Le président de la STM croit que la recommandation de la Santé publique va favoriser l’usage des transports publics

Bruno Bisson Bruno Bisson
La Presse

Le président de la Société de transport de Montréal (STM), Philippe Schnobb, estime que la recommandation claire des autorités de santé publique en faveur du port du « masque maison » dans les autobus et dans le métro « va permettre de réduire les inquiétudes des usagers » qui pourraient hésiter à revenir aux transports collectifs après le déconfinement.

La confirmation de ce nouveau mot d’ordre des autorités en faveur du port d’un masque ou d’un tissu couvrant le nez et la bouche va aussi aider grandement la STM à mettre en place les conditions optimales pour reprendre normalement ses activités, tout en assurant la sécurité de ses chauffeurs, employés et clients.

« Cela fait comme valider le principe qu’on ne peut pas toujours se trouver à deux mètres de distance de chacune des autres personnes qui nous entourent dans le métro ou dans l’autobus », affirme M. Schnobb. 

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Philippe Schnobb, président de la STM

Il sera important que la recommandation de porter le masque soit suivie, parce que ça va permettre de réduire le risque pour les clients et les employés, mais aussi les inquiétudes [de chacun].

Philippe Schnobb, président de la STM

« Mais on ne pourra pas l’obliger, s’empresse-t-il d’ajouter. On entrerait dans une mécanique de contraventions, de règlements, et on ne veut pas forcer des gens à en acheter s’ils n’en ont pas les moyens. Je pense qu’il y aura quand même une certaine pression sociale à le faire, la majorité des gens a d’ailleurs déjà commencé. »

Préparatifs

Depuis le début du confinement, le mois dernier, l’achalandage des transports en commun, à la STM comme partout ailleurs dans le monde, s’est effondré de 80 à 90 %. Alors que la STM effectue généralement environ 1,4 million de déplacements par jour sur ses réseaux, elle en cumulait à peine 200 000 la semaine dernière.

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Depuis le début du confinement, l’achalandage des transports en commun à la STM a chuté de 80 à 90 %.

Malgré cela, la société continue d’assurer environ 80 % de ses services habituels, à la manière d’un horaire du dimanche. Elle ajoute même du service sur les circuits de bus où le nombre des passagers dépasse trop souvent 15 personnes, ce qui rend difficile la distanciation physique de deux mètres entre les usagers.

On a ajouté du service [la semaine dernière] sur les 34 lignes d’autobus qu’on a identifiées comme problématiques.

Philippe Schnobb, président de la STM

« On a d’ailleurs vu une légère augmentation de clientèle dans les bus, qui représente maintenant environ 20 % de l’achalandage normal. Dans le métro, il est possible qu’on revienne bientôt à un service à 100 % sur toutes les lignes. »

La semaine dernière, la société a annoncé qu’elle avait commencé l’installation de 224 distributeurs de gel désinfectant qui seront à la disposition des usagers dans les 106 édicules donnant accès aux 68 stations du réseau, d’ici à la mi-mai, au moment où la ville commencera à se « décloîtrer ».

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Depuis dimanche, des centaines d’employés de bureau viennent prêter main-forte à ceux de l’entretien pour nettoyer autobus et voitures de métro.

Et depuis dimanche, des centaines d’employés de bureau viennent prêter main-forte à ceux de l’entretien pour nettoyer les autobus, les voitures de métro, désinfecter les sangles, les barres d’appui, les bancs et tout ce que les usagers sont susceptibles de toucher durant leurs déplacements.

Protéger les chauffeurs

Un des éléments clés du retour à la normale des sociétés de transport collectif de tout le Québec reste toutefois en « discussion ». Un comité de travail, auquel siègent le ministère des Transports, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail, la STM, les syndicats et de nombreux autres transporteurs publics, tente de définir les conditions sanitaires dans lesquelles le service pourra être assuré d’une façon normale lorsque reviendront les foules d’avant-coronavirus ; ce qui implique que les passagers recommenceront à monter dans le bus par la porte avant, et qu’on pourra reprendre la perception des tarifs dans les véhicules.

Depuis six semaines, les passagers montent dans les bus par les portes arrière et les bancs situés derrière le chauffeur sont interdits d’accès pour éviter de surexposer celui-ci aux risques de contagion. Cet embarquement arrière fait en sorte qu’il n’y a pas de vérification du titre de transport de l’usager. Les déplacements en autobus sont ainsi virtuellement gratuits dans l’ensemble de la région de Montréal depuis le 16 mars.

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Depuis six semaines, les passagers montent dans les bus de la STM par les portes arrière et les bancs situés derrière le chauffeur sont interdits d’accès.

Dans une présentation budgétaire, la semaine dernière, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, et le président du comité exécutif de la Ville, Benoît Dorais, ont affirmé que l’effondrement de l’achalandage et cette non-perception des tarifs dans les bus pourraient représenter un manque à gagner de 154 à 244 millions pour les villes de l’agglomération montréalaise seulement, sans compter les villes de banlieue.

« La reprise de la perception dans les autobus, dit M. Schnobb, ça fait partie du débat. C’est un enjeu crucial non seulement pour nous, mais évidemment pour la santé des travailleurs, et pour tous les autres transporteurs qui devront répondre aux mêmes normes dans les bus, dans le métro, dans les trains. »

Le 22 avril, la STM, qui compte près de 11 000 employés, signalait un total de 57 cas confirmés de COVID-19 parmi son personnel. De ce nombre, 31 personnes infectées sont des chauffeurs d’autobus.