(Ottawa) Le premier ministre et chef du Parti libéral du Canada (PLC), Justin Trudeau, et le chef du Parti conservateur (PCC), Andrew Scheer, sont au nombre des députés fédéraux qui remettront leur nouvelle augmentation de salaire à des organismes de bienfaisance qui participent à la lutte contre la pandémie de COVID-19.

Joan Bryden
La Presse canadienne

Cette augmentation de salaire entrait en vigueur mercredi, 1er avril, tout comme la hausse de la taxe fédérale sur le carbone. Pressé d’annuler les deux augmentations, le premier ministre Trudeau a refusé d’abolir la hausse prévue de la taxe sur le carbone. Pour ce qui concerne la hausse salariale des députés, le premier ministre a souligné qu’il faudrait rappeler les élus en Chambre, alors que la session parlementaire a été ajournée au 20 avril à cause de la pandémie.

En vertu d’une loi adoptée en 2005, qui visait à dépolitiser tout le mécanisme du salaire des députés, une augmentation est accordée aux députés et aux sénateurs chaque année, le 1er avril. Cette augmentation est établie selon les hausses moyennes négociées dans de grandes entreprises du secteur privé.

Cette année, les députés fédéraux bénéficient d’une hausse de 2,1 %, ou 3750 $ par année, ce qui porte leur salaire annuel à 182 656 $. La loi prévoit par ailleurs que les sénateurs sont payés 25 000 $ de moins que les députés. Par conséquent, ils obtiendront chacun un salaire de base de 157 656 $ cette année, une hausse de 2,4 %.

Le premier ministre, le chef de l’opposition, les présidents des deux Chambres et d’autres parlementaires qui ont hérité de fonctions supplémentaires reçoivent par ailleurs des primes, régies par la loi.

Un gel des salaires ?

Après la crise financière de 2008, le gouvernement conservateur de Stephen Harper avait gelé les salaires des parlementaires pour trois ans. Interrogé lundi par les journalistes sur un semblable gel des salaires, M. Trudeau a indiqué que le Parlement n’avait pas encore eu ces discussions, mais qu’il y réfléchirait certainement « maintenant que vous posez la question ».

Un gel des salaires nécessiterait l’adoption d’une loi au Parlement, dont les travaux ont été ajournés à la mi-mars, à l’exception d’une brève séance d’une journée, la semaine dernière, pour adopter un projet de loi qui prévoit des milliards de dollars d’aide d’urgence pour soutenir les Canadiens dans la crise.

Or, M. Trudeau a indiqué mercredi que son gouvernement envisageait de rappeler à nouveau le Parlement pour adopter d’autres mesures d’aide d’urgence. Les députés pourraient donc saisir cette occasion pour étudier également un gel des salaires des parlementaires.

Lors d’une conférence de presse, mercredi à Regina, Andrew Scheer a indiqué qu’il appuierait un report des augmentations de salaires jusqu’à la fin de la pandémie.

Des organismes de comté

En attendant, la hausse des salaires demeure en vigueur. Certains députés de tous bords s’engagent à remettre leur augmentation de salaire à des œuvres de bienfaisance et à des organisations à but non lucratif qui s’efforcent d’atténuer les impacts de l’urgence sanitaire nationale.

Une porte-parole du premier ministre a déclaré que M. Trudeau reversera son augmentation à des organismes sans but lucratif de sa circonscription de Papineau, à Montréal.

De même, une porte-parole de M. Scheer a déclaré que le chef de l’opposition avait l’intention de verser son augmentation de salaire à « un organisme de bienfaisance local qui travaille fort pour soutenir les Canadiens touchés par la COVID-19 ». Denise Siele a ajouté qu’il appartient maintenant au gouvernement de présenter un projet de loi visant à geler les salaires des parlementaires « s’ils le souhaitent ».

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, fera également don de son augmentation de salaire à une œuvre de bienfaisance, a déclaré sa porte-parole, Mélanie Richer. Elle s’attend d’ailleurs à ce que tous les députés néo-démocrates augmentent les dons qu’ils font régulièrement aux organismes communautaires de leur comté.

Plusieurs députés conservateurs ont écrit depuis la semaine dernière qu’ils promettaient de faire don de leur augmentation de salaire à des organismes de bienfaisance. Compte tenu de la crise actuelle, le député albertain Blaine Calkins a estimé que le moment était très mal choisi et que cette hausse salariale était « franchement de mauvais goût ».

Taxe carbone

Les conservateurs ont aussi exigé que M. Trudeau annule l’augmentation de la taxe fédérale sur le carbone, qui est passée mercredi de 20 $ à 30 $ la tonne. Cela signifie que les automobilistes paieront environ deux cents de plus le litre d’essence à la pompe.

La taxe s’applique en Alberta, en Saskatchewan, au Manitoba, en Ontario, au Nunavut et au Yukon, des provinces et territoires qui n’ont pas imposé leur propre régime de tarification du carbone conforme aux normes fédérales.

M. Scheer a appelé les libéraux mercredi à supprimer cette hausse, faisant valoir que c’est là la dernière chose dont les Canadiens ont besoin par les temps qui courent.

M. Trudeau a écarté cette option lundi, notant que le gouvernement fédéral, par un crédit d’impôt, retourne davantage d’argent aux contribuables que ce qu’ils payent en taxe carbone. Il a aussi ajouté que la nécessité de lutter contre les changements climatiques « demeure même en période de crise immédiate et de pandémie ».

Michael Berstein, directeur exécutif de l’organisme « Clean Prosperity », a suggéré que le gouvernement fédéral affine son programme pendant la crise, notamment en remplaçant les crédits d’impôt par des paiements directs immédiats aux ménages.