Ses amies la croyaient morte. Elle-même a bien cru y passer. Mais elle a survécu. Elle lance maintenant un message d’espoir.

GABRIELLE DUCHAINE GABRIELLE DUCHAINE
La Presse

Tout jouait pourtant contre Lise Labonté.

Elle a plus de 70 ans. Elle habite dans une résidence pour personnes âgées. Et elle souffre d’une maladie pulmonaire chronique. 

Après 15 jours à l’hôpital à se battre contre la COVID-19, la femme de 75 ans est de retour chez elle. Elle en est la première surprise. 

« Je ne savais pas si je passerais au travers », admet-elle d’emblée.

Au début, Lise Labonté n’a rien voulu savoir de raconter son histoire. « Je suis juste une femme ordinaire », a-t-elle tranché d’un ton sans retour lors de notre première conversation.

Elle a rappelé le lendemain. Sa fille Manon l’avait convaincue. « Si ça donne espoir à quelqu’un, je vais te raconter ça. Et je veux remercier le système de santé, ceux qui m’ont aidée. Je les remercie énormément. »

C’est une de ses amies, Aline Desbois, qui nous a parlé la première de Mme Labonté. Les deux femmes vivent à la résidence EVA de Lavaltrie, un foyer d’éclosion connu du coronavirus.

Il y a deux semaines, confinée dans son appartement, Mme Desbois a reçu le coup de fil d’une autre locataire. Elle lui apprenait la mort de Lise Labonté. La nouvelle s’est répandue aussi vite que le virus. 

Dévastée, en larmes, Mme Desbois nous avait parlé de son amie au passé pour expliquer à quel point elle l’appréciait.

Or, la principale intéressée n’avait pas dit son dernier mot.

15 jours à l’hôpital

Le téléphone a sonné à 11 h 54 le 17 mars. 

Manon Côté se souvient de l’heure exacte. 

Sa mère venait d’être admise à l’hôpital de Joliette avec des symptômes de la COVID-19. Son cœur s’est serré. 

Lise Labonté souffre de la maladie pulmonaire obstructive chronique, ce qui la rend particulièrement vulnérable au coronavirus.

Manon lui avait parlé deux jours plus tôt et lui avait conseillé d’appeler son inhalothérapeute. « Elle ne filait pas bien, raconte sa fille. Elle avait de la diarrhée. » 

Depuis, la situation avait dégénéré.

Des examens effectués à Joliette ont révélé que la septuagénaire souffrait d’une pneumonie et qu’elle était positive au coronavirus. 

Le médecin m’a demandé : voulez-vous livrer le combat ? J’ai dit oui. Peut-être que je ne gagnerai pas, mais je vais essayer.

Lise Labonté

Trois heures plus tard, elle était transférée à l’unité réservée aux patients de COVID-19 de l’Hôpital général juif à Montréal.

« C’est là qu’a commencé le vrai combat », dit-elle. 

Pendant quatre jours, elle n’a « pas su si elle passerait au travers ».

Branchée à une machine pour l’aider à respirer, incapable du moindre mouvement, même pour manger, cherchant constamment son air, la femme a eu peur de mourir.

Coincée dans sa maison de la banlieue nord de Montréal, sa fille Manon a craint le même dénouement. 

« Du jour au lendemain, son cas était très grave. Je ne recevais aucune nouvelle. Ma mère n’était pas capable de parler alors je ne pouvais pas l’appeler. Et les médecins étaient tellement occupés. Ils courent beaucoup. Ils sont stressés eux aussi. »

Dans sa chambre hyper sécurisée de l’Hôpital juif, Lise Labonté se sentait sur une autre planète. Les médecins lui parlaient à travers un sas. Les soignants qui entraient dans la pièce le faisaient couverts de la tête aux pieds.

« Je n’étais pas sûre de gagner. J’étais en mauvaise posture. »

Remonter la pente

Lentement, dans cet univers surréaliste, elle a remonté la pente. Un jour, elle n’a plus eu besoin d’oxygène. Puis elle s’est levée pour aller à la salle de bains. Elle s’est forcée à manger.

« Je me suis parlé. Je me suis dit : si je mange pas, je passerai pas au travers. Quand t’as pas d’air, tu paniques. T’oses plus rien faire. Mais il ne faut pas se laisser aller. »

Le 31 mars, après 15 jours à l’hôpital, un médecin lui a demandé : « Mme Labonté, vous sentez-vous prête à rentrer chez vous ? »

« J’ai dit oui. »

PHOTO FOURNIE PAR LA FAMILLE

Lise Labonté avec sa fille Manon (en rouge), sa petite-fille et une amie de la famille. Les quatre femmes ont été photographiées à la résidence EVA avant la pandémie.

Pourquoi a-t-elle survécu alors que d’autres sont morts ? « Je ne sais bien pas. »

Sa fille y voit une preuve que « des personnes âgées aussi s’en sortent, même avec une maladie grave ».

Une des premières choses qu’a faite Lise Labonté en retrouvant son appartement de Lavaltrie, c’est d’appeler son amie Aline Desbois.

« Elle pleurait. Elle répétait : ‟C’est pas toi. C’est pas vrai. C’est pas ta voix.” »

Sa réponse : « Mais oui, c’est moi. »