appuie sur les boutons du terminal avec un coton-tige. Certaines allées sont unidirectionnelles pour éviter que les clients ne se croisent. On s’assure que les deux mètres de distance soient respectés. « Je vais devoir faire la police », explique le propriétaire d’un ton amusé.

La réouverture tant attendue se fait sur fond d’amertume pour certains petits commerçants de la région. « J’en connais qui ne survivront pas à la pandémie », confie M. Tremblay. Son employé Gabriel Gagnon avait hâte de retourner travailler. Sa collègue Isabelle Vincent était un peu plus fébrile. « J’ai un enfant. C’est un peu stressant, mais tout est mis en place. Je ne voudrais pas contaminer ma famille. »

Pas d’essayage, pas de retour

Marie-Andrée Gauthier était étonnée du nombre de clients qui attendaient en file devant le Urban Planet à Bromont dès 9 h 30. L’annonce de la réouverture a pris toute l’équipe par surprise, affirme la gérante de la boutique de vêtements. « On attend notre commande de plexiglas pour les installer aux caisses. »

« Je suis excité au boutte ! Ça fait des semaines que mon fils est encabané à la maison », s’exclame James Monette. C’est une première sortie familiale pour lui, sa conjointe Émilie Lacroix et leur petit Zack. Les cabines d’essayage sont fermées. « C’est sûr qu’on aimerait pouvoir essayer les vêtements. Au pire, si ça ne fait pas, je les donnerai », explique Mme Lacroix avec un haussement d’épaules.

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C'était une première sortie depuis plus d'un mois pour Zach et ses parents à la boutique Urban Planet à Bromont.

À Granby, le détaillant de vêtements L’Aubainerie avise ses clients de ses nouvelles procédures. Panier obligatoire pour maintenir la distance, pas d’essayage, pas d’échange et pas de remboursement. Les restrictions ont fait fuir Catherine Lamond et sa fille, venues acheter quelques items. « On n’est pas à l’aise d’acheter sans essayer, sans pouvoir au moins faire des retours si ça ne fait pas. »

Espoir pour les commerces d’ici

C’est nettement plus calme à la boutique Jules Demers. Très connu à Granby, l’endroit se spécialise dans les robes de mariées et les tenues de soirée. Les cérémonies de mariage et les bals de finissants reportés n’ont pas affecté l’entreprise, puisque les achats de vêtements se font généralement bien à l’avance. On n’offre aucun remboursement.

« Notre entreprise est liée à l’évènementiel et tous les rassemblements sont interdits. Je vends environ 250 robes de bal par an. Si je rembourse 250 personnes, je mets la clé sous la porte », explique Michaël Langlois, copropriétaire.

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Michaël Langlois, copropriétaire de la boutique Jules Demers à Granby.

Comme dans bien des commerces de la région, les précautions sont prises pour minimiser la propagation du virus. Les rendez-vous sont obligatoires sauf pour les achats de prêt-à-porter. Le manque de proximité sera difficile, puisque la boutique mise sur une approche client personnalisée et prend beaucoup de temps avec chaque client.

Dans l’atelier un étage plus haut, la couturière en chef Céline Demers demeure bien occupée. Elle procède aux ajustements des robes de bal et confectionne des masques en tissu, vendus à la boutique.

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Céline Demers, de la boutique Jules Demers, doit vérifier les annulations et les reports des bals de graduation.

« On a eu la nouvelle des réouvertures la semaine passée. Il a fallu appliquer toutes ces mesures très rapidement. Nous n’avons pas encore reçu notre commande de plexiglas pour protéger les gens à la caisse », décrit M. Langlois.

Les entrepreneurs doivent se montrer créatifs et redoubler d’efforts en ces temps difficiles, pense-t-il.