« Les aînés sont plus vulnérables face à la COVID-19. » Ce message, répété depuis des semaines, est une réalité statistique : 91,3 % des personnes décédées au Québec avaient plus de 70 ans. L’âge avancé n’est cependant pas le seul facteur de risque. Et les aînés ne sont pas tous égaux devant le coronavirus. La Presse a fait le point avec des experts.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

L’âge

L’âge est un facteur aggravant, mais il ne se résume pas au nombre des années. « Le jeune vieux de 70 ans super en forme est probablement moins à risque que le sédentaire de 50 ans écrasé sur son divan. C’est une question de GBS : gros bon sens », illustre le DPaul Poirier, professeur titulaire à l’Université Laval et médecin à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumonie. « Si vous me dites qu’une personne de 70 ans est en train de grafigner les murs parce qu’elle a l’habitude de courir 10 km tous les deux jours, laissez-la tranquille ! » Les personnes âgées qui sont les plus susceptibles de développer de graves complications liées à la COVID-19 sont celles dont le système immunitaire est affaibli et qui ont des problèmes de santé sous-jacents : maladie cardiaque ou pulmonaire, diabète, obésité… Plus de 80 % des personnes décédées sur le territoire du Grand Montréal étaient en CHSLD ou en résidence privée pour aînés. Cette proportion est de 78 % dans le reste du Québec.

Le diabète

Le DPavel Hamet, professeur à l’Université de Montréal et titulaire d’une chaire de recherche en génomique prédictive du diabète et de l’hypertension, croit qu’il y a des liens génétiques entre le diabète et l’infection au SARS-CoV-2. « On n’a pas toutes les réponses, mais on pense que le gène ACE2 associé au diabète sert de porte d’entrée au coronavirus dans les cellules », précise le chercheur. Ce qu’on ne sait pas encore, mais qu’on devrait savoir sous peu, c’est si le diabète des patients infectés était maîtrisé avant l’apparition des symptômes du coronavirus. De plus, le fait d’avoir le diabète engendre souvent des complications (problèmes rénaux ou cardiaques) ou d’autres problèmes de santé (hypertension artérielle, problèmes aux poumons ou au foie) qui augmentent les risques de développer une forme grave de la COVID-19.

PHOTO ROGELIO V. SOLIS, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE 

L’obésité, plus que les maladies cardiovasculaires et le diabète, augmente le risque de présenter une forme sévère de COVID-19 et d’être admis aux soins intensifs.

L’obésité 

Le SARS-CoV-2 semble frapper plus durement les personnes obèses. Cela s’expliquerait par le fait que les gens qui présentent une surcharge pondérale souffrent aussi, la plupart du temps, de diabète et d’hypertension, deux autres facteurs aggravants du coronavirus, mais aussi par des raisons mécaniques liées à la difficulté de respirer des patients. Les données publiées dans plusieurs pays du monde, notamment aux États-Unis et en Grande-Bretagne, le confirment : l’obésité, plus que les maladies cardiovasculaires et le diabète, augmente le risque de présenter une forme sévère de COVID-19 et d’être admis aux soins intensifs.

Les maladies cardiovasculaires

Le risque de maladie grave associée à la COVID-19 augmente aussi chez les gens atteints depuis longtemps de maladies cardiovasculaires. « Imaginez un homme de 75 ans qui est diabétique depuis 25 ans. Il est hypertendu. Il a des problèmes de lipides sanguins. Donc, lui, ce n’est pas juste son âge qui fait que les probabilités de décès sont beaucoup plus élevées s’il attrape la COVID-19, c’est parce qu’il est beaucoup plus fragile », explique Jean-Pierre Després, professeur à l’Université Laval et spécialiste de la santé cardiométabolique. « Ça commence à émerger : les sujets relativement jeunes qui décèdent de la COVID-19 ont aussi plus fréquemment ces affections-là. »

PHOTO KENA BETANCUR, AGENCE FRANCE-PRESSE

Le fait de fumer « signifie que les doigts sont en contact avec les lèvres, ce qui augmente la possibilité de transmission du virus de la main à la bouche », indique l’Organisation mondiale de la santé.

L’hypertension 

Tout comme les diabétiques, les hypertendus sont plus vulnérables s’ils contractent le SARS-CoV-2. Le risque de décès du coronavirus est dix fois plus élevé chez les gens qui souffrent d’hypertension, d’obésité et de diabète que chez ceux qui n’ont pas ces problèmes de santé, affirme le DPavel Hamet.

Le tabac

C’est une habitude qu’on devrait abandonner en cette période de propagation du virus, avance l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Fumer du tabac peut affaiblir le système respiratoire et les poumons, ce qui constitue une affection médicale sous-jacente. En outre, le fait de fumer « signifie que les doigts (et éventuellement les cigarettes contaminées) sont en contact avec les lèvres, ce qui augmente la possibilité de transmission du virus de la main à la bouche », indique l’agence. Les fumeurs peuvent également déjà avoir une maladie pulmonaire ou une capacité pulmonaire réduite : deux mauvaises nouvelles en cas de maladie grave. « Si un fumeur a de la misère à respirer, mettez-lui une infection pulmonaire, ça se pourrait que ça aille mal », résume le DPaul Poirier.

Le cancer

Les gens atteints de cancer qui contractent la COVID-19 risquent eux aussi d’avoir des complications plus graves, en raison de certains traitements (opérations, chimiothérapie et radiothérapie) qui peuvent affaiblir leur système immunitaire. L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) souligne, par ailleurs, que la population immunosupprimée est, en temps normal, généralement plus vulnérable aux infections bactériennes ou virales. Les personnes à risque élevé d’une forme grave de la COVID-19 incluent celles qui sont traitées pour un cancer, greffées d’un organe, atteintes d’une maladie auto-immune ou avec un VIH.

L’asthme

« L’asthme ? Ça nous échappe », avoue le DPaul Poirier, médecin à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumonie. Mais on remarque que ce n’est pas fréquent dans l’analyse des cas. La majorité des personnes asthmatiques ne semblent pas plus touchées que les autres. Les enfants asthmatiques peuvent même retourner à l’école si la maladie est bien contrôlée, assure la Dre Caroline Quach, pédiatre, microbiologiste-infectiologue et épidémiologiste, responsable de l’unité de prévention et contrôle des infections au CHU Sainte-Justine.

La maladie de Parkinson 

La maladie de Parkinson n’augmente pas le risque d’attraper COVID-19. Toutefois, les personnes âgées atteintes de maladies chroniques sont les plus susceptibles de développer un cas grave, et la plupart des patients atteints de parkinson sont généralement plus âgés. « Si le patient fait du parkinson, physiquement, il n’est pas en forme, expose le DPaul Poirier. Il n’est pas capable de combattre et de mobiliser ses sécrétions facilement s’il s’étouffe. On ne sait pas si la maladie de Parkinson est un facteur de risque de la COVID-19. Mais mécaniquement, oui, ça pourrait l’être. »